RESF
Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
Abonné·e de Mediapart

213 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 mars 2017

RESF
Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
Abonné·e de Mediapart

Bruno LE ROUX, BOURREAU D'ENFANTS DE SANS PAPIERS

Jadis, Bruno Le Roux défendait les enfants de sans papiers. Devenu ministre de l'Intérieur, il est aujourd'hui leur bourreau. Brahima Tounkara, père de deux enfants sera monté de force dans le vol pour Bamako de 15h30. Il reste trois heures pour obliger le ministre à renoncer à l'expulsion.

RESF
Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

LETTRE OUVERTE A BRUNO LE ROUX,

HIER SOLIDAIRE DES ENFANTS DE SANS PAPIERS,

AUJOURD’HUI LEUR BOURREAU

Monsieur le Ministre,

Vous êtes en train de faire expulser Brahim TOUNKARA vers le Mali. Au-delà du fonctionnement « normal » de vos services, votre responsabilité personnelle est engagée : j’ai appelé votre cabinet, le secrétariat de votre conseiller immigration Emmanuel CAYRON puis votre directeur de Cabinet Jean-Luc NEVACHE. J’ai fini par pouvoir m’entretenir avec un chargé de mission, M. ROUGIER. Je vous ai également envoyé un sms, au numéro de portable auquel il m’est arrivé plusieurs fois de vous alerter sur des expulsions particulièrement honteuses… mais vous n’étiez pas encore ministre.

Brahim TOUNKARA vit en France depuis 15 ans (2001), sa femme Coumba KONTE l’a rejoint en 2010. Ils ont deux enfants, Noukhoussa, trois ans et demi, scolarisé en maternelle aux Ulys (91) et Boubou deux ans. Ils attendent un troisième enfant. Je veux croire que vous mesurez la dévastation de la situation de cette jeune femme et de ses enfants, conséquence de votre décision. Pour parler clair, les enfants n’ont pas eu assez à manger depuis l’arrestation de leur père et des habitants des Ulis ont collecté nourriture et argent sur le marché pour subvenir à leurs besoins. Il est évident que Brahim Tounkara va tenter de revenir retrouver les siens. Que feriez-vous, à sa place ? Et que direz-vous à ses enfants s’il se noie en tentant de franchir la Méditerranées que vos collègues et vous-même transformez en tombeau pour des milliers de migrants chaque année ?

Brahima Tounkara a été arrêté parce qu’il n’avait pas de titre de transport dans l’autobus qu’il empruntait. On peut, en 2017, en France, être soupçonné du détournement d’un million d’€ grâce à des emplois fictifs, être soupçonnée de rétribuer son garde-du corps 7000 € pour un emploi à mi-temps et de faire rémunérer illégalement plusieurs de ses proches ou encore organiser une soirée à près de 400 000 € à Los Angeles aux frais de son ministère et être candidat aux élections présidentielles. Mais resquiller dans l’autobus est sanctionné de 15 jours d’emprisonnement, d’une expulsion ligoté et bâillonné et d’une interdiction du territoire de trois ans. Sans parler de la situation de ses enfants, rendus quasi orphelins.        

Je suis d’autant plus amer, Monsieur le Ministre, que j’ai fait votre connaissance le 18 septembre 2005, dans des circonstances beaucoup plus honorables pour vous. Ce soir-là, un garçon de 19 ans, lycéen à Epinay-sur-Seine Guy E. devait être expulsé vers le Cameroun. Plusieurs dizaines de ses camarades, des enseignants, des militants de la LDH, de SOS-Racisme et du Réseau Education sans frontières, dont moi, étions dans le hall du Terminal 2 de l’aéroport Charles De Gaulle pour empêcher l’expulsion. Vous étiez député d’Epinay, vous nous avez rejoints. Un rang de policiers barrait l’accès à la douane. Vous avez demandé à rendre visite à Guy, en application du droit à l’accès des députés aux lieux de privation de liberté. Cela vous a été refusé. Vous nous avez alors fait reculer de plusieurs mètres, puis, votre carte de parlementaire à la main, vous avez chargé les policiers à plusieurs reprises, tentant de franchir leur barrage en force. J’avais été bluffé par votre détermination et votre courage. « Vous me réconciliez avec la fonction parlementaire » vous avais-je alors dit.

