RAPANUI - L'histoire cachée de l'île de Pâques

J’ai vu ce film qui a le mérite de traiter une part récente de l’histoire des habitants de l’île de Pâques. Je crains qu’il laisse le spectateur croire que les difficultés avec l’état chilien puissent être terminées. Mon propos est de montrer que le film ne révèle pas tout et reste particulièrement évasif sur les conséquences actuelles de la colonisation chilienne.

RAPANUI - L'histoire cachée de l'île de Pâques [1]

 

Un film[2] documentaire coproduit en 2014 par France Ô & Virginie Adoutte[3].

J’ai vu ce film qui a le mérite de traiter une part récente de l’histoire des habitants de l’île de Pâques. Je crains qu’il laisse le spectateur croire que les difficultés avec l’état chilien puissent être terminées. Mon propos est de montrer que le film ne révèle pas tout et reste particulièrement évasif sur les conséquences actuelles de la colonisation chilienne.

 

Bande annonce du documentaire © FIFO Tahiti

L'histoire cachée de l'île de Pâques. Cachée par qui ? Cachée au Monde ? Une histoire je dirai plutôt méconnue, ignorée par les Occidentaux car les Pascuans ne cachent pas leur histoire quelque part au fond de l’un des nombreux lava tubes de l’île. Ils ne la clament pas non plus. Toutefois, ils l’ont dévoilée à une personne attentive qui s’intéressait à eux plus qu’aux Moais, Marie-Françoise Peteuil[4] auteure de «Les évadés de l’île de Pâques. Loin du Chili, vers Tahiti (1944-1958) » paru aux éditions L’Harmattan en 2004, il y a douze ans déjà. Cette histoire tragique aurait pu rester encore longtemps ignorée du grand public puisque les médias de l’audiovisuel rechignaient à financer ce film préférant continuer à diffuser des cartes postales selon les propos de la productrice. Pourtant en 1980, puis en 1997 l’ethnologue Grant McCall avait consacré quelques lignes aux évasions des Pascuans par la mer. Il y a donc plus de trente ans que l’information sur la dureté de cette période de la vie des Pascuans a été révélée à un scientifique et par lui au monde occidental. Et il y a cinquante ans, dans son livre  tiré à près d'un million d'exemplaires et traduit dans de nombreuses langues, Francis Mazière posait  la question à ses  millions de lecteurs : « Que sont devenus les Pascuans, qui depuis des années se sont enfuis de l’île sur de minuscules pirogues, sans ravitaillement, sans rien, préférant la mort…. ».  Histoire oubliée depuis lors ? Histoire cachée ?  Non.

 

 

Ignorée ? Mais pourquoi donc ? Depuis la parution du livre de Francis Mazière, les Rapanui et leurs moais titillent l’imaginaire des Européens et plus particulièrement celui des Français et ceux-ci lors de leur séjour sur l’île découvrent l’histoire contemporaine des habitants s’ils veulent bien l’entendre de la bouche de leur guide, s’ils ne restent pas uniquement focalisés sur les statues, le volcan Rano Raraku , la plage d'Anakena, l’homme-oiseau ou les très nombreuses boîtes de nuit de Hanga Roa.

Ignorée ? Elle le restera encore par les non-dits sur certains points de leur Histoire quand on laisse, par exemple, le spectateur visionnant ce documentaire penser que les évadés - très fréquemment - rattrapés par la marine chilienne, étaient renvoyés sur leur île. Or ces évadés étaient pour la plupart emprisonnés au Chili puis assignés à résidence sur le continent où ils restaient en exil de longues années avant d’être autorisés à rentrer chez eux.

Oui bel et bien ignorée et le film qui nous annonce révéler cette histoire pour la première fois au cinéma, fait étonnamment l’impasse sur une dizaine d’années manifestement encore plus difficiles pour les Pascuans. En effet, de 1953 à 1966, la marine chilienne a succédé à la compagnie écossaise, la Williamson-Balfour Company, installée au Chili depuis 1863 (vingt-cinq ans avant l’annexion de l’île par le Chili) et présente à l’île de Pâques depuis 1903. Pendant treize années, s’établit une énième dictature coloniale, la marine nationale est désormais chargée de cet élevage et elle a les pleins pouvoirs pour l’administration et le contrôle de l’île. L’enfermement, les privations, le travail forcé, les châtiments se prolongent encore durant ces treize longues années.

