Réforme constitutionnelle et primaire présidentielle

Il convient de lier la demande de primaires à gauche au rejet de la constitutionnalisation de la déchéance nationale. Et de construire à partir de là un rassemblement pour une rupture avec la politique actuelle.

Enfin ! L’exigence du respect des engagements pris officiellement et actés par le Parti socialiste, l’organisation de primaires à gauche, entre dans le débat politique.

La question n’est pas aussi simple qu’il y peut paraître. D’abord parce qu’à gauche, en dehors du PS, on accepte le principe, mais à condition que le président en voie de sortir n’y participe pas. Pourquoi ? Parce qu’il faut sortir de l’impasse où se trouve la politique d’aujourd’hui. Qui ne peut être d’accord avec cet objectif, devant la résistance du chômage, les souffrances des plus démunis, l’incapacité de beaucoup de politiques nationaux à comprendre le mal-vivre, à entrer en sympathie avec celles et ceux qui tirent le diable par la queue?

Une telle position, de fait, ouvre la porte grande ouverte à  une nouvelle candidature de Hollande – qui a toutes les chances d’être éliminé au premier tour, mais qui disqualifiera du même coup une candidature de gauche concurrente tout en offrant au battu une auréole de "victime du sectarisme".

La question pour ceux qui réclament des primaires à gauche est assurément d’aboutir au retrait de François Hollande, sur la base d’une orientation politique en rupture avec celle du président sortant. Il faut admettre donc son éventuelle candidature. Il est indispensable  de surmonter la dispersion, trouver une candidature capable de rassembler largement autour de cette orientation nouvelle pour l’emporter. Problème qui dans les circonstances actuelles n’est pas si simple à résoudre.

Qui rassembler ? Le point de départ du rassemblement ne peut être au stade actuel que la mise en mouvement de tous ceux qui refusent l’inscription de la déchéance nationale dans la constitution. Ce rassemblement est fondamental : faire échec au projet de réforme constitutionnelle, c’est commencer à mettre en échec la manipulation politique visant à imposer la candidature de F. Hollande comme allant de soi. L‘avantage supplémentaire est de mettre en difficulté une candidature substitutive de Manuel Valls, qui a choisi, par pure tactique (son avis initial était plus réservé) de soutenir le dispositif litigieux.

L’impossibilité de faire voter la réforme peut conduire Hollande au retrait de sa candidature, surtout si la courbe du chômage reste toujours aussi peu convaincante...

En tout état de cause, le Parti socialiste – et les autres partis ou organisations de gauche, écologiques ou simplement démocratiques doivent avoir conscience qu’en présence de primaires à droite, laisser le monopole du débat, à cinq mois du scrutin, au parti Les Républicains, et éventuellement aux centristes, serait mal commencer une élection où il faudra battre la droite et l’extrême droite tout à la fois.

(A suivre)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.