Vous n’avez pas réussi mais votre action et celle des manifestants ont dissuadé le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, de procéder à l’expulsion. Le lendemain, Guy devait comparaitre devant le TGI de Bobigny pour refus d’embarquement… mais son lycée –élèves et professeurs— était en grève et 400 personnes manifestaient devant le tribunal. L’audience était reportée, Guy était libéré et recevait un titre de séjour.

Ces événements ont plus de dix ans. Je devine –et je regrette profondément—qu’ils n’ont été pour vous que des étapes dans votre carrière. Hier, vous protégiez l’opprimé. Vous le maltraitez aujourd’hui.

Je tiens, Monsieur le Ministre, à vous faire part de ma consternation, aussi profonde que l’estime que je vous portais hier. Etre à l’image de la présidence de François Hollande n’est pas une circonstance atténuante.

Insistant pour que vous suspendiez immédiatement l’expulsion de Brahima TOUNKARA, je vous prie, Monsieur le Ministre, d’agréer l’expression de mes salutations consternées.

Richard Moyon

Membre du Réseau Education sans frontières

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Italie : l’abstention a fait le match
La victoire de la droite et de l’extrême droite en Italie en sièges cache une stabilité de son électorat. L’Italie n’a pas tant viré à droite sur le plan électoral que dans une apathie et une dépolitisation dont le post-fascisme a su tirer profit.
par Romaric Godin et Donatien Huet
Journal — Europe
Le jour où le post-fascisme a pris le pouvoir en Italie
Le parti de Giorgia Meloni a largement dominé les élections italiennes du 25 septembre. La coalition de droite devrait obtenir une majorité absolue au Parlement. Le résultat de décennies de confusionnisme et de banalisation du fascisme dans lesquels se sont fourvoyés tous les mouvements politiques de la péninsule.
par Ellen Salvi
Journal — Gauche(s)
Julien Bayou démissionne, les écolos sidérés
Visé par une enquête interne de son parti pour « violences psychologiques », le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts et coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale a démissionné de ses fonctions. Il dénonce une « instrumentalisation des souffrances » à l’ère de #MeToo et à deux mois du congrès des écologistes.
par Lénaïg Bredoux et Mathieu Dejean
Journal — Gauche(s)
Boris Vallaud : « Je ne crois pas aux privilégiés d’en bas »
Soucieux de parler aux « classes populaires laborieuses », le chef de file du groupe socialiste à l’Assemblée nationale estime que leurs intérêts sont conciliables avec la transition écologique. Et met en garde contre la banalisation de l’extrême droite.
par Mathieu Dejean, Fabien Escalona et Pauline Graulle

La sélection du Club

Billet de blog
Chéri, je crois qu’on nous a coupé le gaz !
Depuis quelques mois, la discrète Roumanie ravitaille le reste du monde. Le plus grand port de la mer noire s’érige au nom de Constanța. Les affaires battent leur plein. Les céréales sont acheminées dans des wagons sans fin. Aujourd'hui, comment vit-on dans un pays frontalier à l'Ukraine ? Récit de trois semaines d'observation en Roumanie sur fond de crise énergétique et écologique.
par jennifer aujame
Billet de blog
La gauche en France doit sortir de son silence sur la guerre en Ukraine
[Rediffusion] La majorité de la gauche en France condamne cette guerre d'agression de l'impérialisme russe, demande le retrait des troupes russes de l'Ukraine. Mais en même temps reste comme paralysée, aphone, abandonnant le terrain de la défense de l'Ukraine à Macron, à la bourgeoisie.
par Stefan Bekier
Billet de blog
Ukraine : non à la guerre de Poutine
Face à la guerre, la gauche au sens large a pris des positions divergentes, divergences largement marquées par des considérations géopolitiques. Le mot d'ordre « non à la guerre de Poutine » permet d'articuler trois plans : la résistance des Ukrainiens contre l'agression russe, les mobilisations contre la guerre en Russie, la course aux armements.
par denis Paillard
Billet de blog
Tenir bon et reprendre l’offensive
Sept mois de guerre et d’atrocités en Ukraine, un peuple héroïque qui ne rompt pas et reprend l’initiative. La perspective, même lointaine, d’une libération de l’Ukraine devrait faire taire ceux qui théorisaient l’inaction devant les chars russes, validant la disparition d’un peuple et de ses libertés.
par Yannick Jadot