PERSECUTION DES FAMILLES SANS PAPIERS : L’IMAGINATION AU POUVOIR

PERSECUTION DES FAMILLES SANS PAPIERS : L’IMAGINATION AU POUVOIR

Fuyant l'Arménie, les Mikaelyan sont arrivés en novembre 2009 en France, où vit déjà une partie de la famille en situation régulière.

Après avoir fait une demande d'asile, le couple et ses deux enfants obtiennent une place au CADA (centre d'accueil pour demandeurs d'asile) de Fougères (35). Les enfants sont scolarisés, les parents apprennent le français, Surik Mikaelyan obtient le droit au travail et décroche un emploi.

Fin 2011, la demande d'asile est rejetée et les ennuis commencent. Surik Mikakelyan est donc contraint de quitter son emploi et la famille de quitter le CADA.

La première OQTF (obligation à quitter le territoire) tombe en janvier 2012. Elle est annulée par le tribunal administratif. La famille obtient pendant 5 mois une autorisation provisoire de séjour.

Une demande de régularisation est déposée. La réponse est une seconde OQTF, accompagnée d'une assignation à résidence en bonus. 

Le 19 septembre 2013, la famille Mikaelyan est envoyée à La Guerche de Bretagne. Cette « proposition » leur est présentée comme un hébergement d'urgence géré par le conseil général. Il s'agit en fait d'une résidence appartenant à un propriétaire privé. Celui, que les locataires appellent « Monsieur Bernard »,  a gentiment mis à la disposition de la préfecture d’Ille et Vilaine plusieurs appartements vides pour y assigner des familles déboutées de l’asile.

Les Mikaelyan y retrouvent une famille ingouche, assignée à résidence avec leurs cinq enfants.

Dès que des nouveaux arrivent, Monsieur Bernard s'empresse de photocopier tous leurs documents, mais impossible d'obtenir une attestation d'hébergement pour inscrire les enfants à l'école, Monsieur Bernard renvoie systématiquement les familles vers les services de la préfecture.

La seconde OQTF est à nouveau annulée par le tribunal administratif.

Lundi 25 novembre, une militante accompagne les Mikaelyan au guichet de la Préfecture de Rennes. Malgré de longues heures d'attente dans le froid, le couple a le sourire en se présentant à l'agent au guichet la décision du TA de Rennes annulant leur OQTF et leur assignation à résidence. Comme à son habitude, le secrétaire général s'interpose "Dites leur de préparer leurs bagages, nous allons les reconduire dans leur pays". Habituée aux provocations du secrétaire général, la militante le fait répéter. Il réitère et demande responsable du service contentieux de rédiger aussitôt une 3e OQTF !

L'annonce est brutale. Madame Mikaelyan est en larmes, son mari ne comprend pas. Dans la série des bonnes nouvelles, le chef de bureau ajoute "Vous êtes à la rue dès ce soir".

Retour à La Guerche. Monsieur Bernardest déjà prévenu par les services préfectoraux. Il demande aux Mikaelyan de quitter le logement. 

Le lendemain matin alors qu’ils sont absents, Monsieur Bernard en profite pour changer les serrures. Le couple se retrouve à la rue avec ses trois enfants, dont la dernière petite fille  de 2.5 ans, née en France, qui est malade.

La nouvelle OQTFest accompagnée de l'obligation de signer deux fois par semaine à la gendarmerie de La Guerche. Monsieur Mikaelyan s'y rend donc, il connait bien les gendarmes car il était auparavant contraint de se présenter tous les jours pour signer dans le cadre de sa première assignation à résidence. Il raconte ses malheurs aux gendarmes et montre la décision du TA et la nouvelle OQTF. Les gendarmes ne comprennent pas mais le rassurent, lui disent que le propriétaire n'a pas le droit de les jeter dehors comme ça, et lui conseillent de téléphoner à leur avocate. 

Dans un excès de bonté, Monsieur Bernard décide de rouvrir le logement et autorise la famille les Mikaelyan a y rester jusqu'à la fin de la semaine. Puis 1 h plus tard, il se ravise. Non ils doivent partir demain car la préfecture ne le paye plus....

Le lendemain devant le désarroi de la famille, "Monsieur Bernard au grand coeur" leur propose de leur louer "un prix d'ami" le studio à côté. La famille déménage, puis le propriétaire change à nouveau d'avis, sans doute sur les consignes de la préfecture, qui envoie la famille dans un hôtel à Rennes (50 km).

Les enseignants de l’école Evelyne Brisou Pellen, où sont scolarisés les 2 aînés, ne comprennent pas l'acharnement contre cette famille.  Ils décident alors de prendre en charge les 2 enfants.

Surik Mikaelyan est convoqué par le secrétaire général, qui lui assure qu'il pourra regagner La Guerche dans quelques semaines, quand il sera à nouveau assigné à résidence (?) De son côté, la directrice de l'école a eu au téléphone un représentant de la préfecture qui lui donne un avis contraire. C'est fini pour la famille Mikaelyan à La Guerche et lui fait la morale "Les enfants doivent suivre leurs parents et seront accueillis dans d'autres écoles "...

Une pétition est rédigée et soutenue par les enseignants :

http://www.educationsansfrontieres.org/article48246.html

Sous Hollande, ce sont donc ceux qui appliquent avec zèle la politique de leurs prédécesseurs, qui donnent des leçons à celles ou ceux qui tentent de préserver les enfants des dérives dangereuses de l’administration et de ses exécutants.

                                                             Carole Bohanne RESF 35

 

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