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Billet de blog 22 mai 2018

Accueil des étrangers: la sous-préfecture d'Antony vaut le détour

Les conditions d'accueil des étrangers à la sous-préfecture d'Antony sont déplorables ainsi que les conditions de travail du personnel. Manifestation du mépris de Jupiter pour celles et ceux qui «ne sont rien».

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Monsieur le Président de la République,

Je voudrais vous faire part de ma colère devant la situation à la sous-préfecture d’Antony. Je précise d’emblée que ni Monsieur le Sous-Préfet d’Antony, ni le personnel ne sont en cause : tout comme les usagers, ils subissent de plein fouet les conséquences de décisions politiques et économiques dont vous portez une large part de responsabilité depuis plusieurs années, d’abord comme Secrétaire général-adjoint du Président Hollande puis comme ministre de l’Economie du gouvernement de Manuel Valls et enfin comme actuel Président de la République.

J’ai accompagné à la sous-préfecture d’Antony ce 17 mai un garçon africain, ancien mineur isolé, pour le renouvellement de son titre de séjour. Il était 9 heures du matin, Ibrahima, arrivé une heure avant moi, était dans la queue d’une centaine de personnes pour la plupart venues faire renouveler leur titre de séjour. Des étrangers en situation régulière donc. S’il avait dû présenter sa première demande ou faire renouveler son APS (Autorisation provisoire de séjour) il aurait dû venir le lendemain, vendredi, jour où piétinent, certains depuis 3 ou 4 heures du matin, deux à trois cents personnes –en écrasante majorité en situation tout-à-fait régulière--, en plein air, sans abri, qu’il pleuve, vente, gèle ou neige. Voilà des années que les associations demandent qu’au moins un abri soit édifié. En vain.

La porte de la sous-préfecture s’ouvre peu après 9 heures. Les étrangers entrent un à un et reçoivent un ticket en fonction de leur demande. Ils patientent ensuite, massés dans le hall, debout beaucoup, quelques-uns assis dans l’escalier, attendant de passer au pré-accueil. Même si des améliorations ont été apportées ces derniers mois, environ cent cinquante personnes, des poussettes, des enfants qui jouent, d’autres qui pleurent, beaucoup de bruit. Aucun confort pour les usagers, des conditions de travail insupportables pour ceux des employés qui les reçoivent à des guichets ouverts sur le hall. A un moment, la chef du service des étrangers prend la parole pour demander de parler moins fort ! Une accalmie de quelques minutes. 10 heures, pré-accueil pour Ibrahima : exposé sommaire des raisons de la visite. L’employée délivre un ticket avec un numéro précédé d’une lettre différente selon la demande. Pour Ibrahima, D335. Nouvelle attente, toujours debout, les yeux rivés sur les écrans qui affichent les numéros appelés. 10h30, toujours aucun D sorti. Interrogée, une employée explique que les « urgences » (?) passent d’abord. Il faut patienter. 11h15 le premier D sort. D310 ou 312. D’autres suivent, lentement. Midi, le rythme ralentit encore : les deux employés qui reçoivent les D se relaient pour aller déjeuner. 14h10 : D335 s’affiche enfin : guichet 1.

Sous-préfecture d'Antony vendredi 10 novembre 2016 8h30

L’employée reçoit les documents un par un : passeport, titre de séjour, domiciliation, etc… comparaison entre l’original et la photocopie. Elle conserve la copie, restitue l’original. Elle demande deux photos, y jette un coup d’œil : « noires ! Trop noires !». Ce n’est pas très surprenant : Ibrahima est Africain. Elle demande qu’il fasse d’autres clichés au photomaton qui se trouve dans le hall. L’appareil est nouveau, 3 € les six photos. Il faut payer en monnaie ou en carte. Je n’ai qu’1 € en monnaie donc paiement par carte. Mais ma carte ne passe pas. J’essaie le sans contact, en vain. Je tente avec une seconde carte, rien. Heureusement, la sous-préfecture est équipée d’un appareil pour faire de la monnaie… Raté, il est en panne ! Nous retournons au guichet ou l’employée nous conseille de tenter de changer le billet de 20 € que j’ai en poche. Je m’adresse donc au public en décrivant l’état du matériel à Antony et en demandant d’échanger mon billet. Sourires entendus et tristes dans l’assemblée. Une jeune femme me donne 4 billets de 5 €, ne reste plus qu’à changer l’un de ces billets contre des pièces. Un monsieur me fait la monnaie. Retour au photomaton… quelques minutes plus tard, les six clichés sortent, tout aussi noirs que les premiers.

Retour devant le guichet où, pour ne pas perdre de temps, l’employée a pris une autre personne. 20 minutes d’attente supplémentaire. Elle nous reçoit ensuite, fait la moue devant les photos et décide de tenter tout de même de les utiliser. Mais, auparavant, prise des empreintes digitales : l’appareil ne fonctionne pas, une fois, deux fois… rien. Elle appelle une technicienne qui lui conseille de tout débrancher et de remettre en route. Ce qu’elle fait : échec. Elle bisse : nouvel échec. 15 minutes perdues. Elle se résout à nous envoyer au guichet de sa voisine qui, évidemment, est occupée avec une autre personne. 20 minutes d’attente encore.

Nous sommes enfin reçus. Enregistrement des empreintes, ça fonctionne. Scan du document recueillant l’ensemble des données concernant Ibrahima, dont sa photo… Echec ! Photo trop noire ! Une tentative, une deuxième, une troisième. Echec !

Concertation entre les trois guichetiers les plus proches. Idée : et si on éclairait le visage d’Ibrahima ? Retour au photomaton. J’illumine Ibrahima avec le projecteur de mon portable pendant la prise de vue. Il reste noir. Photo retoquée.

Très ennuyée, l’employée rassemble les 18 photographies et va consulter sa hiérarchie. Réponse 15 minutes plus tard : se rendre chez un photographe professionnel pour prendre des clichés acceptables par le logiciel de la sous-préfecture.

Recherche sur Google : le photographe le plus proche se trouve à Antony à une station de RER. On y fonce. Quatre photos, 8 €. Retour à la sous-préfecture. Une heure perdue. 10 minutes d’attente supplémentaire seulement au guichet. Au total 14 € dépensés pour rien. Je vous en demande le remboursement.

A 16h45, Ibrahima, présent depuis 8 heures du matin quitte la sous-préfecture en possession d’une autorisation provisoire de séjour valable jusqu’en octobre. Il sera convoqué par SMS pour venir retirer son titre de séjour, à moins que ce soit un nouveau récépissé.

Rien de dramatique dans ces événements. Juste une manifestation du profond mépris dans lequel ce gouvernement et ses prédécesseurs tiennent « les gens qui ne sont rien », usagers et personnels des préfectures. Entre des conditions d’accueil et de travail décentes (construction d’un abri pour les milliers de personnes qui attendent dehors chaque année, entretien des appareils, fourniture de logiciels adaptés, de locaux de travail convenables) et, par exemple, un vol Tokyo-Paris à 350 000 € ou 30 000 € de frais de maquillage, Edouard Philippe et Emmanuel Macron choisissent chaque jour.

Je vous adresse, Monsieur le Président de la République, des salutations à l’échelle de la considération que de tels faits me font avoir pour vous.

Richard Moyon

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