Sifi, 6 ans, Marie, 8 mois, victimes de la maltraitance du ministère des basses œuvres.

Sifi, 6 ans, Marie, 8 mois,
victimes de la maltraitance du ministère des basses œuvres.

A voir absolument : 

 https://docs.google.com/file/d/0B1bWcD6GGTjtcU13ZUhwRjNBak0/edit?pli=1

Sifi, élève de CP, aura 7 ans le 12 août prochain, le jour où François Hollande en aura 60. Nul doute qu’il aura une pensée pour elle quand on lui souhaitera bon anniversaire ! Sifi et Marie, sa jeune sœur (8 mois), sont arméniennes. Même si Souren, leur père, a été emprisonné en Arménie, torturé et laissé pour mort sur le bord d’une route, la demande d’asile de leurs parents a été rejetée comme il se doit sous la présidence de François Hollande.  Depuis 2011, ils ont connu le marathon des demandeurs d’asile : OFPRA, CNDA, OQTF, TA, re-OQTF, assignation à résidence : rejet de la demande d’asile par l’Office français de protection (si ! si !) des réfugiés et apatrides, rejet devant la Cour nationale d’appel, délivrance d’une Obligation de quitter le territoire français, appel devant le Tribunal administratif, délivrance d’une seconde OQTF, etc…  Des décisions rendues sous forme de copiés-collés copie conforme de tous les autres, extraits de la base de données de chacune de ces administrations.

Depuis le 14 mars, la famille Babayan était assignée à résidence au CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) de Nancy. Visiblement, la préfecture de Meurthe et Moselle et particulièrement son secrétaire général Jean-François Raffy ne reculent devant aucun effort. Premier épisode: le 17 juillet dernier vers 21 heures, Asya Ghukasyan, l’épouse de Souren, se trouve au Mac Do avec ses deux enfants. Arrive le Secrétaire général de la préfecture en personne à la tête d’une escouade de trois minibus de la Police aux frontières. Ils encerclent la jeune femme et ses enfants et tentent de les embarquer. Asya Ghukasyan  refuse de les suivre. Des témoins s’interposent. Courageusement, Jean-François Raffy bat en retraite. Il faut saluer le dévouement de ce haut fonctionnaire qui n’hésite pas à pratiquer la chasse à l’enfant en heures supplémentaire, en été et au Mac Do !

Trois semaines plus tard, à six heures du matin le Secrétaire général préposé aux basses œuvres et un fonctionnaire de la PAF se présentent à la porte du deux pièces des Babayan.  Devant leur refus d’ouvrir, Monsieur Raffy promet de laisser les enfants et leur mère tranquilles si Souren  se livre. Ce qu’il fait.

Avec une loyauté qui fait honneur à la fonction qu’il occupe, le Secrétaire général de la préfecture de Meurthe et Moselle fait donner l’assaut une heure plus tard. Asya Babayan refusant  àson tour d’ouvrir, la porte est en partie défoncée, un serrurier étant réquisitionné pour achever le travail.  Asya Babayan est alors empoignée sous les yeux de ses enfants et traînée de force sur trois étages. Les deux petites (6 ans et 8 mois !) sont à leur tour descendues de force, hurlant, l’ainée se débattant. On suppose que les policiers étaient fiers de la mission qui leur était confiée ! La vidéo ci-jointe[1], sur laquelle on aperçoit d’ailleurs l’héroïque Raffy, dit en partie ce qu’est la réalité de la chasse à l’enfant et à ses parents.

Les enfants et leur mère sont parqués dans une voiture devant le commissariat où Souren est enfermé. Ils sont ensuite emprisonnés au CRA de Metz en application stricte de l’engagement du candidat Hollande d’interdire le placement des enfants en rétention.  Pas de baignoire pour le bébé, pas de table à langer. Moi président, on ne va pas s’arrêter à de tels détails.

Le lendemain, la famille est conduite à Roissy et remise à l’UNESI (Unité nationale d'escorte, de soutien et d'intervention), l’équipe d’expulseurs professionnels à qui le ministère confie cette estimable activité. Souren et Asya sont ligotés sous les yeux de leurs enfants, papa par des hommes, maman par des femmes. Ils sont ensuite portés dans l’avion où on les empêche de crier grâce aux techniques de strangulation qui font la réputation de cette unité « d’élite ». Impossible, dans ces conditions, de refuser d’embarquer. Souren (dont la pathologie est reconnue) fait une crise d’épilepsie mais les policiers mènent leur mission à son terme… et, au passage, accumulent des miles pour leurs prochaines vacances.   

La vidéo tournée lors de l’arrestation d’Asya dit en partie ce qu’est la réalité d’une expulsion. Quoi que soutienne Monsieur Valls qui se paye de mots, « la fermeté et l’humanité » dont il se gargarise sont de mauvaises plaisanteries. Menée comme il la mène, sa politique d’immigration, prolongement zélé de celle de Guéant, ne peut que produire de tels faits. Des brutalités dégradantes. Des gestes qui heurtent la conscience (on l’espère !) des fonctionnaires obligés de les commettre et qui déshonorent ceux qui les ordonnent.

 

Jeannette Vallance (RESF Nancy),              Richard Moyon

 

Le ministère des basses œuvres aux abonnés absents.

Petit chronique des pauvres dérobades de ceux qui décident sans avoir le courage d’assumer.

6 août, 13h, je découvre sur une liste RESF le message alertant sur l’expulsion de la famille Babayan sur un vol prévu à 13h40. J’appelle le secrétariat de Pierre-Antoine Molina, directeur adjoint chargé des basses œuvres du cabinet du ministre Cazeneuve, ancien premier secrétaire de la fédération socialiste de la Drôme et ex-candidat socialiste à la mairie de Valence. Un socialiste, un vrai ? M. Molina est en vacances à l’étranger, injoignable. J’appelle chez Raphaël Sodini, conseiller en charge des basses œuvres. M. Sodini est en vacances mais M. Toutias assure l’intérim. Problème, expulsion ou pas, M. Toutias déjeune : il ne peut pas être dérangé.

Appel chez Thierry Lataste, homme de gauche et directeur de cabinet du ministre. Bien dressé, son secrétariat me rebalance chez Sodini dès qu’il comprend de quoi il s’agit, sans même me laisser terminer ma phrase

Appel au secrétariat personnel du ministre. On écoute très poliment, m’assure qu’on va transmettre, et raccroche toujours aimablement. Naturellement, rien ne s’en suit.

Entre temps, le remplaçant de M. Sodini a fini son déjeuner. Son secrétariat me rappelle : il paraît qu’il découvre le problème. Je communique donc le nom de la famille, les faits. « On vous rappelle… » J’attends toujours. La famille est expulsée.  Le cabinet est aux abonnés absents.

                                                                      M.R.

 


[1] https://docs.google.com/file/d/0B1bWcD6GGTjtcU13ZUhwRjNBak0/edit?pli=1 

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