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Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
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Billet de blog 2 janv. 2013

St-Sylvestre : le père Manuel est une ordure ?

L’histoire d’Amed Sohail est édifiante. Pathétiquement. Il a 15 ans quand il arrive du Pakistan, confié par sa famille à un passeur. Il parle Ourdou.  Il n'a pas demandé à venir en France et ne sait même pas dans quel pays il est.  Il s'est retrouvé un jour dans les rues de la capitale française, errant, abandonné à son sort. Il est alors ballotté d’hébergement temporaire chez des compatriotes de rencontre en foyers pour mineurs étrangers. Il fugue à plusieurs reprises.

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L’histoire d’Amed Sohail est édifiante. Pathétiquement. Il a 15 ans quand il arrive du Pakistan, confié par sa famille à un passeur. Il parle Ourdou.  Il n'a pas demandé à venir en France et ne sait même pas dans quel pays il est.  Il s'est retrouvé un jour dans les rues de la capitale française, errant, abandonné à son sort. Il est alors ballotté d’hébergement temporaire chez des compatriotes de rencontre en foyers pour mineurs étrangers. Il fugue à plusieurs reprises.

Une insertion réussie

En 2006, Ahmed est enfin pris en charge par l'ASE de Nanterre et confié aux Apprentis d’Auteuil du côté de Chartres. Il retrouve un peu de stabilité et peut enfin suivre une scolarité, en CAP plomberie.

Le rapport de son éducateur référent de l’époque est élogieux :  Ahmed « ne pos[ait] aucun problème de comportement, respectant parfaitement les règles établies ». « Il se montre[ra] sérieusement investi dans l’apprentissage de la langue française ». Par la suite, placé en appartement de pré-insertion, « Ahmed entretient l’appartement qui est impeccablement tenu, il fait les courses et prépare les repas, s’occupe de son linge. Sa gestion du temps est bonne et Ahmed respecte les contraintes horaires, tant vis-à-vis de son employeur que du lycée. »

L’éducateur conclut enfin sur « la réussite de sa formation professionnelle puisqu’il a obtenu son CAP plomberie en juin 2009.  La prise en charge d’Ahmed s’arrêtera le 2 juillet 2009, à sa demande, alors qu’il avait trouvé un employeur et un lieu d’hébergement ».

L’histoire aurait dû se poursuivre dans cette veine : celle d’un mineur isolé, ballotté par la vie mais récupéré par les institutions dont c’est la (noble !) mission et bâtissant son avenir dans le pays qui devenait le sien.

La machine à fabriquer légalement des sans papiers

C’était sans compter sans les effets dévastateurs de la politique du chiffre des ministres de la Rafle et du drapeau. En 2007, à sa majorité, aidé par ses éducateurs, Ahmed demande un titre de séjour. Pris en charge par l’ASE avant ses 16 ans, il y a normalement  droit. Mais la préfecture de Chartres, comme les autres, a pour consigne de restreindre le nombre de titres de séjours délivrés : elle fait traîner les choses, presque un an, comme le signale le rapport de l’ASE. Puis, finalement lui octroie un titre « Etudiant ». Etudiant en CAP plomberie… une curiosité qui permet tout à la fois de ne pas délivrer de titre de séjour Vie privée et familiale (qui autorise à travailler et à vivre normalement) et, à terme de fabriquer des sans papiers, ce qui va arriver à Ahmed.  

En quittant l’ASE, Ahmed a donc une promesse d’emploi de plombier et un hébergement. Sauf que, pour travailler  effectivement, il faut qu’il en ait l’autorisation et que son  titre étudiant soit converti en titre VPF. Comme son homologue d’Eure et Loir et pour les mêmes raisons, la préfecture de Seine-St-Denis fait traîner les choses, tant et si bien que le patron d’Ahmed, lassé, renonce à l’employer.  C’est ainsi qu’aujourd’hui, en France, on fabrique des sans papiers à partir de garçons ou de filles qui vivent ici depuis des années, y ont fait des études et obtenu des diplômes, sont francophones, vivent comme tous les jeunes de leur âge mais qui, brutalement, du fait d’une politique absurde et malfaisante, se retrouvent plongé dans un monde kafkaïen, sans papiers, sans travail légal et sans avenir.

Autant l’administration avait été lente pour donner à Ahmed l’autorisation de travailler, autant elle fait diligence pour lui délivrer un ordre d’expulsion (OQTF, Obligation de quitter le territoire français). Il peut dès lors être arrêté et expulsé à tout moment.  En janvier 2012, il connaît une première période de rétention. Il est libéré par le Juge des libertés et de la détention.  Il avait d’ailleurs récemment pris un rendez-vous avec la Cimade pour être conseillé et demander sa régularisation.  Il n’a pas pu se rendre à ce rendez-vous : il était en rétention.

La machine à expulser

Le 21 novembre 2012, il se fait contrôler à la gare de Lyon sans titre de transport. Il a un joint de haschich sur lui. Aucune poursuite, évidemment. S’il fallait expulser tous les jeunes qui ont un jour fumé un joint …

Menottage, fouille, garde à vue, il est enfermé au CRA de Vincennes. Il va y rester 41 jours. Aucun délit mais 41 jours de prison tout de même. Jour après jour, il parcourt le calvaire des retenus promis à l’expulsion, des journées d’angoisse ponctuées de quelques parloirs et de quelques présentations au tribunal administratif et au Juge des libertés  de la détention qui entérinent les décisions préfectorales.  Et quand il arrive qu’un tribunal abroge une décision préfectorale, le parquet fait appel comme cela a été le cas pour Ahmed.   Le JLD avait demandé sa libération le 16 décembre, la cour d’appel l’a maintenu en rétention.

