Etranger, malade, et... rom : en Isère, ça craint!

Le 24 septembre 2013,  Manuel Valls au micro de France Inter, avait déclaré que les Roms étaient des "populations qui ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation". Il avait ajouté qu'ils avaient vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, précisant : "J'aide les Français contre ces populations, ces populations contre les Français."

Le 24 septembre 2013,  Manuel Valls au micro de France Inter, avait déclaré que les Roms étaient des "populations qui ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation". Il avait ajouté qu'ils avaient vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, précisant : "J'aide les Français contre ces populations, ces populations contre les Français."

Certes, les Roms, en Isère, dont il est question ici, ne sont pas ceux dont parlait Manuel Valls, les Roms de l'Union européenne, qui habitent dans des campements. Ces Roms de l’Isère  viennent de l’ex-Yougoslavie, surtout Macédoine et Kosovo. Ils ont été déboutés de leur demande d’asile et se voient refuser un titre de séjour, sous différents prétextes.  La préfecture refuse de renouveler les autorisations   de séjour pour «  étranger malade  », en disant qu’ils peuvent bien aller se faire soigner dans leur pays. Ah bon ? Est-elle allée voir les conditions dans lesquelles sont obligés de vivre les Roms en Macédoine ou au Kosovo ? Même si les médicaments sont disponibles, ont-ils accès aux soins … ? Quelle est la compétence de la préfecture pour juger en se passant de l’avis d’un médecin ou contre son avis de l’état de santé d’un étranger et de l’existence d’un traitement dans son pays d’origine.  ?

Quand il s’agit de faire du chiffre, de réaliser des "retours contraints"   terme administratif pour désigner le drame que représente l’expulsion d’une famille, ou mieux encore, d’amener celle-ci à «  un retour volontaire  », la préfecture ne prend pas de gants. Quelques exemples de ce qui se passe  dans le département : deux familles, les pères sont des jumeaux, qui vivaient à St Quentin Fallavier sont assignées à résidence dans un foyer d’urgence à l’Isle d’Abeau, à quelques kilomètres de l’aéroport de Lyon-St Exupéry, antichambre d’un aller express vers le Kosovo. Or une des familles a perdu une petite fille, enterrée dans le cimetière de Saint Quentin Fallavier, et les parents ne veulent pas s’éloigner de la tombe de leur enfant. Mais, apparemment, la préfecture ne peut comprendre que des Roms puissent avoir des sentiments simplement humains.

Une autre famille rom, avec  quatre  enfants, résidant dans la banlieue de Grenoble, vient de voir sa demande d’asile refusée.  Le père  parlant français, attend l’autorisation de travailler pour enclencher une promesse d’embauche … Or la famille vient de recevoir une OQTF (obligation de quitter le territoire français) sous 48 h  et une assignation à résidence : que vont devenir les enfants ? La famille est connue, très appréciée, un collectif RESF est en constitution dans l’école maternelle fréquentée par un des enfants, Isnija, l’aîné est en primaire. La riposte juridique s’organise, l’OQTF est  contestée par leur avocat, ils attendent un passage au Tribunal administratif …

Un peu plus loin, une autre famille rom, avec  sept  enfants. L’ainé, majeur, après un refus de séjour, a obtenu gain de cause  au Tribunal Administratif, la Préfecture a été mise en demeure de lui délivrer un titre de séjour … Mais les parents, malades, ont reçu à leur tour une OQTF.  Est-ce une vengeance ? Une pression pour forcer toute la famille à partir ? La pression de l’autre côté est forte pour ne pas séparer la famille, elle devrait recevoir une Autorisation provisoire de séjour. Mais qu’en sera-t-il de leurs voisins avec leurs 8 enfants, soutenus par un collectif dévoué et très présent ?

 Il y a beaucoup d’autres exemples … L’histoire de la famille M. développée ci-dessous, soutenue par un collectif RESF, est emblématique. Bien qu’elle ait gagné son droit de séjour au Tribunal administratif, la préfecture le lui refuse en faisant appel de la décision.  !!!

La famille est arrivée en mars 2011 avec un petit garçon, pour fuir les discriminations faites aux Roms en Macédoine. Une petite fille est depuis née sur le sol français. Malgré l'existence précaire et fragilisante qu'ils connaissent depuis leur arrivée, les démarches incessantes, les logements temporaires et un futur toujours incertain, la famille M. a sans cesse montré son désir d'intégration, en scolarisant son aîné dès la petite section, en nouant des liens avec les parents de la classe et les petits camarades de Muljaïm, en suivant des cours de Français Langue Etrangère ou encore en participant à différentes activités de la vie associative locale.

L'aîné est depuis deux ans à l'école maternelle Jean Jaurès. Il a montré au mois de décembre 2013, un épuisement et un essoufflement inquiétants, nécessitant des examens au service d'urgence au CHU de Grenoble. Depuis, il est régulièrement suivi à l'hôpital. Le 13 mai dernier il a subi une intervention chirurgicale mais ses pathologies cardiaques demandent toujours des consultations régulières. Muljaïm est revenu auprès de ses camarades avec le sourire et l'équipe éducative a noté un épanouissement croissant et un investissement fort dans les apprentissages.

Fin mars, la famille reçoit une Obligation de Quitter le Territoire Français (contestable sous 48 h). Leur avocat obtient sa levée au Tribunal Administratif et l'injonction à la préfecture de délivrer des titres de séjour. Celle-ci leur remet une autorisation de séjour de trois mois, le temps de réexaminer le dossier.

L'apaisement de la famille a cependant été de courte durée puisque la veille de l'opération elle reçoit un courrier de la préfecture lui signifiant qu'elle fait appel de la décision du Tribunal Administratif ! Le dossier doit être examiné à Lyon très prochainement.

Nous pouvons admirer là les efforts conjugués du Conseil Général de l'Isère, de son président socialiste André Vallini et de la Préfecture. Les premiers ont décidé de ne plus payer les chambres d'hôtel, hébergement des familles étrangères avec jeunes enfants moins de 3 ans et la préfecture a pris le relais en vérifiant les dossiers déposés. D'où le très grand nombre d'assignations à résidence pour les familles qui avaient déjà reçu une Obligation de quitter le territoire français, même si celle-ci se termine dans moins d’un mois et même en attente d'une date de passage devant le Tribunal Administratif, ou remise d'une Obligation de quitter le territoire sous 48 heures pour ceux qui n'en auraient pas encore reçu. Les Roms sont les plus nombreux, mais les Arméniens et autres Caucasiens sont aussi dans le collimateur, les Africains ne sont pas en reste ...

Ces histoires ne s’apparentent-elles pas à de l’acharnement ? D’autant plus que les pères, au moins, ont tous des promesses d’embauche et que leur rêve est d’entrer dans le droit commun.

Les collectifs RESF veillent, mais que va-t-il se passer cet été, quand les écoles sont fermées et les soutiens absents ?

 

Albane, Luc, Simone – RESF 38

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