Le guêpier du NPA

La question soulevée par P. Corcuff (http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/120210/le-npa-le-foulard-et-l-emancipation-avec-ilham-moussaid) est une question politico-philosophique sérieuse, même si elle est traitée dans le parti-pris (qu’il a le droit d’assumer) de mettre en avant un NPA à l’avant-garde de la modernité révolutionnaire (ce dont les Français jugeront par eux-mêmes).

La question soulevée par P. Corcuff (http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-corcuff/120210/le-npa-le-foulard-et-l-emancipation-avec-ilham-moussaid) est une question politico-philosophique sérieuse, même si elle est traitée dans le parti-pris (qu’il a le droit d’assumer) de mettre en avant un NPA à l’avant-garde de la modernité révolutionnaire (ce dont les Français jugeront par eux-mêmes).

 

Cette question, en fait, n’est pas neuve, ou si elle l’est, c’est en raison de sa forme inédite et de la présence nouvelle par son ampleur des citoyen-ne-s musulman-e-s dans notre pays. Elle a été abordée tôt dans la gauche, en raison de l’anticléricalisme des père fondateurs de la IIIe République. Les socialistes ont dès le début opposé au mot d’ordre « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! », la priorité de la question sociale. La loi de 1905, soutenue par Jaurès et Briand, en décidant du caractère laïque de la République, a permis un début de reflux de l’anticléricalisme. Dès 1935, le PCF décidait, au milieu d’intenses discussions en son sein et à gauche, de tendre la main aux travailleurs croyants : grâce à cette prise de position historique, la gauche se réclamant de la révolution socialiste renonçait officiellement à l’anticléricalisme.

 

Il va de soi que le prolongement de ce qui fut un progrès pour toute la gauche signifie aujourd’hui que les salariés musulmans (ou d’autres religions) doivent être partie prenante dans la construction d’une alternative de gauche au pouvoir actuel. Nul parti de gauche ne dit le contraire. Et les listes électorales du PS, du PCF-Front de Gauche, des Verts en comptent, hommes ou femmes, de plus en plus.

 

Le NPA a fait le choix de présenter, entre autres, une candidate musulmane « voilée ». La question s’est vite polarisée sur le voile. Je puis attester que j’ai connu en Egypte des collègues qui portaient le voile et n’en étaient pas moins d’authentiques démocrates dans un pays où il n’est pas facile de l’être. – Mais elles venaient en France chevelure à découvert, sans se sentir en porte à faux avec leur foi. La religion catholique, depuis Vatican II, a elle-même pris acte de l’évolution des mœurs : la soutane n’est plus un habit civil, les religieuses ne portent plus guère cornette (finissons-en avec les clichés). La papauté elle-même demande aux prêtres de ne pas se présenter aux élections : le chanoine Kir, maire de Dijon, appartient à un passé en principe révolu.

 

Les partis de gauche tels que le PS, le PC-Front de gauche, les Verts, ont fait le choix de présenter des musulmanes qui ne portent pas le voile. C’est un choix politique et social. Politique, parce qu’un parti laïque se refuse aux signes ostentatoires de la religion. Des prêtres ouvriers ont été sur des listes dans le passé, mais leurs choix religieux les amenaient à « se fondre » dans les milieux ouvriers, à s’y identifier. Ici, même le temps d’une élection, le signe ostentatoire – légal en dehors des services publics – est affiché. Sauf au NPA, personne ne doute qu’il s’agit d’une affaire de « comm’ ». Le NPA avait, comme beaucoup d’autres, donné des espoirs à certains qui se désespérait de la gauche en général et du PS en particulier. Le problème, c’est que le NPA n’a pas su répondre à l’attente unitaire diffuse de l’opinion. Il semble à son tour en déshérence. Le grand principe de la « comm’ », c’est de faire parler de soi quoi qu’il arrive. Ensuite, il se trouvera toujours un intellectuel de parti pour essayer, non sans brio, d’élever le débat. Il n’est jamais sûr que cela réussisse.

 

En effet, – et j’aborde ici l’aspect social, il est des musulmanes et musulmans, nombreux, qui n’admettent pas que le port du voile soit le signe indispensable d’une foi authentique. Ils y voient au contraire un retour en arrière, à ce dont les générations antérieures de leur famille se sont débarrassées en se saisissant de l’esprit laïque qui règle les relations les plus quotidiennes en France. La décision du NPA les trouble voire les choque. Ils se sentent une cible électorale comme il ya des cibles commerciales. Et il ne suffit pas de traiter les partis de gauche de « gauche bien pensante » pour se sortir du guêpier politique que l’on s’est organisé.

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