La raison revenue?

D'un soulagement (l'affaire du burkini tranchée par le Conseil d'État) à une autre (et sérieuse) alarme: les plages disparaissent!

Après l'arrêt du Conseil d'État qui condamne les arrêtés municipaux excluant des plages les femmes trop vêtues, il faut se réjouir qu'il reste du jugement au sommet de l'État tout en s'inquiétant du fait que l'état d'urgence toujours en vigueur soit dirigé par un Manuel Valls qui a pris fait et cause pour des maires désormais déclarés en infraction. La France paraît plongée dans un marasme intellectuel et institutionnel total. Une des causes de ce marasme est décidément l'ignorance, le flou et les contresens répandus tant sur la laïcité que sur la "religion". Un prêtre en soutane porte incontestablement une tenue "religieuse" (lui interdira-t-on les plages, si jamais il s'y risque?), mais une femme en burkini porte simplement une tenue de bains plus couvrante qu'une autre. Et si, ce faisant, elle manifeste aussi des codes culturels qui ne sont pas ceux de l'Européen moyen, le simple fait d'entrer dans l'eau en cet accoutrement signifie aussi qu'elle entend jouir des mêmes loisirs que ledit Européen moyen. Bref, c'est un signe d'acculturation, et il n'a rien de religieux, comme pourtant le répète encore Le Monde dans son article du jour. Distinguons entre islam, un ensemble de rites et de croyances, et Islam, un univers culturel marqué par l'islam-religion. Qu'on le veuille ou non, la France laïque, chrétienne-païenne-athée quand elle fait un effort de réflexion, mais avant tout consumériste, inconséquente et gueularde, intègre aussi une part d'Islam qu'elle ne s'est privée d'aller chercher sur place du temps des colonies et des Trente Glorieuses. C'est un Islam français, qu'il ne faut pas confondre avec la religion musulmane, laquelle se moque, elle, des frontières, autant que s'en moquent les papistes, les bouddhistes ou les mennonites. Si nous goûtons le couscous et les merghez, goûtons aussi le burkini – une mode et une adaptation récentes – avec les loukoum. Après tout, cette chair nue étalée partout sur les plages (et les tabloïds), barbouillée de crème solaire aux effets mal connus... vous verrez que moyennant quelques arguments d'hygiène, dont la prévention des mélanomes, elle finira par dégoûter même le Français de souche. Tout le monde en burkini ou bi(r)kini, comme on voudra pourvu qu'il en ressorte l'égalité chère au jacobinisme, Valls et Sarkozy en slip de bain et les naturistes dans leurs réserves, voilà qui rassurerait un peu les Français ... et nous permettrait de réfléchir au plus urgent: comment se fait-il que les plages disparaissent, mangées par nos industries ogresses (il en faut pour nos écrans de smartphones, nos routes, nos maisons, nos hôtels de luxe en bord de mer, nos panneaux solaires même..., etc.), qui du même coup libèrent bien plus de gaz carbonique dans l'atmosphère que les incendies de forêt? Oui, le sable devient une denrée rare sur la planète, on râcle le fond des océans, on coule les îles pour en trouver encore... Vous avez dit atmosphère?

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