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Billet de blog 6 sept. 2022

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Inégalités climatiques – qui va payer pour le Pakistan ?

Alors que le Pakistan est en train de vivre ce qui pourrait être qualifié d’effondrement, la question du coût de la reconstruction se pose d’ores et déjà. Responsable de seulement 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, son cas illustre parfaitement les inégalités climatiques au niveau international.

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Les images sont apocalyptiques. Provoquées par une mousson précoce depuis plusieurs mois et la fonte des glaciers, des inondations exceptionnelles ont englouti le tiers de la superficie du Pakistan. Le bilan, encore provisoire, est dramatique : 1200 personnes sont décédées au 1er septembre, 50 millions sont déplacées, 33 millions impactées, soit un Pakistanais sur sept

1,2 million de maisons sont endommagées ou détruites, 162 ponts détruits, 3500 km de routes endommagées et plus de 730.000 têtes de bétail et 1,8 million d’hectares de terres agricoles perdus. Cette catastrophe fait suite à un pic de chaleur de mai à juin, où les températures enregistrées étaient de 6 à 9°C au-dessus des normales saisonnières, pour atteindre 50,5°C dans certaines villes. Cette année pourrait être facilement qualifiée d’« annus horribilis » par les Pakistanais.

Si les secours sont en train de s’organiser pour fournir une aide de premier secours aux sinistré•e•s, qui sont privés d’abris, d’eau et de nourriture, la question de la reconstruction de long-terme se pose. Une fois les besoins humanitaires (estimés à 160 millions de dollars par l’ONU) assouvis, qui doit payer pour la reconstruction des habitats et des moyens de subsistance des Pakistanais et des Pakistanaises ? Pour rappel, le Pakistan est l’un des pays les plus pauvres au monde. De plus, il est selon le classement de l’ONG Germanwatch le 8ème pays le plus touché par les phénomènes météorologiques extrêmes alors qu’il émet moins de 1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

La question se pose avec d’autant plus d’acuité qu’elle empoisonne les négociations climatiques internationales depuis la COP26 à Glasgow en novembre 2021. Les pays du Sud, qui sont en première ligne face aux impacts du changement climatique, d’une part parce qu’ils sont plus vulnérables géographiquement et d’autre part car ils ont moins les ressources pour y faire face, exigent une solidarité financière des pays du Nord. Après tout, et à juste raison, ils ne sont que très marginalement responsables du réchauffement de la planète. Pourquoi devraient-ils payer pour les actes des pays riches et pollueurs, dont la responsabilité (certes indirecte) dans les catastrophes climatiques est clairement avérée ?

Le régime climatique international a certes prévu « d’aider » les pays du Sud face au changement climatique, en consacrant de l’argent pour réduire leurs émissions (souvent en finançant des projets de transition énergétique, en investissant dans les renouvelables par exemple) et pour s’adapter aux impacts (en finançant des systèmes d’alerte précoce qui permettent de mieux anticiper les évènements météorologiques extrêmes par exemple). Cependant, rien n’est prévu une fois que la catastrophe est arrivée et qu’elle a détruit tout sur son passage. C’est ce qu’on appelle communément les pertes et dommages, c'est-à-dire les conséquences irréversibles du changement climatique, qui dépassent les capacités d’adaptation. Or, il est injuste de demander aux pays en développement de reconstruire eux-mêmes pour des événements dont ils ne sont pas responsables, surtout dans des contextes où ils ne bénéficient que de très peu de ressources. 

Pourtant, les pays riches et pollueurs sont très frileux sur la question et mettent tout en œuvre pour ne pas reconnaître leur responsabilité, craignant que cela les mène, à terme, à des obligations de réparation ou de compensation. Ils tentent ainsi de bricoler avec l’existant, très insuffisant, tout en refusant d’aborder cette question sous l’égide des négociations climatiques internationales. Il paraît pourtant clair que le renforcement de l’aide humanitaire ne répond pas à la question de la reconstruction de long-terme et que la solution de l’assurance, dont les pays du G7 se sont emparés depuis le début de l’année et qu’ils tentent d’imposer comme la réponse aux demandes des pays du Sud, comporte de nombreuses limites. 

Les catastrophes comme celle que traverse actuellement le Pakistan vont se multiplier dans les prochaines années. Les pays riches ne peuvent plus couper à leurs responsabilités et s’enfoncer la tête dans le sable : les besoins augmentent à une vitesse sans précédent et seuls eux peuvent y répondre de manière adéquate. Ils ne peuvent certes pas fournir tout l’argent nécessaire, mais ils ont le pouvoir de changer le système financier actuel pour l’aligner sur les objectifs climatiques, de réformer le système de la dette, de réguler le secteur privé. 

Ils ont surtout le devoir de répondre à la demande des pays du Sud et de mettre en place un mécanisme financier spécifique pour répondre aux pertes et dommages. Cette demande de long-terme des pays les plus vulnérables au changement climatique sera de nouveau au cœur des négociations de la COP27 qui aura lieu en Egypte en novembre prochain. Le Pakistan l’illustre sans ambiguïté: les pays riches, dont la France, ne peuvent pas continuer de faire la sourde oreille, au risque de rendre le multilatéralisme sur le climat complètement caduque. Après tout, à quoi servent ces grands sommets s’ils n’apportent pas de réponse aux besoins des communautés impactées par le changement climatique?

Aurore Mathieu, Responsable Politiques Internationales

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