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Billet de blog 29 févr. 2016

Ce qui se précise

La situation a changé en 29 jours. François Hollande se retrouve dans le même champ de vision que Nicolas Sarkozy. Une partie de la droite, préoccupée de cohérence constitutionnelle, encore plus soucieuse de se débarrasser du remake de 2012, cherche le moyen de discréditer un peu plus les deux derniers présidents afin de s’en débarrasser.Hollande, Valls, TROP, C’EST TROP.

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Un mois s’est passé depuis mon dernier billet. Un mois de février pas comme les autres. Un février bissextile est-ce banal ? A priori, non. Mais le dernier appartenait au quinquennat Sarkozy. Celui-ci  annonce la fin du quinquennat Hollande. En février 2012, la grande peur de toute la gauche était celle d’une possible reconduction du président sortant.  En février 2016, la grande crainte est celle d’une plus que probable déconfiture du président en exercice.

La situation a changé en 29 jours.

Le duo Hollande-Valls, le duo imprévisible il y a quatre ans, a fait ses preuves. Il est dans l’impasse. Un projet de réforme constitutionnelle a été adopté à l’Assemblée nationale au prix de contorsions juridico-textuelles dans des conditions étriquées. La droite s’est divisée, et François Hollande se retrouve dans le même champ de vision que Nicolas Sarkozy. Une partie de la droite, préoccupée de cohérence constitutionnelle, encore plus soucieuse de se débarrasser du remake de 2012, cherche  le moyen de discréditer un peu plus  les deux derniers présidents afin de s’en débarrasser.

Le projet de réforme du code du travail, autre péripétie pour s’attirer les bonnes grâces de quelques centaines  de milliers de voix de droite en 2017, suscite la révolte pas vraiment silencieuse de 750 000 défenseurs du droit du travail, tout malmené qu’il soit depuis un certain temps déjà. Trop, c’est trop, estiment-ils. 

Hollande, Valls, TROP, C’EST TROP. En un petit mois de 29 jours, deux femmes politiques dont la voix porte, dont l’opinion compte, le disent haut et fort : Christiane Taubira et Martine Aubry. Taubira a démissionné du gouvernement et publié un opuscule bien senti, plutôt bien venu et bien reçu. Aubry  publie un désaveu de la politique gouvernementale et démissionne de la direction du PS. Elle sait attendre son heure pour ne pas apparaître comme l’émanation d’un clan minoritaire, pour être comprise au moment opportun.

 Pouvait-elle accepter que la porte soit enfin ouverte, par la  gauche, pour mettre fin à la réduction  du temps de travail à laquelle elle a tant travaillé ? Pouvait-elle accepter qu’un Premier ministre de la France manifeste aussi peu de générosité politique et morale dans l’élaboration de la solidarité française envers des migrants chassés de chez eux par la guerre, le terrorisme  et toutes les misères qui s’ensuivent ?

Et dans les partis de droite, combien de dirigeants peuvent avoir l’audace de se dire chrétiens et enfants du pape François ? C’est valable en France comme en Europe. Angela Merkel, fille de pasteur, connaît ses premières grandes difficultés politiques sur cette question de la solidarité internationale envers les réfugiés. Et elle est à la tête du Parti démocrate-chrétien, allié à un Parti social-démocrate chrétien… Tous ces partis de droite qui soutiennent l’orientation actuelle de l’Union européenne, ne cessent pourtant d’avoir pour credo la reconnaissance primordiale des racines chrétiennes de l’Europe !

En France comme dans le reste de l’Union européenne,  le scandale des politiques européennes apparaît de plus en plus nettement. Le refus de répondre aux demandes de ceux qui travaillent et souffrent de la pauvreté, de ceux qui sont exclus du travail et ont le sentiment de perdre toute dignité, de ceux qui ont cru en la France et aux pays fondateurs, à leur capacité de participer à la fondation d’une Europe progressivement solidaire et fraternelle,  ce refus dogmatique met en cause tout l’avenir de la civilisation qui a vu la naissance de la pensée rationnelle, du souci du prochain, l’avènement de la  liberté et de la démocratie.

 Comme en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Italie, des évolutions politiques se manifestent pourtant en France. C’est encore brouillon, comme le montrent les premières réunions qui tentent de bien comprendre le désir qui se fait jour d’un changement politique touchant enfin à la vie concrète de la société, de notre société pleine de contradictions qui doit apprendre à s’en saisir pour aller de l’avant.

De plus en plus il apparaît qu’il n’est pas de solution globale. Mais qu’il est nécessaire de faire apparaître une volonté de transformation des modes de production pour faire émerger des réformes dites durables , c’est-à-dire supportables dans la durée. Se saisir des contradictions, c’est mener des politiques convergentes mais suffisamment souples pour répondre aux attentes différenciées de la société française  (et des sociétés européennes).

Le projet en cours de conception de primaires des gauches et des écologies n’a guère de sens si les partenaires n’acceptent pas de s’écouter,  d’est-à-dire de se convaincre qu’en chacun, il est une part de vérité, de responsabilité aussi, qui doit permettre de trouver un terrain d’entente. Le tout est de montrer sa bonne volonté, son ouverture d’esprit.

La configuration politique nouvelle y oblige. Avec un Front national puissant, il est indispensable de rassembler les gauches, les écologistes,  de trouver les moyens d’assurer leur légitime représentation au Parlement comme dans les collectivités territoriales. Et ce n’est pas simple dans le cadre des institutions de la Ve République, dont  l’effet principal, désormais acquis, est de laminer les forces politiques minoritaires au profit de forces majoritaires qui, parfois, tendent elles-mêmes à laminer leurs forces contestataires.

Et nous n’y échapperons pas : dans le tripartisme gauche-droite-extrême droite, nous avons une bonne année pour tenter un rassemblement majoritaire à gauche. Mais nous avons à peine deux mois pour mettre en place les procédures qui puissent le permettre. Nous avons à peine deux mois pour ramener à la raison politique ceux qui s’imaginent que par la puissance de leur verbe ou leur subtilité manœuvrière, ils sont capables de s’imposer dans des institutions que le général de Gaulle a mis en place pour permettre, le cas échéant,  à des présidents faibles de mener la France à leur guise.

A nous de trouver la solution la plus démocratique pour la relève à gauche et permettre un nouveau départ.

De toute façon, le président Hollande devra s’en rendre compte : il ne sera pas élu, il ne sera pas qualifié pour le second tour. Pour le vérifier (ou montrer le contraire aux grands sceptiques dont je suis) qu’il se présente à nouveau à des primaires de gauche. Mais la raison de l’homme d’Etat - s’il en est réellement un - serait de passer la main.

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