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Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron

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Billet de blog 9 avril 2014

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Exilés en Roannais, une histoire de mobilisation envers et contre tout

Etat des lieux de l’hébergement « officiel » en Roannais: pour la domiciliation de personnes sans domicile et donc des exilés, La Boutique Santé a été créée à Roanne. Elle permet écoute et conseils, courriers, douche, cuisine, laverie, remise à bagages, etc. Et à toute personne de se présenter propre à l'hôpital.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Etat des lieux de l’hébergement « officiel » en Roannais: pour la domiciliation de personnes sans domicile et donc des exilés, La Boutique Santé a été créée à Roanne. Elle permet écoute et conseils, courriers, douche, cuisine, laverie, remise à bagages, etc. Et à toute personne de se présenter propre à l'hôpital.

Pour l'accueil des exilés, il existe un centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA), un accueil d’urgence  des demandeurs d’asile (AUDA) et le Foyer Vers l'Avenir (post-CADA entre autre).

Depuis mars 2013, l’hébergement des exilés est devenue une bataille de chaque jour ou presque.

En mars 2013 la préfecture de la Loire décide de "rééquilibrer" le nombre des exilés entre la préfecture et les sous-préfectures. De Saint-Étienne environ 80 nouvelles personnes post-CADA sont déplacées dans des hôtels éloignés de Roanne.

Notre première action : scolariser tous les enfants (maternelle, primaire et secondaire) et  les transporter. RESF, les Amis du RESF, le Secours Catholique, des citoyens s’y attèlent.

Une deuxième action : reconstituer les dossiers des familles avec de possibles arbres généalogiques : quels membres sont en France ou en Europe, avec quels statuts?

Une troisième action: intégrer, bien que difficilement les réfugiés aux cours de français, insuffisants sur le Roannais.

Fin avril 2013, la préfecture donne l'ordre à son délégataire, le Foyer Vers l'Avenir,  de ne plus prendre en charge les hôtels ni une partie des appartements qu'il loue dans un rayon de 25km autour de Roanne. Un collectif se crée autour de syndicalistes, d'enseignants et de retraités auquel RESF Loire Nord participe. Après quelques changements de noms et brouillage de pistes il devient "Un Toit Pour Tous".

Nous négocions le maintien des familles dans les locaux jusqu'à la fin de l'année scolaire pour assurer la scolarisation sans changement d'école, et obtenons quelques réussites.

Mi-mai 2013, 200 personnes environ sont jetées à la rue sans proposition. Des membres du collectif dorment dehors avec eux, se chargent de la nourriture chaude. Ils négocient avec la maréchaussée et organisent tous les jeudis Place des Promenades un pique-nique avec des citoyens sous les regards de la presse.

Nous maintenons la scolarisation même si les enfants dorment à la rue. Pour cela, il faut organiser un ramassage  dans de multiples lieux et assurer le transport.

En juin 2013 une partie du collectif décide la réquisition citoyenne d'un vaste bâtiment privé (ex-GRETA) inutilisé depuis longtemps. Réaction du supposé propriétaire et de ses gros bras puis de la Police Nationale. Le collectif abandonne les lieux.

La Maire de Roanne panique : elle fait souder les portails de bâtiments municipaux mis à la disposition d'une cinquantaine d'associations  et poser une grille sur le kiosque à musique. Des articles paraissent dans la presse. Pour mémoire, on recense plus de 2 000 appartements vides sur le Roannais !

Une partie du collectif décide la réquisition citoyenne d'un immeuble d'appartements privés inoccupé pour deux familles avec, à la clé, une nouvelle intervention de gros bras. Mais la Justice accorde des délais pour une sortie mi novembre 2013.

Des tensions se font jour au sein du collectif entre les tenants d'une action agressive sur la place publique (tous à la rue !) et ceux d'une intégration des exilés dans le tissu citoyen local.

RESF/Les Amis/le Secours Catholique s'orientent vers cette seconde direction et recherchent des possibilités de logement chez des membres et des citoyens. 180 personnes sont logées gracieusement, le collectif participe aux charges locatives. Reste une trentaine d'exilés qui passent une partie de l'été en camping, d'abord à la ferme puis sur un terrain de camping aménagé.

A la fin des vacances d'été une famille de 11 personnes (3 générations, 3 couples dont deux jeunes adultes sourds et muets) qui refuse de se séparer fait partie du paysage urbain. La rentrée des classes aura lieu ainsi. Une solution leur est proposée en octobre par un jeune couple qui vient d'acheter un grand appartement hors de Roanne. Ils entreprendront des travaux en juillet prochain pour y habiter.

