Le grand problème des gauches en France : retrouver le vote populaire.

La gauche et le vote populaire. L'union des gauches reste une condition du progrès dans toutes les élections territoriales. C'est le point de départ indispensable pour retrouver une union nationale.

Au lendemain de la Libération, le Parti communiste, électoralement, peut être considéré comme le premier parti « ouvrier » de France. Il le reste pendant un bon quart de siècle, jusque dans les années 1970. Le décrochage commence à se produire vers 1977-78, lorsque le PCF ayant demandé une mise à jour du programme commun de la gauche signé en 1972, la droite l’emporte au second tour des législatives de mars 1978. La France ne comprend pas la démarche communiste. De surcroît, un mouvement de désindustrialisation s’amorce en même temps que le système politique est-européen  entre dans sa décennie de crise finale. Deux des fondements principaux du vote ouvrier et communiste se délitent. En quelques années, le PCF perd la moitié de son influence avant de s’effondrer dans les votes présidentiels.

Le Parti socialiste de François Mitterrand, qui a fondé sa stratégie sur l’amoindrissement de l’influence communiste, est décidé à le marginaliser autant qu’il est possible. Le double mandat présidentiel de Jacques Chirac ne lui permet pas de reconstituer ses forces, même avec une participation réussie au gouvernement Jospin. Son influence se maintient de façon parfois non négligeable dans les scrutins municipaux, départementaux ou régionaux grâce à une politique d’alliance des forces de gauche.

Dans toute cette période, il apparaît un phénomène politique jusque là peu remarqué : les forces de gauche progressent et refluent ensemble. Les scrutins de la IVe République, puis l’élection présidentielle d’avril 1969 avaient donné une impression contraire. En fait, les institutions de la Ve République, avec le scrutin de 1969, le score important du communiste Jacques Duclos et celui, catastrophique, du socialiste Gaston Deferre (en « ticket » avec Pierre Mendès-France), cachent une réalité nouvelle. La Ve République met en valeur des candidats expérimentés, capables de toucher leur auditoire et de les faire vibrer. Dans un large courant d’identités voisines, quiconque prône le rassemblement populaire et sait se montrer « près du peuple », s’exprimer dans un langage concret, accessible à tous, dispose d’un atout personnel.

Aujourd’hui, les gauches ne convainquent plus guère. D’abord parce que leurs appels au rassemblement sonnent faux. Les uns veulent avant tout se compter ; pour les autres, leurs appels semblent intéressés. Les dernières générations politiques ont oublié ce qui s’est appelé le désistement républicain, expression d’une autre époque, aujourd’hui inexacte. Il s’agit d’un désistement réciproqueet sans sectarisme entre forces de gauche.

La référence est le Front populaire où s’est mis en place un désistement entre communistes, socialistes et radicaux (de toutes nuances !) L’essentiel était de battre une droite souvent sous influence d’idéologies pré-républicaines ou mortifères. La victoire électorale d’Hitler alertait sur le danger que représentaient les divisions entre partis de gauche. Jamais le Front populaire n’aurait existé en France s’il n’avait associé les radicaux dont un bon nombre allait voter les pleins pouvoirs à Pétain – de même que certains socialistes ! – et qui, jusque là, avaient toujours refusé l’unité d’action…

Le triste lieu commun de ces dernières années est que les socialistes ne sont plus de gauche – la preuve, n’est-ce pas ? c’est qu’ils ne quittent pas le PS. Je me souviens pourtant d’un temps, pas si lointain, où le PCF déclarait qu’en se désistant pour le PS, on aidait les socialistes « honnêtes » à préserver l’avenir de la gauche. Et cela se faisait déjà en pleine guerre froide, en pleine guerre d’Algérie et pendant toute la période où le PS refusait l’union de la  gauche… Et il ajoutait qu’il était intéressant de se faire élire dans les communes, les cantons, les régions, pour répondre à des demandes populaires et apprendre à gérer aussi bien que possible des budgets. Serait-ce qu'en 2015 certains estiment avoir la science infuse ?

En résumé :

Ceux qui refusent aujourd’hui le désistement à gauche partagent la responsabilité du recul de toutes les gauches.

Ceux qui invoquent les désaccords au plan national pour refuser les discussions au niveau local, départemental ou régional, partagent l’échec de toutes les gauches.

Ceux qui refusent les alliances pour les élections dans les collectivités territoriales alors même qu’ils ont travaillé ensemble dans l’assemblée sortante avec ceux qu’ils ont quittés, partagent la responsabilité du repli global de la gauche.

Ceux qui n’ont pas voulu reconduire un contrat politique existant et n’ont pu se qualifier pour être présents au second tour sur une liste de large rassemblement, ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Dans leur famille politique, ce peut être le point de départ de discussions fécondes pour l’avenir.

Sauf circonstances très particulières, avec de la bonne volonté, il peut toujours se trouver des accords dans les régions, les départements, les communes. Tout le reste n’est qu’étroitesse d’esprit ou verbiage étranger à l’intérêt commun, au sérieux de l’action politique à gauche.

Les questions deviennent évidemment bien plus compliquées quand il s’agit de l’élection présidentielle sous la Ve République et des élections législatives qui depuis quinze ans les accompagnent…

22 décembre 2015 (A suivre)

 

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