De l'Assemblée anti-tee-shirt et signes religieux à la répression en RDC

Culture d'entreprise vs culture communautaire : l'Assemblée nationale quasi monochrome manifeste une intolérance croissante à toute différence, à toute opposition. Germe de totalitarisme? Voir comment les communautés religieuses restent, en RDC livrée à l'anarchie et au pillage, la seule ressource de la société civile pour exister et protester contre la corruption du pouvoir.

L'Assemblée nationale se préparerait à interdire tout signe, vestimentaire ou autre, d'appartenance religieuse (ou idéologique?) en son sein, de même que toute introduction d'objets (à titre d'arguments peut-on supposer).

C'est là sans doute témoigner d'abord, dans cette enceinte aujourd'hui quasi monochrome, d'une intolérance radicale à toute opposition, à toute contestation de la doxa majoritaire. Celle-ci est d'ailleurs fort peu politique et, au nom du pragmatisme, soumise aux ordres d'un maître unique. L'opposition de son côté étant incarnée par les Insoumis, leur dernière incartade, celle de François Ruffin en tee-shirt, une fois dûment sanctionnée, et la sanction confirmée, semble avoir donné des idées à ces députés allergiques aux couleurs. Pour anticiper toute entrée de voile ou de kippa dans l'hémicycle, pourquoi ne pas s'engouffrer dans cette opportunité offerte par le règlement interne et en profiter pour stériliser une bonne fois pour toutes la représentation nationale? Pas plus de communautés que de communisme à l'Assemblée! Rien de commun non plus, mais seulement l'indifférenciation de l'uniforme, et sous l'uniforme la guerre de chacun contre tous! Osera-t-on encore différencier les sexes ou les genres –, ou la parité aura-telle raison de cette diversité aussi?

La question se pose en effet. À la culture d'entreprise à laquelle sacrifient le gouvernement et la Majorité, pour, au nom de la croissance, ne donner qu'aux "premiers de cordée" et laisser végéter ou tomber tous les autres, s'oppose, en son principe, la culture communautaire, qui en rassemblant et distinguant toutes les conditions et tous les âges autour de gestes parfaitement inutiles si ce n'est pour ce rassemblement et cette distinction mêmes, sait aussi d'ordinaire – quand elle n'est pas vassalisée (voir Poutine) ou poussée à l'extrême –, à partir de ces gestes laisser vivre et vivifier une économie solidaire.

Il est très peu question, sur nos ondes, des événements exceptionnels qui se déroulent en RDC, et auxquels notre conception obtuse de la laïcité nous rend totalement aveugles: au Congo-Kinshasa, alors que le monde politique est laminé par la corruption et la société civile livrée à l'anarchie, le seul lien social et la seule opposition viennent de l'Église catholique, récemment rejointe par les communautés protestantes, voire par la minorité musulmane, et ce sont des foules brandissant bibles, croix et rameaux de paix, conduites par des prêtres et des enfants de chœur, qu'a chargées ce dimanche, dans de nombreuses villes et pour un bilan meurtrier, une police anti-émeute formée par les Français. Que réclamaient ces foules? Que Kabila s'en aille, lui qui se maintient au pouvoir contre la Constitution même et contre un accord trouvé fin 2016 et prévoyant en 2017 des élections qui n'eurent pas lieu. Mais Kabila reste en place, largement soudoyé par les puissances étrangères pour laisser mettre à sac son pays regorgeant de matières premières indispensables à nos industries de pointe...

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