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Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron

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Billet de blog 11 février 2012

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NOUS AVONS FROID... DANS LE DOS

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Nous avons froid… dans le dos

La France a froid. Les demandeurs d’asile déboutés, plus encore. Pas de trêve hivernale pour eux, ni pour leurs enfants mineurs. Le 115 est débordé.

C’est ce qui a poussé les enseignants et les parents d’élèves de l’école Charles Péguy du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), avec le réseau éducation sans frontières (RESF) de la commune, à planter une tente devant l’édifice scolaire, en ce glacial vendredi 10 février[i]. Ils dénoncent la situation subie par deux enfants de l'école, l’un arménien, l’autre sri-lankais. Déboutés du droit d'asile, ces enfants et leurs familles sont désormais SDF. L’indignation de l’école et du quartier est à son comble. Parce qu'il est intolérable qu'ils puissent se retrouver à la rue par ce froid. Parce que, persécutés dans leur pays, parvenus jusqu'à nous au péril de leur vie, ils subissent une indignité que personne ne peut admettre.

David, onze ans, et ses parents, Monsieur et Madame Gatchrian, se sont réfugiés en France il y a près de deux ans. Déboutés de leur demande d’asile, comme d’habitude faute de preuve probante, cette famille arménienne vit sans papiers, sans toit, sans possibilité de bénéficier d’aucune aide officielle. Comme la procédure le prévoit, les parents n’ont pas le droit de travailler ni de se loger, et la famille a été chassée du centre d’aide aux demandeurs d’asile depuis juillet 2011. Tous les soirs, ils appellent le 115 et espèrent avoir un toit pour la nuit. Parfois ils font deux heures de route pour arriver au lieu qui leur a été assigné. Jamais le même. Parfois il n'y a de place nulle part et ils dorment dehors.

Pourtant, le matin, David est généralement à l'heure en classe: l'école est le seul endroit où il reste un gamin comme les autres. Mais même le SAMU social a ses limites: chaque famille ne peut bénéficier que d'un nombre de nuitées donné et ils sont arrivés au bout de leurs « droits »... On les a prévenus : d'un jour à l'autre on va leur signifier un refus de prise en charge.

Il se trouvera bien-sûr des esprits bornés pour demander à la famille Gatchrian : « Si les conditions d’accueil ne vous plaisent pas, alors pourquoi ne pas retourner en Arménie ! » C’est au fond la logique officielle des mesures interdisant aux demandeurs d’asile de travailler et aux déboutés de se loger. L’histoire de la famille Gatchrian est pourtant édifiante et incite à plus de respect.

Les Gatchrian sont arrivés en France après l’enlèvement de leur fils, David, en 2008, juste après les élections. Les commanditaires? Les autorités arméniennes, via une mafia locale aux ordres. Opposants, on leur donnait le choix: ils pouvaient ou non récupérer leur fils, à condition de céder maison et commerce devant notaire. Puis de quitter le pays. Ce qu'ils ont fait. Qui ne l’aurait pas fait, placé devant une telle menace ? En France, ils ont donc demandé l'asile. Ils ont été déboutés, comme le sont les demandeurs d'asile dans leur quasi-totalité : c'est toujours aux persécutés de prouver qu'ils sont personnellement victimes. Ils ont réuni de nouvelles preuves et pensent finir par faire reconnaître la réalité de la persécution. Leur avocat est confiant.

En attendant, ils vivent dehors. Dans son discours de campagne, le 18 décembre 2006, Monsieur Sarkozy avait assuré : « Je veux, si je suis élu président de la République, que d’ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Le droit à l’hébergement, c’est une obligation humaine. Si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société, […] qui s’en trouvera remis en cause. » La France de Messieurs Sarkozy et Guéant donne aujourd’hui froid dans le dos. Et ce n’est pas une question de température.

Pablo Krasnopolsky, avec les membres du RESF du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne).

[i]La tente sera devant l'école Charles Péguy, 3 bis rue de Verdun, 94270 Le Kremlin Bicêtre, vendredi 10 février de 15h30 à 18h15 et devant le Centre commercial OKabé samedi de 13h30 à 16h environ, samedi 11 février.

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