Rosa Luxemburg (1870-1919) écrivait : « La fondation de compagnies commerciales coloniales en terre étrangère fait passer le sol, base la plus importante de la production, ainsi que les troupeaux de bétail quand il en existe, dans les mains des Etats européens ou des compagnies commerciales. Cela détruit partout les rapports sociaux naturels et le mode d’économie indigène, des peuples entiers sont pour une part exterminés, et pour le reste prolétarisés et placés, sous une forme ou sous l’autre, comme esclaves ou comme travailleurs salariés, sous les ordres du capital industriel et commercial. »

Troupeau de vaches sur la plage de Anakena [octobre 2001] © René DOUDARD Troupeau de vaches sur la plage de Anakena [octobre 2001] © René DOUDARD

 

Paradoxalement et il n’est pas aisé de l’écrire, ce serait sous la dictature de Pinochet que les Pascuans auraient commencé à obtenir plus de libertés, selon les dires de certains. Pinochet aimait se rendre à l’île de Pâques devenue son lieu de villégiature préféré, il aimait l’île et peut-être même ses habitants ? Sans doute est-ce là le message de quelques anciens partisans du dictateur. Les faits prouvent le contraire. Pinochet n’est venu seulement qu’à trois reprises sur l’île de Pâques. Avec plus de revenus, plus d’emplois, plus de modernité ont-ils eu le sentiment d’un mieux-être commencé avant le coup d’état et qui a perduré pendant la dernière dictature militaire ?

L'île de Pâques placée sous la loi martiale, le tourisme a ralenti. « Certains ont pensé que la base américaine a été un très bon moment pour eux, car les gens vivaient dans la pauvreté et ils ont troqué leur mauvaise alimentation et leurs vêtements usagés pour des choses meilleures... mais est-ce de là que viendrait le salut du peuple ? Ce n’est pas ça l'idée de notre peuple, qui commencerait à donner tout ce qu'il a pour acheter tout ce qu'ils produisent » [Interview en mars 2009 de Julio Alberto Hotus, Membre du Conseil des Chefs de Rapa Nui.][5]

En 1966, pour la première fois de leur Histoire, les Rapanui étaient citoyens chiliens à part entière. De 1970 à 1973, pendant le gouvernement de Salvador Allende, ils ont vu l’installation de l’eau courante, eux qui, pendant près de 75 ans, en avaient été rationnés puisque l’eau était réservée prioritairement pour l’élevage. Puis l’électricité, et la mise en place des services publics. La création et le développement de la piste d’avion entre 1960 et 1970 et à partir de 1971, deux vols commerciaux par semaine vers Tahiti et Santiago amènent les touristes.

 

Magasin à Hanga Roa [octobre 2001] © René DOUDARD Magasin à Hanga Roa [octobre 2001] © René DOUDARD

Le 11 septembre 1973, l’île était donc retombée dans le giron militaire avec l’installation d’une base de l’armée de l’air chilienne. Cette base a été partagée avec l’armée américaine et la NASA jusqu’à sa récente fermeture. L'armée a construit un certain nombre de nouvelles installations militaires et un nouvel hôtel de ville. Le dictateur rétablit la privatisation de la propriété, revend à des grandes sociétés chiliennes, les terres volées aux clans depuis des lustres et met fin aux coopératives créées par les Rapanui.

 

La piste de l'aéroport international de Mataveri a été agrandie et a été inaugurée en 1987. Pinochet aurait refusé d'assister à l'inauguration pour protester contre les pressions exercées par les Etats-Unis au sujet des droits de l'homme.

 

Ainsi l'arrivée de la dictature d'Augusto Pinochet était un changement soudain dans une société déjà habituée à supporter un système militaire très rigide. D'une façon ou d’une autre il y avait la répression. Les réunions devaient être en espagnol, il était interdit de parler la langue, mais ce n’était certainement pas quelque chose de nouveau pour les Pascuans.


En 2007, sous la présidence de Michelle Bachelet, une réforme constitutionnelle dote l’île d’un statut de « territoire spécial » et le Chili ratifie la Convention relative aux droits des peuples indigènes et tribaux. Hélas, dans les faits, Rapa Nui est actuellement toujours administrée comme une province appartenant à la région continentale de Valparaiso.

 

 

Barques de pêcheurs & Pirogue [octobre 2001] © René DOUDARD Barques de pêcheurs & Pirogue [octobre 2001] © René DOUDARD

 

Ces impasses (sur la période de l’occupation de l’île par la marine chilienne, et sur la dictature Pinochet) sont-elles dues aux exigences d’un format préétabli par le média diffuseur et/ou par le producteur ? Sont-elles dues aux contraintes administratives auxquelles sont assujettis les cinéastes ? Les autorisations à obtenir nécessairement auprès de la Région et /ou de l’Etat afin de pouvoir filmer ? Une autocensure pour ne pas froisser les autorités chiliennes en révélant l’attitude inhumaine de sa marine envers le peuple pascuan jusqu’à une période récente ? Car pendant tout le temps qu’a duré l’élevage des moutons, les Pascuans vivaient moins bien que les moutons, emprisonnés dans un espace très réduit avec des ressources très restreintes.

