De quelle bête immonde le ventre est-il encore fécond?

Au premier plan une "dictature en marche", au second plan la psychose d'un président qui "en chemise blanche s'écoute parler"?

Au gré des vidéos amateurs ou non, j’ai relevé deux pancartes dans les impressionnants cortèges de gilets jaunes ce samedi :

  • « Emmanuel Macron la dictature en marche »
  • « Le président en chemise blanche s’écoute parler »

J’ajoute deux informations récentes :

  • Emmanuel Macron s’emploie à peser dans le but d’imposer deux de ses amis au Conseil constitutionnel, pour le renouvellement de trois sièges dont la loi ne lui attribue le choix que d’un seul (voir aussi le forcing récent pour imposer « son » procureur général de Paris, forcing suivi de la présence de Belloubet, ministre de la justice, et Castaner, pour intimider les magistrats au procès des « casseurs »).
  • Dans l’un des enregistrements, rendus publics par Mediapart, d’une conversation téléphonique entre Vincent Crase et Alexandre Benalla, ce dernier assure que le Président est entièrement de son côté : « Il était comme fou… [il disait] tu es plus fort qu’eux… »

Reprenons cette dernière phrase : « plus fort » que qui ? Que les institutions, bien sûr : « plus fort » (grâce à son « patron », nous sommes dans une mafia authentique, cela éclate jusque dans les mots employés) que le Sénat, plus fort que la justice, plus fort que la police même, quand elle fait simplement son métier.

Ainsi donc, qui ici viole l’État de droit ? Si ce n’est l’exécutif lui-même, qui méprise les institutions, qui balaie le principe de la séparation des pouvoirs, et qui ne connaît d’autre impératif que celui des intérêts de ceux qui le stipendient actuellement ?

Voyez encore, outre la « loi de la honte » anticasseurs, destructrice des libertés fondamentales, entraperçue, cette atroce courbette d’Emmanuel Macron devant MBS, le tueur de Jamal Khashoggi (c’était je crois le 30 novembre dernier) : pour la vente de quelques armes qui vont affamer des millions de Yéménites, un tueur s’incline devant un autre, deux mains sanglantes scellent une entente digne de la Ndrangheta ?

Voilà pourtant qui est tristement ordinaire. Le pire n’est pas là. Le pire, c’est qu’il semble bien que dans une vidéo d’un aparté saisi à cette dernière occasion, Macron en véritable enfant de chœur disait à MBS : « Vous n’écoutez pas ce que je vous dis… », persuadé à coup sûr d’être du côté du Bien, ou du moins du donneur de leçons, là où la poignée de mains entre MBS et Poutine était celle de deux caïds parfaitement et consciemment cyniques, rigolards, en « mecs » qui se reconnaissent alliés de circonstance et se félicitent mutuellement de leurs performances, mais qui au moins n’ont pas perdu le nord.

Oui, « le ventre est encore fécond, d’où est sortie la bête immonde ». Car il y a pire que la dictature : c’est que nous avons actuellement à la tête de l’État, desservi par des hommes ou femmes de main sans scrupules comme Castaner (lequel a été formé au sein du « milieu » marseillais) ou Mimi Marchand (from nightclub boss to French President Emmanuel Macron's advisor), un homme atteint de la plus authentique psychose : ce qui distingue le psychotique c’est sa capacité à aligner le réel sur ses fantasmes et à croire bien faire par là même, là où le névrosé fantasme dans le vide et souffre d’être déconnecté. Et, méthodiquement, malgré les résistances, c’est exactement ce que fait Macron et ce dont il se vante naïvement (« je fais ce que j’ai dit »…), jouissant avec obscénité de pérorer debout et en bras de chemise devant un parterre de maires assis, bardés de leurs écharpes tricolores, et s’employant à défaire les lois de la République, une par une, comme on se sert d’une matraque pour abattre un chien ou d’une bombe lacrymogène pour désinfecter la rue…

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