Sur la guerre au "populisme"

Dernier avatar de la répression politique en France, la guerre médiatique à un décrété "populisme" de gauche en France témoigne surtout d'un refus de voir ce qui se joue dans les manifestations populaires depuis six mois.

Le "populisme" est-il moribond?

Comprendre: "populisme", dans le discours médiatique actuel, ce serait avant tout le fait des acteurs d'une frange politique "radicale" qui soutient les Gilets Jaunes (jusqu'ici le populisme était tenu pour d'extrême droite, et d'ailleurs 40% des votes exprimés des Gilets Jaunes sont allés, si j'ai bien lu, vers le RN, mais c'est LFI qui semble visé surtout, d'où la stigmatisation simultanée du "peuple", corollaire du "populisme" de gauche). Ceux qui décrètent la fin du populisme feignent d'en limiter les effets au vote protestataire, orienté indistinctement vers la gauche ou vers la droite (non sans paradoxe, étant donné le score du RN), et ceux qui prétendent le criminaliser, soit, roses encore rougissantes, mettent dans le même panier le RN et LFI, soit, hargneux revanchards parmi ceux qui ont pris peur des Gilets Jaunes, prennent ou, dans une forme d'attentisme, feignent de prendre pour argent comptant la dédiabolisation médiatique du RN et concentrent la critique sur la gauche mélenchonienne.

Mais que pense le peuple? J'ai été frappée d'une chose – c'était le jour des élections européennes, dans un bureau de vote où règne une droite bourgeoise et bon teint. Le bureau de vote se situait dans les locaux d'une école primaire. Une série récente de dessins d'enfants était affichée dans le couloir d'accès, sur le thème, je crois, du "monde où je vis", ou bien "le monde tel que je le vois", quelque chose comme ça. 

J'ai pris quelques clichés, mais je ne me sens pas autorisée à les publier. Disons donc simplement qu'un bon nombre des dessins exposés montraient de manière hallucinante des violences policières contre les Gilets Jaunes. Sur l'un d'eux, une petite fille blonde était représentée, des larmes sur le visage, à côté d'une planète verte et bleue coiffée d'une cheminée crachant une fumée noire. De part et d'autre, de larges taches grises au milieu desquelles semblaient tourbillonner des insectes tracés en noir et coloriés en jaune. La légende se lisait inscrite dans un petit drapeau sur la droite de l'image: il s'agissait des Gilets Jaunes gazés. 

En d'autres termes, des enfants abreuvés par des médias de toutes sortes associaient spontanément le péril climatique et environnemental aux nuages de gaz enveloppant les manifestants dans la répression policière contre les Gilets Jaunes.

Je ne pense pas que ces enfants aient répondu à un endoctrinement. Ils exprimaient simplement ce qu'ils voyaient. Il faut, ai-je lu quelque part, avoir le courage de dire ce que l'on voit, mais plus encore, de voir ce que l'on voit. Ces enfants voyaient – effrayés – ce qu'ils ont vu. Peut-être en va-t-il de même des décrétés "populistes". Mais à coup sûr les ennemis déclarés du "populisme" qui se lèvent aujourd'hui dans les médias n'ont pas osé voir ce qu'ils ont vu.

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