rené lorient
Maître de conférences honoraire
Abonné·e de Mediapart

76 Billets

1 Éditions

Billet de blog 29 janv. 2016

Une de moins !

C. Taubira est un esprit indépendant. Elle a vécu double exclusion : être née noire, Guyanaise, avoir connu la pauvreté dans un foyer aux nombreux enfants. Désaccord majeur, explique-t-elle. Refus de se confronter aux réalités, lui répond le premier ministre...

rené lorient
Maître de conférences honoraire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Christiane Taubira n’est plus. Rassurez-vous, elle est toujours en vie. Elle n’est plus ministre  de la Justice et garde des Sceaux.

Nicolas Sarkozy et François Fillon avaient nommé Rachida Dati. Hollande se devait de faire mieux. Il l’a pu grâce à Christiane Taubira.

Sarkozy lui-même l’avait « approchée » en 2008 pour entrer au gouvernement s’il était élu. Elle avait refusé. Il lui avait ensuite proposé une mission sur les accords de partenariat économique  entre l’U.E. et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique). Elle accepte, remet son rapport, « un pavé dans la mare » qui rejoint immédiatement la longue collection des rapports de la République classés sans suite  et « enterrés ».  Sarkozy comprend qu’il ne pourra pas en faire un Besson ou un Kouchner en jupon.  

C. Taubira, en effet, est un esprit indépendant. Elle a vécu double exclusion : être née noire, Guyanaise,  avoir connu la pauvreté dans un foyer aux nombreux enfants, abandonné par le père. 

Elle commence par relever le défi de la guyanité. Elle se veut indépendantiste. Le rêve de l’indépendance qui règle tous les problèmes : la fin des inégalités post-coloniales, la dignité de la femme (et de l’homme) noire, la valeur de la négritude (conjuguée à l’admiration pour Aimé Césaire). Avec le temps, elle se rend compte que l’indépendance n’est pas la grande préoccupation des Guyanais. Il lui faut changer le cadre de son action pour être utile. Elle sera (entre autres) députée et ministre: en 2001, elle est à l’origine de la loi qui reconnaît la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Elle rejoint le Parti radical de gauche qui, sous la Ve République, offre parfois une certaine indépendance aux esprits libres.

Elle est un bel exemple d'ascension sociale dans notre pays - en une époque aujourd"hui de plus en plus révolue. Elle a pu montrer, se montrer à elle-même ses qualités intellectuelles : diplômée de troisième cycle en sciences économiques, licenciée en sociologie, des certificats en ethnologie, agroalimentaire. Elle est devenue professeur de sciences économiques, maître de conférences en droit public. Elle sait être brillante : elle a impressionné ses collègues députés à l’Assemblée nationale. Et elle a su rester elle-même, prenant par exemple son deux-roues pour venir au Parlement.

C’est cette femme qui a été outragée ignominieusement par le vieux fonds des  racistes misogynes traînant dans les derniers cloaques de la politique, c’est cette femme dont on a monté en épingle le caractère rugueux, qui vient de tourner le dos à François Hollande et Manuel Vals, les laissant avec le paquet d’oursins dans lequel ils voient le symbole de la République.

Désaccord majeur, explique-t-elle. Refus de se confronter aux réalités, lui répond le premier ministre...

Avec le départ de Taubira,  le Président de la République et son premier ministre perdent un symbole d’une autre envergure : celui de la France en couleur, celui de la femme qui ne s’en laisse pas imposer, celui de la femme politique qui, à tort ou à raison, est indispensable au candidat de gauche pour être présent au second tour de l’élection présidentielle et pouvoir espérer l'emporter.

Merci, Christiane Taubira. Puisse votre départ annoncer l’enterrement du bricolage indigne et inutile auquel se ravale aujourd’hui le projet de réforme constitutionnelle.

(A suivre)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
La crise climatique attise les tensions au Kenya
Les questions d’écologie sont absentes des discours des candidats aux élections générales du mardi 9 août. Pourtant, avec un régime de pluies devenu « imprévisible », le pays subit fortement les conséquences du dérèglement climatique, qui aggrave des tensions existantes.
par Gwenaelle Lenoir
Journal — Afrique
Le pays suspendu à un scrutin à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — Écologie
Petits canaux contre « idéologie du tuyau », une guerre de l’irrigation
Très ancrés dans les territoires montagneux du sud de la France, prisés par les habitants, les béals sont encore vitaux pour de nombreux agriculteurs. Mais cette gestion collective et traditionnelle de l’eau se heurte à la logique de rationalisation de la ressource des services de l’État.
par Mathieu Périsse (We Report)
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
Loi pouvoir d'achat : Macron & Borne veulent prolonger notre ébriété énergétique
[REDIFFUSION] 42°C en Gironde. 40°C en Bretagne. 20 000 hectares partis en fumée. Lacs, rivières et sols s'assèchent. Les glaciers fondent. Que fait-on à l'Elysée ? On reçoit le président des Emirats Arabes Unis pour importer plus de gazole. A Matignon ? On défend un projet de loi « Pouvoir d'achat » qui vise à importer plus de gaz du Qatar et des Etats-Unis. Où est la sobriété ?
par Maxime Combes
Billet de blog
Le pouvoir d'achat des fonctionnaires vampirisé par quarante ans de néolibéralisme
Lorsque la spoliation du pouvoir d'achat des fonctionnaires devient une institution sous la Cinquième République...
par Yves Besançon
Billet de blog
Pour la rentrée, préparons la riposte !
Bientôt, les vacances seront terminées. Et beaucoup se demandent maintenant de quoi sera fait leur avenir avec un gouvernement qui n’a concédé presque rien aux salariés, aux retraités et aux chômeurs en termes de pouvoir d’achat.
par Philippe Soulié
Billet de blog
La grosse entourloupe de l'AAH
Alors qu'on parle de la victoire de la déconjugalisation de l'AAH, alors qu'on cite les augmentations de ce minima social comme une exception du macronisme, personne ne parle d'une des plus grandes entourloupes des dernières années : la suppression du complément de ressources de 180 euros pour les nouveaux admis dans le système.
par Béatrice Turpin