le bien manger en Alençon

des vieux, des enfants et la carotte de Créances

Lettre ouverte à Monsieur « Ville d’Alençon », les carottes (de Créances) sont cuites…

Sous une signature qui n’engagera pas son auteur, à la page 24 de notre Orne Hebdo, au chapitre restaurant de Cerisey : Monsieur Ville D’Alençon répond, aux critiques sur la qualité des repas consommés par les convives de la Sodexo. Sa litanie des achats effectués par le délégataire de la Communauté m’a fait sortir de ma torpeur hivernale.

Par méconnaissance, ou ignorance (on ne peut demander aux élus d’être au courant de tout) il invoque la Carotte de Créances comme un brevet de bonnes pratiques culinaires. Les labels et les certifications ne sont hélas pas des garanties suffisantes lorsqu’on prend en compte les dérogation diverses accordées aux productions agricoles et la frilosité des gouvernements à appliquer les lois.

Qu’elles soient de Créances, de Surtainville ou du Val de Saire, les carottes labellisées sont cultivées en majorité dans du sable. Tout jardinier sait que dans le sable, à part les oyats, rien de pousse. Il faut donc avoir recours aux engrais et autres intrants de la chimie de synthèse. Quant aux traitements herbicides et pesticides divers, ils sont légion (parfois de quatre à sept traitements/an), selon les infestations.

Deux ravageurs de la carotte : divers nématodes phytophages et la mouche de la carotte et obligent à ces lourds traitements. Depuis 10 ans l’Europe invite à la suppression d’un pesticide : le Dichloropropène. Produit-miracle mais cancérigène probable… belle promotion du bien manger en Alençon,

Monsieur Ville d’Alençon, il existe depuis trente ans des pratiques culturales qui permettent de lutter contre ces parasites. Pour les nématodes phytopathogènes : l’hiver, retourner la culture et épandre une couche de varech, avant d’épandre le fumier, ensemencer en champignons nématophages, ovicides ou diverses bactéries antagonistes. (liste sur demande) ils ont le triple avantage de piéger les nématodes, de les infester et de détruire les œufs. Ces champignons restent dans le sol et confortent la biodiversité,

Le « couple à trois » bactéries/champignons/mycorhiziens, renforce les défenses immunitaires et stimule la croissance des plantes.

Pour la mouche de la carotte, semer tard et enfouir du marc de café ou mettre en place des cultures associées carottes /poireaux (Monsieur d’Alençon, ce sont les cultures légumières essentielles de ces régions). Seulement, cela ne convient pas aux techniques de culture intensive de la carotte (production jusque 40T/ha).

Juste Manchot de naissance et ayant travaillé dans ces exploitations dans ma jeunesse, je n’en consommerais pas, les produisant moi-même selon le mode sus-évoqué.

Ce Monsieur D’Alençon qui aime les carottes de Créances, bien colorées bien lisses, est-il le même qui est en passe de transformer sa ville en une cité aseptisée, où le béton et les travaux sont rois, le granite vient de Chine, les bordures de granite local remplacées par du ciment au désespoir des amoureux de l’histoire d’Alençon et des granitiers des régions proches.

René Hamel.

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