Pour Anne Hidalgo toutes les (non)mixités ne se valent pas

La fureur de la maire de Paris contre un festival de femmes noires est étonnante car elle soutient par ailleurs et pour de bonnes raisons des initiatives non-mixtes dans d'autres domaines

Pour Anne Hidalgo toutes les (non)mixités ne se valent pas

 Ce dernier week end de mai a vu une explosion de polémique (et de publicité) autour du Festival afroféministe européen NYANSAPO organisé par le le collectif Mwasi.

L’objet de la polémique vient d’une particularité du festival. qui serait « interdit aux blancs ». Ces termes ont initialement été  utilisés par l’extrême droite, puis par la LICRA et la maire de Paris qui veut interdire l’initiative, mais jamais par les organisatrices.

Les ateliers de travail tenus lors de ce festival sont à destination de fractions spécifiques du public soit femmes noires, soit femmes racisées, soit personnes noires des deux genres. Il ne s’agit dans aucun cas d’interdiction « aux blancs » puisque les clivages évoqués sont d’une autre nature : dans deux cas sur trois tous les hommes sont concernés (noirs ou blancs), dans le troisième cas les personnes même racisées (hommes ou femmes) mais pas noires le sont.  Par ailleurs les plénières sont ouvertes.

Ma perplexité porte sur les arguments des partisans de l’interdiction reposant sur la « non-mixité » des séances de travail.

·         Car la mairie soutient pour d’excellentes raisons d’autres initiatives non mixtes. Cela fait partie d’engagements qu’elle a signé.

·         De plus, Anne Hidalgo, La Maire de paris, en tant qu’inspectrice du travail a passé trente années de sa vie professionnelles à défendre des « non mixités » dans les entreprises.

 La mairie soutient des non-mixités choisies comme moyens de lutter pour une mixité sociale réelle. Ainsi la mairie et le gouvernement étaient-ils engagés en 2017 pour mieux ouvrir aux femmes les métiers du numérique.

Le 30 janvier 2017 le gouvernement a signé un plan sectoriel mixité numérique ici, lequel prévoit notamment d’ « Accueillir des ateliers spécifiques en direction des filles, notamment « Wi-Filles » programme lauréat de « La France s’engage » (Cap Digital, Wi filles) »

A Paris cette orientation est mise en œuvre sous le nom ParisCode  qui prévoit notamment « plus de femmes dans le numérique à Paris » et souligne que « Plusieurs écoles ou opérateurs innovants du numérique ont développé dans le cadre de ParisCode divers parcours spécialement dédiés à ces différents profils de femmes, de l’accompagnement à l’élaboration d’un choix professionnel dans le numérique jusqu’à des formations diplômantes et des modules de formation préparant à des métiers d’excellence dans le digital. »

C’est dans ce cadre que, le 21 février 2017  la maire de Paris, Anne Hidalgo, entourée de 4 de ses adjoints et de la maire du 20èmeinaugure « la Fabrique Simplon.co, au cœur du quartier Python-Duvernois (20éme ) [Rue Serpollet]. Ce lieu innovant, géré par l’entreprise sociale et solidaire Simplon.co, proposera notamment des formations aux métiers du numérique pour les jeunes et les personnes éloignées de l’emploi. »

 

Anne Hidalgo inaugure Simplon le 21 février 2017 Anne Hidalgo inaugure Simplon le 21 février 2017
Pour le gouvernement PS, la promotion d’ateliers ou de formation non mixtes était bien un des moyens de rétablir ou d’établir une mixité sociale.

Le gouvernement et Anne Hidalgo soutiennent des initiatives non point ponctuelles mais qui s'inscrivent dans la durée, et sont présentées comme « réservées uniquement aux femmes », « exclusivement destinées aux femmes » :  ne pourrait-on affirmer en raccourci « interdites aux hommes » ?

La ministre du droit des femmes, Laurence Rossignol, dans le cadre de ses fonctions a assisté le jeudi 9 mars 2017 à la présentation d’un tel projet :

Jeudi 9 mars

11h30 Restitution du projet « les hackeuses » de simplon.
4 rue Serpollet, Paris 20ème

14h00 “400 Idées pour faire avancer l’Egalité” (point d’orgue du plan d’actions et de mobilisation – Sexisme Pas Notre Genre)
Conseil Économique Social et Environnemental – 9 place d’Iéna – 75016 Paris

 Le projet a été présenté à la ministre le 9 mars dans les locaux fraichement inaugurés (le 21 février) par Anne Hidalgo, les documents de Simplon expliquent fort clairement :

Non mixité Simplon Non mixité Simplon

 Par ailleurs, Anne Hidalgo a été plus de 25 ans inspectrice du travail, elle a du être consultée maintes fois sur la régularité des élections professionnelles et vérifier notamment que les employeurs ne figurent pas sur les listes électorales.

Car les listes électorales pour les élections professionnelles sont  « interdites aux patrons », tout comme les syndicats de salariés sont « interdits aux patrons ». Ceux-ci ne peuvent en effet négocier avec les représentants des salariés et participer dans le cadre électoral à leur désignation .

Cette  « non mixité » permet que les personnes concernées par des discriminations, ou dans des situations de subordination, puissent s’organiser librement, ce qui  implique de se réunir sans représentant des discriminants, sans les chefs ou patrons, et hors de leur regard.

Pourquoi la lutte contre des discriminations de genre, ou l’organisation de personnes subordonnées dans le rapport salarial justifient elles des formes de « non mixité » alors que la lutte contre les discriminations de race ne justifierait pas de telles « non mixité » ? Pourquoi, dans le cas des discriminations raciales, et dans ce cas seulement, des initiatives non mixtes devraient-elles au contraire être interdites et leurs organisatrices poursuivies ?

René Monzat

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