 

Le film se termine avec l’interview d’un jeune au sujet de l’arrivée de Chiliens originaires du continent. Ces nouveaux venus ne sont pas vraiment les bienvenus à un moment où les Pascuans sont encore très loin d’avoir pu récupérer la totalité de leur terre. Cette réappropriation foncière pour ceux qui peuvent prouver leur ascendance Rapanui se fait au compte-goutte. On entend dire que c’est la racaille de Santiago et de Valparaiso qui est envoyée par le gouvernement. Par ailleurs certains de ces migrants représentent des sectes or les Pascuans sont presque à cent pour cent catholiques.

L'église [octobre 2001] © René DOUDARD L'église [octobre 2001] © René DOUDARD

 

Le film nous montre un jeune qui n’est pas du tout opposé à cette arrivée de continentaux. On peut douter de sa représentativité, ses arguments mettant à mal l’identité pascuane. Certes un Rapanui est Chilien ce qui ne fait pas par réciprocité et systématiquement d’un Chilien, un Rapanui. De nombreux Pascuans se plaignent du fait que les nouveaux venus ne respectent pas leur façon de vivre.

 

N’aurait-il pas été préférable d’interroger le point de vue d’un Chilien sur son adaptation ou son inadaptation, la facilité ou la difficulté de leur intégration pour les uns ou de leur assimilation pour d’autres. Et en contre-champ des Rapanui, les uns favorables et d’autres hostiles à l’installation de Chiliens sur l’île de Pâques ?

« Beaucoup de gens que je connais qui ont passé de longues périodes sur l'île, aspirent à y vivre. Ce sont des gens très instruits et bons – nice people- qui veulent apporter leur contribution, qui veulent apprendre, aider mais il y en a beaucoup d’autres qui veulent faire de l’argent parce que leur système, leur mode de vie est de faire de l’argent. Ils n’ont pas d'autre but et viennent à Rapa Nui pour travailler dans des boulots qu'ils trouvent ici ou là. Ils sont acceptés parce qu'ils sont de la main-d'œuvre pas chère, parce qu'ils loueront des maisons, laisseront de l’argent .... Ainsi commencent les conflits, certains Rapanui n’admettent pas leur présence et pourtant continuent à les embaucher pour ceci ou cela .... ».

 

« Des réels problèmes d'immigration commencent à exister... Beaucoup ne sont pas prêts à venir sur l'île, à faire contact avec une culture différente ... Quand la personne n'est pas instruite, dans un sens qui va au-delà de l'éducation ... au-delà de la capacité à lire et à écrire, quand elle n’a pas connaissance de ​​l'environnement culturel ».

 

Affiche [janvier 2001] © René DOUDARD Affiche [janvier 2001] © René DOUDARD

 

Reste la question de l’influence des attitudes sociales et culturelles des continentaux sur la population locale et celle de la crainte de leur suprématie économique.

 

« L’Île de Pâques fait partie du Chili et pour cette raison ne peut pas entraver la libre circulation de ses citoyens. Il n'y a pas de réglementation particulière en matière d’immigration, seule la nature géographique de l'île elle-même est un frein. Si notre île Rapa Nui était seulement à 200 kilomètres des plages chiliennes, nous n’existerions plus. L'océan, source de la vie pour les Polynésiens est une barrière infranchissable, c’est ce qui nous sauve ....

En ce moment, nous essayons de trouver la formule légale, mais c’est difficile parce que notre communauté n'a pas assez de poids politique .... Nous sommes à peine une poignée de gens. » [Julio Alberto Hotus en mars 2009]

27 juillet 2010 : Les Rapa Nui affirment depuis plus d’un siècle, avoir été dépossédés des terres de leurs ancêtres par le gouvernement chilien (on pourrait faire le rapprochement avec la problématique foncière du Traité de Waitangi) et ils ont commencé à occuper 14 lieux pour forcer les autorités à négocier. Le 3 décembre[6], 25 manifestants Rapa Nui ont été blessés par des tirs de balles en caoutchouc, des balles de chevrotine et des coups de matraque. La police affirme n’avoir tiré qu’après avoir reçu des cocktails Molotov. Pour les manifestants, seule une poignée d’entre eux a jeté des bâtons et des pierres, mais la plupart n’étaient pas armés. Le président du Chili, Sebastian Pinera, a justifié cette intervention au motif qu’il était de la responsabilité de l’Etat de maintenir l’ordre public, ajoutant qu’il espérait que la question se réglerait dans le dialogue.

