CAYENNE

Cayenne, trop de chaleur dans cette ville qui semble pourrir lentement. Une bande de chiens errants autour d’une poubelle déchirent voracement les restes d'une ombre au fond de la ruelle. L’enfer n’a plus la force de brûler dans les yeux fantomatiques en manque de crack.  S’il reste encore de la vie, celle-ci s’agite vers sa fin et vous n’avez plus rien dans les poches contre la détresse des mendiants. La force vitale coule ailleurs, entre des jambes noires et sur les fesses de la fille. Je n’ai vu que leurs corps derrière le portail, un dimanche matin désert, Avenue du Général de Gaulle. Il soufflait sur sa nuque, elle fermait les yeux, il écrasait ses seins volumineux sous l'étoffe tendue, la robe maintenue en chiffon   infiniment  au-dessus des reins pour qu’elle puisse être prise brutalement, qu'il l'épuise totalement, qu’elle jouisse élégamment. Il buvait à même l'ondée sur sa peau, elle se pliait, et plus elle devenait animale, plus il lui fendait le ventre, à deux doigts de la rue, qu’un portail seulement sépare du monde. Elle se tenait debout, un bras appuyé contre le mur, l'autre oscillant au milieu du saccage. Je n’ai fait que passer. Ils s'aimèrent dans la chaleur tropicale jusqu'à cet instant évanoui où toute leur violence n’éclate, étonnés que sous cette charge explosive à faire sauter la ville entière,  leur corps mêlé   les oublia encore. Leur destination m’attirait et l’imagination  en inventa les détails

 

 

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