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Le Club de Mediapart ven. 26 août 2016 26/8/2016 Édition de la mi-journée

Gervais Gantchou: premier père d'enfants français expulsé par Hollande?

Le procureur de Bobigny a décidé de ne pas poursuivre Gervais pour son refus d'embarquer, lundi. Il était au maximum de la rétention (45 jours), il a été libéré. Mais il reste sous le coup de son interdiction du territoire. Il faut maintenant obtenir la levée de cette mesure puis sa régularisation.

Le procureur de Bobigny a décidé de ne pas poursuivre Gervais pour son refus d'embarquer, lundi. Il était au maximum de la rétention (45 jours), il a été libéré. Mais il reste sous le coup de son interdiction du territoire. Il faut maintenant obtenir la levée de cette mesure puis sa régularisation.

Gervais Gantchou est emprisonné depuis 44 jours au centre de rétention (CRA) du Mesnil-Amelot, survolé nuit et jour par les avions à basse altitude. Il est Camerounais, il a trente ans, il arrivé en France à l'âge de 18 ans. Il doit être expulsé demain.


Ses parents sont morts quand il avait six ans.  Il est alors à peine recueilli par des voisins et des amis de la famille à qui il doit de n'être pas mort de faim, pas beaucoup plus. A 14 ans, il est placé dans un orphelinat à Yaoundé. C'est mieux. Mais un orphelinat de pauvres dans un pays pauvre, ce n'est pas le couvent des Oiseaux.
A 18 ans, il rejoint son frère et sœur aînés en France. Il est sans papiers mais il vit. Il travaille comme il peut, connait une jeune femme, française. Ils ont un enfant, une fille, née en 2002. Le couple se défait. Gervais a une seconde fille, née en 2005, d'une seconde compagne, française. Quoi qu'on en dise, il s'occupe de son enfant et lui est attaché.
En 2009, Gervais est condamné pour escroquerie : deux mois de prison ferme. En 2012, deux mois encore pour vol et, parce qu'il est défendu par un avocat de permanence qui ne connaît pas bien le droit des étrangers,  un an  d'interdiction du territoire.  Sa peine purgée, il est conduit directement de Fresnes au Mesnil-Amelot. Voilà, en quelques lignes, l'existence de Gervais Gantchou : 6 ans avec ses parents, 12 ans de rue et d'orphelinat au Cameroun, 12 ans en France avec des hauts et des bas.
Le sort qui lui sera réservé, son expulsion ou sa régularisation, revêt, à nos yeux, valeur de symbole. Ce garçon est père de deux enfants français, il a passé ici toute sa vie d'adulte, ses attaches, sa sœur et son frère aînés qui l'ont fait venir sont en situation régulière, l'un d'eux est même français. 
Le jeudi 31 mai, 41e jour de rétention, dans l'après-midi, Gervais Gantchou lit son nom et sa destination sur le panneau d'affichage du CRA de Mesnil-Amelot. C'est ainsi que les choses se passent. L'administration affiche les étapes du chemin de croix des retenus : Machin, JLD  de Meaux, Truc, Tribunal administratif de Melun, Chose, avion pour la destination dont il ne veut pas, telle heure. GANTCHOU Gervais, Douala 1er juin 10 h30.
On est prévenus à 18h. Peu de temps pour réagir. Mais c'est le premier père de famille (d'enfant français de surcroît) expulsé par le président Hollande. On ne peut pas laisser passer.  Quelques coups de fil pour recueillir des avis. On y va : resf.info, communiqué et tout le tintouin. Texte rédigé, sans concession.  On n'a pas passé 8 ans de lutte au couteau avec Sarkozy pour accepter qu'Hollande fasse pareil.
Parallèlement, comme sous Sarkozy, tentatives de contacts avec le cabinet du ministre, Matignon, l'Elysée. On met la pression.
Entretemps, on apprend le placement en rétention d'une famille de trois enfants à Lyon. Le père et les enfants ont été libérés par le juge des libertés et de la détention. La mère est maintenue et doit être expulsée le lendemain, seule, vers l'Allemagne. On prévient le ministère. 22h55, appel du directeur de cabinet de Valls et de son adjoint. Ils ont fait libérer la mère de Lyon, estimant que la réalité vie de la famille est établie. Sur Gervais, 40 minutes de discussion, serrée. Expulsion du lendemain suspendue. Ils se donnent 24 heures pour réfléchir. Le lendemain, nouvelle discussion, nouveau délai de 24 h. Différence notable avec les temps maudits d'Hortefeux, Besson, Guéant. On est écouté, vraiment. Mais la différence ne peut  pas s'arrêter là. Le style est autre, c'est très bien. Mais le fond doit changer aussi. Maintenant.
Hélas, aujourd'hui, 3 juin, le verdict est tombé : l'expulsion de Gervais Gantchou est maintenue. C'est une décision inhumaine et une faute politique.
Gervais Gantchou est père de deux enfants français. A en croire le cabinet du ministre, il ne s'occuperait pas de ses enfants.
C'est peut-être vrai pour sa fille aînée qui se trouve privée de relation avec son père du fait de la mauvaise entente de ses parents. Est-ce une raison suffisante pour rendre définitive cette séparation peut-être transitoire en expulsant son père à des milliers de kilomètres ? La bonne politique ne serait-elle pas plutôt de prendre des mesures pour favoriser l'établissement de relations normales entre ce père et sa fille et non pas de tirer argument d'un état de fait déplorable pour ajouter de la misère morale à la misère morale ?