En novembre 2010, la cour d’appel de Valparaiso avait rejeté la demande des propriétaires d’un hôtel de luxe, occupé par le clan Hitorangi, d’évacuer les manifestants au motif que la demande de récupération de cette terre était légitime. Mais le mois suivant, le 2 décembre, un tribunal de l’île a donné l’ordre aux activistes de quitter les lieux sous 24 heures. Pour la première fois ce conflit entre les défenseurs des droits des Rapa Nui et les autorités locales se terminait dans une effusion de sang[7].

 

Les autorités paraissent à certains ne vouloir faire aucun effort pour dialoguer et résoudre les choses pacifiquement. Les investisseurs privés et les autorités locales font tout pour maintenir le contrôle de l’île qui est un endroit stratégique dans l’océan pacifique (le Chili a prévu d’y construire des ports de commerce et un deuxième aéroport ?) Le tourisme devrait lui aussi être encore plus développé mais les locaux s’inquiètent à la fois de ne pas bénéficier de ce prétendu développement et d’avoir à supporter ses conséquences néfastes.

 

Aujourd’hui, les Rapanui restent marginalisés par le pouvoir central chilien. La question foncière est cruciale puisque la majeure partie des terrains appartient toujours à l’armée du Chili. La pression démographique qu’ils subissent suite à l’installation de « colons chiliens » encouragés par le gouvernement a fait chuter leur représentativité de 10% en trente ans.

Les terres qui devaient être réattribuées aux autochtones, il y a plusieurs dizaines d’années, n’ont toujours pas été rendues. Par contre, les nouvelles cessions de terrains concédées aux investisseurs des grandes compagnies hôtelières chiliennes et étrangères poussent les Pascuans à agir. Mais le gouvernement jusqu’à maintenant reste sourd.

Les richesses produites par le tourisme tombent dans l’escarcelle des continentaux. L’arrivée de plus en plus massive de touristes, 70 000 par an sur les 164 km² de l’île, menace l’écosystème (la Polynésie française avec sa centaine d’îles dispersées sur un espace grand comme l’Europe, n’en reçoit à peine trois fois plus pour un ratio de population 70 fois supérieur !). Les Pascuans ont à faire face au problème de la gestion des déchets, à la pression des infrastructures sur le foncier, aux impacts des modes de transport et des nouvelles technologies de communication, à l’augmentation de la population avec rappelons-le les écarts culturels et sociaux entre les uns et les autres et les processus d’acculturation induits.

Un autre problème demeure dans la longue liste des divergences entre l’île de Pâques et Santiago, il concerne encore le foncier : le Chili redonne des terres individuellement or les Rapanui souhaitent obtenir une redistribution collective pour chaque clan, en indivision en quelque sorte.

 

Les Pascuans doivent demander autorisation de cultiver la terre © René DOUDARD Les Pascuans doivent demander autorisation de cultiver la terre © René DOUDARD

Pour conclure, revenons au début. Le film commence par une mise en scène surjouée, une femme pleure longuement. Un plan qui d’emblée fait naître de l’émotion chez le spectateur bien avant que celui-ci ait eu le temps de prendre conscience de l’enfer qu’ont vécu les Pascuans dans la seconde moitié du vingtième siècle sans toutefois oublier qu’ils avaient déjà très mal vécu pendant la première moitié.

De ce fait le réalisateur s’adressant à un public plutôt occidental ou occidentalisé, introduit le sujet de son film avec une représentation stéréotypée des émotions à l’instar de la BD ou des émoticônes.

Ce n’était absolument pas nécessaire car les récits sur-dotés d’évènements iniques et cruels sont entendus avec beaucoup d’empathie.

Si les Pascuans avaient pleuré sur leur sort, depuis leur rencontre avec les Autres et l’exploitation qu’ils subirent - captures, déportations, travaux forcés, contaminations, privations, emprisonnements, humiliations - auraient-ils survécus ?

Le silence hurle leurs souffrances. Le silence ne se cache pas, il se voit sans bruit.

 

Le silence ne se cache pas, il se voit sans bruit © Parlamento Rapa Nui [ juillet 2015] Le silence ne se cache pas, il se voit sans bruit © Parlamento Rapa Nui [ juillet 2015]

 

Addendum

 

Mars 2015, je reçois le témoignage d’un ami Pasquan :  

«  Hanga Roa déjà s'est effondrée. Il est urgent de réglementer pour arrêter la frénétique augmentation de la population. Aujourd'hui, ce n'est pas juste qu'ils soient les plus criminels, il ne s'agit pas seulement de ça. En 2015, la poule aux œufs d'or ne peut pas faire plus que ses limites.

