Jon Stewart : l'infotainement utile ?

Jon Stewart, présentateur star du « Daily Show », une parodie (quoique) de journal télévisé de trente minutes, quatre soirs par semaine sur Comedy Central, a tiré sa révérence ce jeudi 6 août.

o-JON-STEWART-APOLOGIZES-FOR-US-facebook.jpgJon Stewart, présentateur star du « Daily Show », une parodie (quoique) de journal télévisé de trente minutes, quatre soirs par semaine sur Comedy Central, a tiré sa révérence ce jeudi 6 août.


L’humoriste, qui animait le programme depuis 1999, en avait fait un programme culte, suivi par des millions d’américains. Le Daily Show s’était imposé comme un modèle de contre-culture médiatique, selon certains commentateurs. Barack Obama, invité d’une émission récente du « Daily Show », déclarait avec ironie vouloir prendre un décret pour interdire Jon Stewart de quitter son poste. On a connu mieux comme gage de subversivité....

Avertissements téléphoniques à Gaza, vus par Jon Stewart (Daily Show) © Arrêt sur Images


S’il est vrai que le succès du « Daily Show » s’est construit sur la méfiance grandissante du public envers les médias traditionnels, on ne peut nier qu’avec les années, l’audience (au plus bas depuis onze ans ndlr) et la popularité ont fini par «institutionnaliser» le journal satirique.

En revoyant les multiples hommages et «best of» du programme, on ne peut qu'être frappé par la ressemblance (pour ne pas dire le mimétisme) avec une émission française qui n’a cessé de monter sur Canal+ : le Petit Journal. L’émission de Yann Barthès est en effet une bien pale copie de celle de Jon Stewart, usant des mêmes ficelles : montages d’archives, mimiques de «l’anchor man», interviews soi-disant décalés… Le talent en moins.

Jon Stewart: Bush v Bush © cooljazzr


Jon Stewart, comme Yann Barthès dans une moindre mesure, marque l’avènement de l’infotainment. Ainsi que de ses revers. La communication politique ayant horreur du vide, les responsables politiques, d’abord piégés, finiront par intégrer ce nouveau medium dans leur logiciel. Ils finiront par aller se faire interviewer sur les plateaux du «Daily show» et du Petit Journal (toujours dans une moindre mesure).

Les nombreux éloges de respectables éditorialistes politiques de grands médias américains, du New York Times au Washington Post en passant par CNN, suite à l’annonce du départ de Jon Stewart nous disent également quelque chose sur l’évolution du journalisme. Pour paraphraser la célèbre maxime, «quand Jon Stewart montre la lune, les médias, eux, regardent le doigt». Autrement dit, en déléguant leur rôle critique (et auto-critique) vers un humoriste, si talentueux soit-il, les médias américains n’ont-ils pas fini par renoncer à se remettre en question et s'interroger sur leur propres travers ?

The Daily Show - Baltimore on Fire © Comedy Central


S’il faut retenir de Jon Stewart une chose une seule, ce serait sa croisade, de salubrité publique, contre Fox News, la chaine d’info en continu, propriété de Rupert Murdoch, dont les téléspectateurs, selon plusieurs études, en savent moins que ceux qui ne s'informent pas du tout. Ci-dessous un petit florilège compilé par Arrêt sur images :

Stewart_FoxNews © Arrêt sur Images


L’émission de Jon Stewart a également permis à toute une génération d’humoristes, si ce n’est engagés, du moins conscients de leur rôle, d’émerger. On pourrait citer Stephen Colbert ou encore John Oliver, qui s’est notamment illustré en consacrant une émission à la neutralité du net, à voir (et faire voir) absolument.

Après seize ans d’antenne, on ne peut reprocher à Jon Stewart de vouloir tourner la page. On regrettera cependant amèrement qu’il n’ait pu attendre quelques mois, que la campagne présidentielle américaine de 2016 se termine. On en viendrait même à se demander si le premier débat entre les candidats à l’investiture républicaine, qui s’est tenu jeudi soir, n’était pas finalement un hommage posthume au «Daily Show».

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