 LE PLAN HIVER.

Aujourd'hui, peu de nouvelles familles sont arrivées sur le Roannais, mais le CADA et le FVA continuent à mettre à la rue les familles dont le recours est rejeté par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). La solution choisie par la préfecture : six gymnases successifs dans les six communes de l'ancienne agglomération. Soit six fois trois semaines. Dans la pratique courante, les écoles primaires et maternelles sont à proximité des domiciles des parents. Encore une fois, nous refusons un changement d'école toutes les trois semaines. Mais là, la distance sera de 5 à 20 km, sans prise en charge du coût des transports avant l'âge du collège.

Nous maintenons la scolarisation dans les établissements précédents et prenons en charge le coût : les parents accompagnent eux-mêmes leurs enfants.

 FIN DU PLAN HIVER.

31 mars 2014 : réquisition citoyenne d'une partie d'une ancienne école désaffectée (celle dont les portes avaient été soudées) pour loger les familles sorties des gymnases. Affichage discret, courrier postal, lits, couvertures, etc. Aux heures d'ouverture les familles vont prendre des douches, cuisiner, faire leur lessive à la Boutique Santé.

2 avril 2014 : sur appel de la municipalité, intervention des police municipale et nationale, avec la présence d’un commissaire et de nombreux policiers ainsi que celle des  Renseignements Territoriaux ( RT). Les polices et un huissier pénètrent dans les locaux.

La police municipale qui revêtu des gilets pare-balles (il paraît que c'est leur tenue quotidienne !) vérifie les papiers. Négociation avec les citoyens qui logent avec les familles exilées. Réunion des militants sur place.

Des instructions ont été données aux gardiens, dont on nous a refusé la copie :

–         toute sortie est définitive (citoyens, familles au complet ou non)

–         aucune entrée dans le bâtiment n’est tolérée.

Certaines associations disposent de locaux dans le bâtiment (l'inspection académique a migré et les classes sont dispatchées depuis au moins quatre ans). Les membres de ces associations doivent présenter et ouvrir leurs sacs à l'entrée, ils ne peuvent entrer avec leur casse croûte. Nous posons la question de cet ordre hallucinant aux gardiens.  Réponse : "pas d'alimentation dans l'immeuble". Le responsable de la police municipale ne confirme pas cette directive.

3 avril 2014 : l'enclos à grandi, il court maintenant jusqu'aux grilles qui sont fermées à clef. Nous pouvons passer de la nourriture par dessus les grilles (sans la jeter tout de même, on n'est pas au zoo!)

Nouveauté : le soir les gardiens sont accompagnés d'un chien.

4 avril 2014 : un rassemblement (détendu) est programmé à 18 h. Une dizaine de  personnes et des journalistes sont présents sur le trottoir devant la grille. Les gardiens appellent la police nationale. Six policiers en tenue débarquent. Les RT sont absents. Une discussion souriante mais non constructive -"ça n'est pas notre rôle de faire remonter vos revendications"- a lieu.

6 avril 2014 : à ce jour, après avoir été brièvement gardés par la police municipale le premier jour, les locaux et nos camarades sont gardés par une société privée (AIS) 24h/24, avec une relève des deux gardiens toutes les douze heures. Ce soir, il a fallu accompagner un père chez le médecin et le ramener. Que de coups de téléphone pour arriver à contourner les diktats (toujours non écrits) !

La presse locale suit les événements : articles et photos paraissent les 3, 4 et 5 avril derniers.

Les conséquences de cet enfermement illégal :

–         Les parents et les enfants n'ont que des robinets de lavabos pour la toilette. Et les enfants qui ne peuvent se laver, même si on les empêchait pas d’aller à l’école, refusent de le faire.

–         La Boutique Santé qui est équipée pour les accueillir ne peut le faire (autorisation de sortir mais interdiction de revenir).

–         Les enfants ne peuvent se rendre à l’école. C’est une interdiction de fait de la scolarisation obligatoire. Est-ce le but recherche in fine? S’il est impossible de produire un certificat de scolarité, il devient quasi impossible pour les familles d’obtenir un titre de séjour.  

–         On assiste là à une nouvelle tentative pour casser les liens de solidarité entre les associations : la fermeture tout le week-end des grilles d'accès aux cours de danses, aux diverses activités, est inadmissible!

Et rien de cela n'est pas de notre fait !!!

Les derniers événements ont eu lieu après le deuxième tour des municipales. Laure DEROCHE "socialiste"(!) était maire de Roanne pour encore quatre jours.  Depuis hier samedi 5 avril, elle est conseillère municipale très minoritaire.

                                                         Gilbert Pereira RESF Loire

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