Renaud Camilleri
Ecologie politique
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 22 janv. 2022

Contre la LGV - Montpellier - Perpignan

A la veille de la construction annoncée d’une nouvelle infrastructure ferroviaire, se pose la question de sa pertinence. Un projet de cette nature engage la collectivité pour de nombreuses années à venir ; il s’agit donc de bien réfléchir à la nécessité d’un tel projet. C’est un investissement financier considérable. Ses conséquences paysagères, son impact environnemental, sont très importants.

Renaud Camilleri
Ecologie politique
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une ligne a grande vitesse est-elle vraiment nécessaire ? Cette question simple trouve une partie de sa réponse dans l’origine lointaine de ce projet. Depuis près de 40 ans, ce projet existe ; il a été évoqué puis reporté à de nombreuses reprises. Ce projet est né à une époque où le réchauffement climatique et ses conséquences concrètes étaient encore méconnus. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Des études et projections très précises existent. Les services de l’État ont déjà amorcés une réflexion sur le repli stratégique ; conséquence directe du recul du trait de côte. L’élévation du niveau de la mer, la submersion marine vont imposer une modification de la géographie. Il s’agit d’anticiper le déplacement des populations et des équipements. Nous devons, en conséquence, penser le futur des voies de communication. De ce point de vue, l’emprise foncière réservée pour cette nouvelle ligne ferroviaire pourrait s’avérer très utile.

Nous savons l’actuelle ligne Montpellier – Perpignan condamnée à court terme partout où la mer remplacera la terre. Dans 10 à 20 ans, certains tronçons entre Narbonne et Perpignan seront de l’histoire ancienne.

La création d’une nouvelle infrastructure ferroviaire est donc nécessaire. Sur cette voie, pourraient passer des Trains Express Régionaux, des wagons de fret et des trains à grande vitesse. Il faudrait donc concevoir un tout autre projet, actualisant les données du problème.

Revient-il sur un engagement international de la France ? C’est possible. Mais il en honore un autre ; celui de l’Accord de Paris. De façon rationnel, il est impossible de considérer que la lutte contre le réchauffement climatique n’implique aucune modification des structures et des usages.

C’est dans cette perspective que doit être entièrement repenser ce projet de « ligne à grande vitesse ». Développer le train du quotidien et le fret ferroviaire, repenser l’infrastructure ferroviaire tout le long du littoral, limiter l’artificialisation des sols et la disparition des terres agricoles deviennent autant de nécessités respectant un objectif de neutralité carbone, de sobriété énergétique, et anticipant les bouleversements à venir.

Le gain de 18 minutes annoncé entre Perpignan et Montpellier est tellement faible qu’on peut difficilement parler de « grande vitesse ». Le coût des travaux, régulièrement revu à la hausse, est tellement important que l’on devrait consacrer cette somme à des fins bien plus utiles, bien plus soucieuse de l’intérêt général. Les collectivités territoriales sont appelées à financer un projet dont elles ne sont pas à l’origine et dont leurs habitants ne profiteront guère. Le bénéfice environnemental de la grande vitesse est faible. A contrario, le développement du fret ferroviaire est un impératif économique et sanitaire. De la même manière, la multiplication de l’offre ferroviaire sur les courtes distances appartient plus au futur qu’au passé.

Il est irresponsable de ne pas anticiper les effets du réchauffement climatique le long du littoral méditerranéen. L’actuelle ligne devant être remplacée, il est néfaste de multiplier l’étalement des infrastructures de transport, au détriment des zones agricoles et naturelles. Elles doivent être beaucoup plus intégrées. Ainsi, envisager de créer de nouvelles gares, loin des centres villes, comme à Narbonne et à Béziers – distantes de quelques dizaines de kilomètres à peine – ne permet pas de se déplacer entièrement sans voiture.

Pour toutes ces raisons, cette ligne à grande vitesse apparaît inutile, coûteuse et anachronique.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Comment le CHU de Bordeaux a broyé ses urgentistes
Les urgences de l’hôpital Pellegrin régulent l’accès des patients en soirée et la nuit. Cela ne règle rien aux dysfonctionnements de l’établissement, mettent en garde les urgentistes bordelais. Épuisés par leur métier, ils sont nombreux à renoncer à leur vocation.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Force ouvrière : les dessous d’une succession bien ficelée
À l’issue du congrès qui s’ouvre dimanche, Frédéric Souillot devrait largement l’emporter et prendre la suite d’Yves Veyrier à la tête du syndicat. Inconnu du grand public, l’homme incarne, jusqu’à la caricature, le savant équilibre qui prévaut entre les tendances concurrentes de FO.
par Dan Israel
Journal
« Travail dissimulé » : la lourde condamnation de Ryanair confirmée en appel
La compagnie aérienne a été condamnée, en appel, à verser 8,6 millions d’euros de dommages et intérêts pour « travail dissimulé ». La firme irlandaise avait employé 127 salariés à Marseille entre 2007 et 2010, sans verser de cotisations sociales en France. Elle va se pourvoir en cassation.
par Cécile Hautefeuille
Journal — Social
En Alsace, les nouveaux droits des travailleurs détenus repoussent les entreprises
Modèle français du travail en prison, le centre de détention d’Oermingen a inspiré une réforme du code pénitentiaire ainsi qu’un « contrat d’emploi pénitentiaire ». Mais entre manque de moyens et concessionnaires rétifs à tout effort supplémentaire, la direction bataille pour garder le même nombre de postes dans ses ateliers.
par Guillaume Krempp (Rue89 Strasbourg)

La sélection du Club

Billet de blog
Le service public d’éducation, enjeu des législatives
Il ne faudrait pas que l’avenir du service public d’éducation soit absent du débat politique à l’occasion des législatives de juin. Selon que les enjeux seront clairement posés ou non, en fonction aussi des expériences conduites dans divers pays, les cinq prochaines années se traduiront par moins ou mieux de service public d’éducation.
par Jean-Pierre Veran
Billet de blog
Macron 1, le président aux poches percées
Par Luis Alquier, macroéconomiste, Boris Bilia, statisticien, Julie Gauthier, économiste dans un ministère économique et financier.
par Economistes Parlement Union Populaire
Billet de blog
Destruction du soin psychique (2) : fugue
Comment déliter efficacement un service public de soins ? Rien de plus simple : grâce à l'utilisation intensive de techniques managériales, grâce à l'imposition d'un langage disruptif et de procédures conformes, vous pourrez rapidement sacrifier, dépecer, puis privatiser les parties rentables pour le plus grand bonheur de vos amis à but lucratif. En avant toute pour le profit !
par Dr BB
Billet de blog
Ce qu'on veut, c'est des moyens
Les salarié·es du médicosocial se mobilisent à nouveau les 31 mai et 1er juin. Iels réclament toujours des moyens supplémentaires pour redonner aux métiers du secteur une attractivité perdue depuis longtemps. Les syndicats employeurs, soutenus par le gouvernement, avancent leurs pions dans les négociations d'une nouvelle convention collective avec comme levier le Ségur de la santé.
par babalonis