La situation d’Ahmed, son jeune âge, la longueur de son séjour en France, son intégration dans la société, son français, etc, attirent pourtant l’attention. Le RESF est alerté. Le cas d’Ahmed figure à plusieurs reprises dans les messages d’alerte diffusés aux 33 000 abonnés de la liste resf.info invités à faire connaître leur sentiment aux préfets, aux conseillers ministériels et présidentiels dont les adresses mails sont gracieusement communiquées. Résultat : plusieurs centaines de messages, pas tous aimables, dans les boîtes mail des responsables. Une pratique inaugurée sous Sarkozy qu’il a malheureusement fallu prolonger sous Hollande.

Ahmed est informé qu’il sera mis dans un avion le  30 décembre. Alerté par de très nombreux mails, le cabinet de M. Valls demande l’avant-veille des éléments sur « les perspectives d’insertion de ce garçon » comme si avoir passé le tiers de sa vie en France, être parfaitement francophone, avoir été pris en charge par l’ASE jusqu’à 21 ans, avoir obtenu son CAP de plombier, travailler (au noir, évidemment) aussi bien comme plombier que comme électricien ou peintre sur des chantiers, être hébergé chez des amis, n’étaient pas des preuves d’insertion ! Pourtant, le 30 décembre au matin, le conseiller immigration de Valls annonçait hypocritement : « Nous avons décidé de ne pas intervenir et de laisser les choses aller à leur terme ». Ponce-Pilate a emménagé place Beauvau !

Ahmed est donc extrait du CRA et embarqué, menotté, pour Roissy pendant que dans le hall de l’aérogare, une vingtaine de militants RESF discutent avec les passagers pour les prévenir de la présence du jeune homme menotté dans l’avion. Certains sont surpris et choqués, d’autant quela compagnie Qatar Airwaysqui assure le vol fait sa publicité sur le confort, voire le luxe de ses avions ! Des fourgons cellulaires volants, certes, mais dorés !

Conduit au pied de la passerelle, Ahmed refuse de monter. Palabres avec les policiers, il persiste et comme c’est assez souvent le cas lors d’un premier refus d’embarquement, il est ramené à Vincennes sans violences.

L’espoir renaît. En principe, si un nouveau vol a lieu, ce devrait être le 2 janvier, ce qui laisse deux jours pour convaincre la présidence de la République du caractère odieux de ce qui est en train de se passer.

Valls décide, Hollande bénit.

Mais, l’affaire commence à faire du bruit. Les coups de téléphone de particuliers indignés, de personnalités et d’élus, y compris socialistes, se multiplient au ministère de l’Intérieur et à l’Elysée.

Manuel Valls décide alors de brusquer les choses

Le 31 décembre à 12h30, Ahmed est informé qu’il sera embarqué à 13h et mis dans l’avion de 15h pour Karachi via Doha. Et cette fois, pas question de refuser l’embarquement : quatre gros bras, probablement des policiers spécialisés dans les expulsions musclées, l’escortent.

Une demi-douzaine de militants RESF se précipitent à l’aéroport, juste à temps pour discuter avec les derniers passagers.

De son côté, Ahmed est « préparé » dans les locaux de la PAF (Police aux frontières). Jeté à terre, il est ligoté de la tête aux pieds et bâillonné puis monté dans l’avion  comme un paquet et attaché à son siège. Impossible de se débattre ni de crier.  Une fois l’avion parti il est autorisé à passer un coup de téléphone désespéré, prenant acte de l’impossibilité de résister et exprimant l’humiliation d’être ainsi chassé et calomnié.

A son arrivée à Karachi, il a pu en passer un second coup de téléphone (écouter à   http://www.educationsansfrontieres.org/article45554.html%20 ).

Il est aujourd’hui retenu par la police pakistanaise qui, racket ou disposition « légale », menace de l’emprisonner tant qu’il n’aura pas versé 1500 €.

Une souscription est ouverte pour lui envoyer cette somme au plus vite et, du même coup, dire la honte qu’inspirent de tels faits.

Cette affaire est, hélas, pleine d'enseignements. On y reviendra dans de prochains billets, jusqu'au retour d'Ahmed.

Malika Chemmah, RESF 93                        Richard Moyon RESF 92-sud

APPEL A LA SOLIDARITE AVEC AHMED SOHAIL

Au moment oùFrançois Hollandeprononçait ses vœux à la télévision, le 31 décembre à 20 heures, Ahmed Sohail, Pakistanais de 23 ans, arrivé seul en France à l’âge de 15 ans, pris en charge par l’ASE pendant 5 ans, parfaitement francophone, titulaire d’un CAP de plombier, privé de papiers par la mauvaise volonté de la préfecture de Seine-St-Denis, volait vers Karachi, menotté, ligoté, attaché à son siège d’avion sur l’ordre du Président de la République.

Arrivé à Karachi, il a été remis à la police pakistanaise qui le retient dans ses locaux en exigeant le versement d’une somme de 1 500 € faute de quoi il serait emprisonné.

Cette expulsion est indigne. Ce qui était inacceptable sous Sarkozy, l’est autant aujourd’hui.

Je demande que les autorités consulaires françaises à Karachi délivrent immédiatement un visa long séjour à Ahmed Sohail.

La première urgence étant de lui éviter un séjour en prison au Pakistan, je déclare verser la somme de   € à la souscription ouverte pour réparer autant que faire se peut la faute déshonorante que constituent ces faits.

Les chèques à l’ordre de RESF, mention Ahmed Sohail au verso, sont à adresser à  RESF s/c EDMP, 8 impasse Crozatier 75012 Paris.

Un compte Paypal est ouvert sur le site RESF  http://educationsansfrontieres.org/collecte-ahmed 

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