En 2025, la poule meurt et les opportunistes s'en vont, les poches pleines d'argent, et les Pascuans doivent reconstruire tout, ou vivre comme en 1980.

Nous ne voulons pas revenir en arrière.

Toutes les ressources, l'eau, l'électricité, les poissons, la terre, le tourisme doivent être économisés et protégés.

Si nous parlons bien tous de prendre soin de l'environnement, nous n'avons pas pris les mesures pour freiner les dangers, comme par exemple pour la gestion des déchets, l’afflux des voitures, etc.

Nous parlons tous de la santé, nous réclamons d'avoir plus de spécialistes sans trouver les solutions.

Pour résumer, nous parlons plus que nous agissons et c'est bien que maintenant le Parlement Rapanui agisse.

Aidons-le pour éviter les erreurs, donnons-lui la main pour mettre en pratique les idées.

Le Parlement a le cran de vouloir faire tout ce que nous avons énoncé, seulement il   manque de soutiens, il n'a pas besoin d'obstacles parce que la tâche est rude et un long travail nous attend.

Formons aujourd'hui l'avenir de nos enfants.

Les ancêtres ont laissé un héritage formidable, ils ont montré des exemples au niveau mondial, positifs et négatifs (comme le déboisement total).

Il est temps que la CONAF, La Corporation Nationale Forestière, prenne le poste   qui lui revient, pour gérer  la faune et la flore de l'île. Il est temps qu’elle se perfectionne dans la lutte contre les incendies.

Il est temps que le parc national de Rapa Nui, soit géré et  protégé par une entité locale, et que les recettes  servent Hanga Roa et ne soient plus en partie envoyées sur le continent.

Je comprends que la municipalité de l'île de Pâques, telle qu'elle fonctionne actuellement, soit apeurée par ces mesures.

Aujourd'hui, elle est une autorité qui sert uniquement de marionnette  au gouverneur  de Valparaiso, c'est une organisation administrative obsolète.

Notre revendication est si large   que si elle était de l'encre, il nous en manquerait pour l’imprimer ou l’écrire.

Même si nous souffrions d'Alzheimer, nous devrions nous souvenir pour toujours des moments historiques. Le Parlement Rapanui agit désormais en tant que parlement  actif. Ce n'est   plus l’ancien  bureau des réunions hebdomadaires dénigrées par beaucoup.

Mars 2015, le peuple Rapanui, avec le courage de certains idéalistes descendants de Hotumatu'a, récupère le commandement de leurs terres, de leur henua, de son tokerau.

Il est évident qu'en ce moment, l'île de Pâques, Rapa Nui, n’est pas préparée pour voler de ses propres ailes.

A Rapa Nui,  perdure le danger de l'extinction des Pascuans et de leur passé. Nous rêvons de réaliser la vision des ancêtres, d'exister en tant que nation, même  en vivant sous la tutelle d'un pays ami et protecteur.

Vous êtes tous invités à participer à faire l'Histoire de l’île de Pâques, ensemble avec le Parlement. Aidons avec des idées et de la bonne volonté.  

Ce rêve sera une réalité, mais avec des faits, pas seulement avec des mots ou des rêves. »

 

 

Manifestation pour l'indépendance de Rapa Nui © Parlamento Rapanui 2015 Manifestation pour l'indépendance de Rapa Nui © Parlamento Rapanui 2015

 


[1] Un film documentaire coproduit en 2014 par France Ô & Virginie Adoutte et réalisé par Stéphane Delorme & Emmanuel Mauro, film sélectionné au FIFO 2015, et présenté au Festival de Rochefort Pacifique en 2016.

 

[2] Le film en streaming  https://www.youtube.com/watch?v=Y5qrDJ9fMCM

 

[3] http://www.fifo-tahiti.com/2015/02/virginie-adoutte-il-fallait-que-lhistoire-de-rapa-nui-soit-enfin-racontee-et-montree-2/

 

[4] https://jso.revues.org/5850

 

[5] https://islasdelpacifico.wordpress.com/2009/03/21/entrevista-a-julio-hotus-consejo-de-ancianos-de-la-isla-de-pascua/

    ]

[6] La lutte des Rapanui : l’autonomie ou la mort ! https://ahuec.wordpress.com/tag/ile-de-paques/

 

[7] http://observers.france24.com/fr/20101210-combat-rapa-nui-terres-carnage-chili-ile-de-paques-indigenes-polynesie

 

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