Les statistiques de la pandémie: Trump, Modi, Bolsonaro et Macron sur le podium?

Par rapport au reste du monde, la France se classe aujourd'hui 4e pays en nombre de cas de Covid recensés, 10e en nombre de morts. À quoi faut-il attribuer ces statistiques infamantes? Éléments d'analyse comparée.

Je n’étais plus retournée sur le site du Coronavirus Resource Center (CRC) de la Johns Hopkins University à Baltimore depuis le 23 juin 2020. Ce 14 juillet 2021, où en sont les chiffres de la pandémie ?

Au niveau mondial d’abord, les chiffres ont explosé : en 13 ou 14 mois nous sommes passés de plus de 5 millions de cas à 188 millions (dont 4 millions de morts), bon nombre de pays jusque-là épargnés étant désormais touchés plus ou moins sévèrement. Cela signifie, si je compte bien qu'une personne sur 41 ou 42 a déjà contracté le virus. Parmi celles-ci, une personne sur 47 environ est décédée.

 

Intéressons-nous pourtant au seul cas de la France.

On compte au 14 juillet 2021 :

5.884.395 cas d'infection,

111.609 morts (environ un Français touché sur 52 ou 53 décède de la Covid),

61.297.961 doses de vaccin injectées.

Le premier constat, à suivre les chiffres et les graphiques du CRC, c’est qu’en nombre de cas recensés la France se classe en quatrième position par rapport au reste des pays du monde. Cela signifie que notre pays, qui ne représente qu’un individu sur 116 environ dans le monde, recense cependant 1 cas sur 31 cas mondiaux, soit entre 3 et 4 fois trop de cas constatés par rapport au reste du monde. Quel bilan !

Quels sont les pays qui recensent plus de cas que la France ? Je ne donne ici, à des fins de comparaison, que les chiffres de la population totale des pays concernés: les USA d’abord (331 millions d’habitants), puis l’Inde (1,3 milliard), puis le Brésil (211 millions). Voilà qui se passe de commentaire. Trump, Modi, Bolsonaro et Macron se seront signalés parmi les plus mauvais gestionnaires mondiaux de la diffusion de la pandémie, quatre potentats boursouflés d’orgueil, de déni et de brutale incompétence. Les courbes font notamment apparaître la responsabilité immédiate du seul Macron (qui a pu aller jusqu’à passer outre les recommandations de son propre conseil scientifique) dans le nombre très élevé de cas – et de morts – de la deuxième vague de l’automne 2020 et de la troisième vague en mars-avril derniers.

Bien sûr, il convient de pondérer les chiffres : la France, qui a pourtant tardé à tester la population, a fini par offrir massivement des tests, et ses statistiques sont par conséquent plus fiables que dans bien d’autres pays (ainsi la Russie, en nombre de cas recensés, se classe immédiatement après la France, pour un total de décès pourtant nettement plus élevé –les Russes étant d’ailleurs plus de deux fois plus nombreux que les Français). Il n’empêche : à l’évidence, la population française a été moins bien, et même beaucoup moins bien protégée qu’ailleurs par ses responsables politiques et son administration. Il y a tout lieu de croire que, sans le dire, le gouvernement avait opté pour une auto-immunisation de la population, ne réagissant, par la voie policière (du confinement d’abord, et désormais de l’obligation vaccinale plus ou moins implicite) que pour ralentir, contenir ou différer la croissance des contaminations.

Est-ce pour éviter la mauvaise publicité de ces chiffres, surtout en période électorale, que Macron vient d’annoncer, ce 12 juillet, la fin prochaine du remboursement des tests PCR?

 

Second constat : fort heureusement, s’agissant du nombre de morts la France se classe cette fois dixième parmi les pays du monde. Dans l’ordre, après les USA, le Brésil et l’Inde, le Mexique (126 M d’habitants), le Pérou (31 M), la Russie (144 M), le Royaume-Uni (67 M), l’Italie (60 M) et la Colombie (48 M) nous précèdent sur le sinistre podium. Il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser, puisque cela représente quand même 1 Français sur 36 morts du Covid dans le monde, soit toujours plus de trois fois trop de morts par rapport à la moyenne mondiale, et d’autre part une multiplication par 3 ou 4 des décès du Covid en France depuis la fin de la première vague (29.666 morts au 23 juin 2020). Mais le fait est que nous sommes passés d’une létalité  – pourcentage de décès sur le total de personnes infectées – de 15,03% au 23 juin 2020, à 1,9% ce 14 juillet 2021, soit un pourcentage encore juste un peu plus mauvais qu’aux États-Unis .

L’incidence notamment d’une vaccination élevée (plus de 61 millions de doses injectées dans le pays) se fait sentir tout récemment depuis les précédentes « vagues » et nous permet d’aborder plus sereinement la quatrième qui menace. Pourtant, là encore la France avait accusé un retard par rapport à nombre de pays européens (dont la Grande-Bretagne), et nous ne pouvons pas attribuer au seul développement de la vaccination – et donc à la gestion étatique – l’évolution positive du ratio des décès.

Quelles sont les autres causes de cette baisse de la létalité, et notamment d’une comparaison flatteuse – à défaut de bien d’autres – avec l’Italie (4.275.846 cas, 127.831 morts) et le Royaume-Uni (5.252.390 cas, 128.797 morts)., pays de taille comparable?

Je discerne 4 causes majeures.

1/ Les Français se sont pliés au port du masque, dès que les masques ont été disponibles ; ils pratiquent tant qu’ils le peuvent la distanciation physique (dite « sociale »).

2/ La population française est statistiquement plus jeune (notamment que l’Italie) et

3/ l’incidence de l’obésité est moins forte (notamment qu’au Royaume-Uni).

4/ Malgré la casse programmée et continuée des services de santé, grâce au dévouement des soignants l’hôpital a lutté et s’est adapté. 

On a beaucoup accusé le « complotisme » ou l’indiscipline des « Gaulois réfractaires ».  Ces reproches valent sûrement pour les États-Unis. Mais en  France, c’est le contraire qu’il faut remarquer : malgré des politiques chaotiques et répressives, la France connaît au total une moins forte létalité que certains autres pays comparables grâce à la discipline des Français, à leur équilibre de vie (démographie, alimentation) et au dévouement des services publics de santé.

 

Et voilà qu’aujourd‘hui l’obligation vaccinale imposée aux seuls soignants voudrait faire apparaître ces derniers comme les moutons noirs du pays, les nouveaux fauteurs de contamination!

S’il y a des services publics dont il faudrait accuser sinon les agents, du moins les dirigeants, ne serait-ce pas plutôt la police et les tonnes de gaz toxiques déversées sur les foules depuis deux ans ? Je gagerais que les poumons des Français se sont largement détériorés, notamment dans les villes, depuis les rodomontades des Valls, Castaner, Darmanin et autres Lallement, aiguillonnés par Jupiter.

Au fait : l’état d’urgence vient d’être prorogé une nouvelle fois – jusqu’à la fin de l’année présente. À croire que ce n'est pas la maladie, c'est les Français qu'il faudrait mater.

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