Le ministère assure détenir deux jugements rendus par deux tribunaux assurant que Gervais Gantchou ne s'occupe pas non plus de sa seconde fille. Comment aller contre une décision de justice ? C'est un sophisme trop souvent entendu de la bouche des conseillers de M. Sarkozy pour accepter qu'il soit repris  par ceux de son successeur.
Les documents attestant de dépenses de Gervais en faveur de sa fille existent : une bonne quinzaine de certificats de virements sur le compte de sa mère, des factures de vêtements ou d'équipements d'enfant et, surtout, une lettre de la mère de Kellya qui écrit : "Gervais a toujours été proche de son enfant et s'en est toujours occupé financièrement et physiquement, à chaque fois qu'elle l'a réclamé, il a toujours été présent et je ne saurais combler ce vide s'il n'est plus sur le territoire français". Des preuves et un témoignage qui devraient suffire. Les années Sarkozy ont conduit la police, la justice, l'administration préfectorale et les cabinets ministériels à une dérive insupportable.  Invités à combattre les "mariages gris" selon la belle expression de Besson, les services de police sont amenés à des gestes dégradants : intrusion express, tôt le matin chez des couples suspects pour vérifier que les deux côtés du lits sont chauds, vérification du linge sale pour s'assurer que les culottes de madame et celles de monsieur y voisinent, questions déplacées sur la couleur des sous vêtement du/de la partenaire... Les interrogations sur la réalité de la relation père/enfants relèvent du même voyeurisme. Il est temps, vraiment, de tourner le dos à ces pratiques avilissantes et de le revendiquer. L'affaire Gervais Gantchou serait un premier pas dans ce sens. Ajoutons que s'il fallait expulser tous les pères qui ne s'occupent pas assez de leurs enfants...
Le "respect des décisions de justice"  invoqué par les représentants du ministère sont, là aussi, de trop bonnes raisons mises au service d'une mauvaise cause. Disons d'abord que le plus souvent, la justice n'ordonne pas la reconduite à la frontière mais se contente de vérifier qu'elle est conforme aux dispositions légales. Autrement dit, l'administration n'est pas obligée d'expulser, elle est fondée (légalement, pas nécessairement légitimement) à le faire. La nuance est d'importance.
Gervais Gantchou a commis des délits, il a été sanctionné comme tout un chacun devrait l'être. Rien n'impose qu'il subisse une peine supplémentaire gravissime. Pour mémoire, une expulsion est une arrestation impromptue, un emprisonnement (44 jours pour Gervais), la perte de son travail, de son logement, de tous les biens accumulés, une rupture souvent définitive avec tout son milieu et en la circonstance, l'abandon définitif de ses enfants. C'est aussi, et peut-être surtout, une humiliation dont on ne se remet pas : le pays qu'on avait choisi, pour lequel certains ont pris tous les risques pour le rejoindre, ce pays vous rejette, vous embarque de force dans un avion puis vous abandonne, parfois dans la tenue dans laquelle vous avez été arrêté, (pieds nus, ça s'est vu !) sur le tarmac d'un aéroport où personne ne vous attend. L'AME (Association des Maliens expulsés, ça existe !) dit que les expulsés finissent mendiants, fous ou suicidés.
Monsieur Sarkozy s'était engagé à supprimer la double peine. Il ne l'a fait que très partiellement. Le nouveau gouvernement s'honorerait à le faire vraiment, et pour tous ceux dont la vie est réellement en France comme c'est le cas pour Gervais Gantchou.
Gervais Gantchou vit en France depuis l'âge de 18 ans. Il y a dix ans, avant la loi Sarkozy de 2004, il aurait obtenu, de droit, un titre de séjour.  On peut -il faut !-- espérer que les textes régissant le séjour des étrangers seront profondément modifiés et que, par exemple, ils feront que Gervais Gantchou pourra être régularisé. N'y-a-t-il pas quelque monstruosité à exécuter aujourd'hui une mesure d'une telle gravité, sachant que les textes à venir le dispenseraient d'une telle peine ?
La décision concernant Gervais Gantchou a valeur d'exemple. Elle présage de ce que sera la politique du quinquennat de François Hollande. Celle de Sarkozy avec quelques inflexions ? Ou au contraire une politique réellement nouvelle. Qui ne réduise pas l'immigration aux sans papiers. Mais qui intègre le fait que la population de ce pays se sait métissée, qu'elle l'assume et le revendique.  Un président, un gouvernement qui adopteraient cette façon d'envisager les choses modifieraient du tout au tout leur regard sur l'épiphénomène que constituent, en réalité, les sans papiers. Quelques dizaines de milliers de situations d'hommes, de femmes et d'enfants prêts à beaucoup de sacrifice et disposés évidemment à mettre leur énergie, leur courage et leur intelligence au service de la société qui leur ferait une place.
Pour toutes ces raisons et quelques autres, nous demandons que la décision d'expulser Gervais Gantchou soit abrogée, qu'il soit libéré et qu'un titre de séjour lui soit attribué.

 

Nous n'accepterons pas de  Hollande ce qui ne l'était pas de Sarkozy. La loi, les méthodes, les comportements doivent changer. Maintenant.

Richard Moyon (RESF 92)

Pour le faire savoir à qui de droit :


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