Histoire d’un parcours de maltraitance institutionnelle ordinaire

Boulaye ou l’histoire d’un parcours de maltraitance institutionnelle tellement ordinaire. Boulaye D., né en 1992 au Sénégal, est scolarisé depuis 2010 dans le 19ème arrondissement de Paris d'abord au Lycée Jean Jaurès et ensuite au lycée Hector Guimard. Orphelin de mère (décédée en l'an 2000) et de père (naturalisé français dans son enfance et décédé en 2008), Boulaye est arrivé en France en septembre 2008, avec son grand père maternel, après le décès de son père.

Boulaye ou l’histoire d’un parcours de maltraitance institutionnelle tellement ordinaire. Boulaye D., né en 1992 au Sénégal, est scolarisé depuis 2010 dans le 19ème arrondissement de Paris d'abord au Lycée Jean Jaurès et ensuite au lycée Hector Guimard. Orphelin de mère (décédée en l'an 2000) et de père (naturalisé français dans son enfance et décédé en 2008), Boulaye est arrivé en France en septembre 2008, avec son grand père maternel, après le décès de son père.

Son grand père paternel, décédé au Sénégal il y a quelques mois était également naturalisé français.

Son grand père, résidant d'un foyer de travailleurs africains, rue de Romainville, l'a d'abord envoyé chez des connaissances dans l'Ain qui ne l'ont pas scolarisé... Il n'a aucune preuve tangible de son séjour dans l'Ain.

En 2010, accepté à l'internat du Lycée Hector Guimard, élève discret et sérieux, il a obtenu avec succès 3 CAP (CAP Peinture 07/2012 ; CAP Maintenance des bâtiments 07/2013, CAP Métallerie Serrurerie 07/2014). Il attend les résultats de son quatrième CAP en Installations thermiques, préparé cette année.

Boulaye a été parrainé à la Mairie du 19ème, par Roger Madec,  maire du 19ème arrondissement, le 26 janvier 2011.

Le 5 juillet 2012, 1er dépôt de dossier en préfecture. Faute de réponse,  une nouvelle demande de rendez-vous a été faite en Centre de Réception des Etrangers (CRE) le 25 juin 2013. Ce jour là, un nouveau rendez-vous a été donné pour le 17 décembre 2013.

Le 17 décembre 2013, le jeune lycéen n'a pas pu être reçu en raison de sous effectifs à la Préfecture et un autre rendez-vous a été donné pour le 23 janvier 2014.

En parallèle, son père et son grand-père paternel étant naturalisés français avant la naissance de Boulaye, une demande de certificat de nationalité française a été faite.

Concernant cette demande, un refus lui a été signifié en avril 2014 au motif d'une irrégularité sur son acte de naissance qui ne portait pas la mention "déclaration tardive".

Après de longs mois d'échanges entre son avocate à Paris et une avocate au Sénégal, en charge de faire constater l'erreur sur le registre et de faire faire, par voie de jugement, les modifications correctives, le recours contre le refus de nationalité vient d'être lancé.

Concernant sa demande de titre de séjour et en l'absence de réponse de la Préfecture, un courrier demandant où en était le traitement de sa demande est parti, sans réponse : en clair,  la Préfecture refuse de communiquer sur le motif du refus implicite.

Un an, date à date après le rendez-vous du 23 janvier 2014, nous nous sommes de nouveau présentés au Centre de Réception des Etrangers, pour prendre un énième  rendez-vous et tenter de déposer de nouveau... En vain ... notre interlocutrice nous a expliqué que le dossier était en cours de traitement à la Préfecture de Police et qu'il aurait sans doute une réponse rapidement.

Cela fait à présent 3 ans que  la première demande a été déposée (juillet 2012), cela fait 9 mois que Boulaye s'est vu signifier un refus de nouveau rendez-vous et qu'on lui a indiqué qu'il aurait une réponse "rapide".

Aujourd'hui, en cette fin d'année scolaire, l'internat est fermé. Boulaye est à la rue… sans titre de séjour... dans l'attente d'une hypothétique réponse de la Préfecture, et d'une date pour son recours contre le refus de nationalité !

Sans plus aucune attache au Sénégal, Boulaye peut prouver plus de 5 ans de présence en France, son père et son grand père étaient français.. mais il ne peut pas relever la tête, travailler, faire son chemin dans la société française.. Bien au contraire.. ce jeune dort dans le métro depuis une semaine, ombre parmi les ombres, n'ayant plus les repères salvateurs de l'école de la République.

Boulaye est français et la Préfecture le sait bien.  Mais, faire trainer des décisions, ne pas répondre, reculer le jour où on lui remettra son premier titre de séjour ou sa carte d'identité c'est tellement plus facile.

Nous sommes dépités de cette maltraitance institutionnelle. Boulaye est un jeune bien, il ne comprend pas pourquoi rien n'avance, pourquoi la France le rejette, lui qui a bien travaillé à l'école, qui a fait preuve d'une régularité et d'un parcours sans faille, qui courageusement, sans père ni mère, avec le secours de l’Ecole de la République, a réussi à garder la tête hors de l'eau.

Avec nous, signez la pétition pour demander que cesse cette maltraitance et que Boulaye obtienne enfin un droit de vivre, de travailler, de voir l’avenir sereinement : UN TITRE DE SEJOUR POUR BOULAYE ! : http://resf.info/P2959

                                                                                Gwen Austin

 

 

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