Quand Riss joue à l'imam

Charlie, pratique une forme de harcèlement, c'est a dire de discrimination anti handicap, discrimination religieuse et discriminations sexiste. je ne suis pas pour pratiquer en retour le harcèlement judiciaire d'un journal. Mais nous devons a minima nommer les choses. Et définir Charlie Hebdo comme un journal pro-discrimination.

Quand un journal pro-discrimination se justifie

Les arguments apportés par l'hebdomadaire pro-discrimination Charlie méritent notre attention.

En premier lieu le handicap physique ou mental (ainsi d'ailleurs que l'apparence physique) est un motif de discrimination (expressément prohibé par les lois, européenne, françaises canadienne, les conventions internationales etc..

Le  harcèlement est une forme de discrimination qui prend notamment la forme de propos (ou images discriminatoires). Le propos étant multiplié par le nombre de couvertures de Charlie diffusées dans le pays c'est du lourd ; (ça ne concerne pas Maryam Pougetoux qui est manifestement en pleine possession de ses moyens intellectuels, les entretiens qu'elle a accordé en témoignent). C'est comme traiter de "pédé" quelqu'un qui est hétéro, cela n'efface pas l'injure homophobe. 

Pour mémoire la directive européenne de 2000 sur les discriminations (qui s'applique en France) précise  « Le harcèlement est considéré comme une forme de discrimination [...] lorsqu'un comportement indésirable lié à l'un des motifs visés [...] se manifeste, qui a pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité d'une personne et de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. » 

Deuxièmement, l'argument de Riss "on entre dans la sphère publique", -on sort de l'anonymat quand on prend des responsabilités-, est recevable en ce qui concerne la polémique publique. N'importe quelle personne susceptible de regarder la télévision peut réagir aux propos d'une responsable syndicale étudiante s'exprimant sur un conflit qui divise le pays et aussi les étudiants! Ce qui me chagrine est  ailleurs,quand Riss affirme "il lui est toujours possible de rester tranquillement chez [lui/elle], là où personne ne viendra [le/la] dessiner" Certes! Résumons : si les musulmanes (pieuses, observantes, qui portent un voile) ne veulent pas être discriminée ou injuriées, elle doivent rester tranquillement chez elles!

Riss illustre ici deux motifs et deux formes/modalités de discrimination. La première constitue ce que le droit appelle une discrimination directe, la discrimination religieuse contre des personnes qui respectent dans leur habillement ce qu' ils ou elles croient être des prescriptions religieuses. S'y ajoute une seconde discrimination,  discrimination de genre contre les femmes, qui, elle, est indirecte :  "indirecte c’est-à-dire qu’une disposition, un critère ou une pratique en apparence neutre soit susceptible d’entraîner un désavantage particulier pour un groupe en raison d’un critère prohibé par rapport à d’autres personnes. Elle existe même en l’absence de toute intention discriminatoire."

 Riss ne se contente pas de prôner une sorte de déchéance des droits civiques des musulmans en leur contestant la possibilité d'exercer des fonctions représentatives, il entend renvoyer ces femmes à la maison! Le souhait d'invisibilisation des musulmans pratiquants est aussi un exigence de relégation des femmes, relégation qui est un des principaux reproches fait "aux musulmans".

Ainsi, très concrètement, Riss demande à Maryam Pougetoux de respecter les contraintes que lui-même, Riss, imagine être celles de la religion musulmane (contraintes qui sont effectivement prônées par les courants les plus réactionnaires disponibles sur le "marché " culturel et religieux de la sphère musulmane).

L'apprenti Imam Riss devrait se recycler, car ce dinosaure réac et conservateur aurait de plus en plus de mal à trouver un job d'imam en Europe comme au Maghreb!

L'attitude de Riss, fréquente chez les islamophobes mériterait de s'appeler "Syndrome Cromer", du nom de « Lord Cromer », gouverneur britannique de l’Egypte, fort soucieux en parole du statut des femmes musulmanes égyptiennes (spécialement de leur voile), mais qui rentré en Angleterre se bat contre le droit de vote des anglaises.

Il faudrait analyser plus précisement les ressorts de cette attitude : tu soutiens une religion dont je crois qu'elle donne aux femmes un statut subordonné? alors "reste à la maison!", tu soutiens une religion dont je crois qu'elle s'oppose à l'éducation des femmes? alors "quitte l'école, quitte l'université", tu soutiens une religion dont je crois qu'elle n'aime pas l'enseignement laïque? Alors "quitte l'éducation nationale, poursuis tes études dans le privé (notamment confessionnel)."

Il est donc possible d'estimer que Riss, dans Charlie, soutient ou contribue à des discriminations fondées sur le handicap, la religion et le genre et que ses injonctions concernant l'activité sociale des femmes musulmanes rejoignent celle des courants conservateurs du salafisme saoudien.

Je ne suis pas pour interdire aux courants "pro discriminations" d'exposer leur point de vue, en revanche, il faut les caractériser, les nommer : Charlie est depuis maintenant des années devenu un journal "pro discriminations" par islamophobie, aux côtés de la presse du Front National "pro-discrimination" avec un autre discours, qui mélange pour ce faire la rhétorique de la "préférence nationale" et l'islamophobie).

René Monzat

 

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