Monsieur Cazeneuve, exécuteur modeste et appliqué d’une politique de brute

Les discours de Monsieur Cazeneuve sont empreints de mesure, et même souvent ornés de considérations humanistes. Le débat sur la loi Immigration ouvert le 20 juillet en fournit une nouvelle illustration. La réalité de sa politique est tout autre. Tableau d’une accumulation de maltraitances sur des enfants et leurs parents.

Les discours de Monsieur Cazeneuve sont empreints de mesure, et même souvent ornés de considérations humanistes. Le débat sur la loi Immigration ouvert le 20 juillet en fournit une nouvelle illustration. La réalité de sa politique est tout autre. Tableau d’une accumulation de maltraitances sur des enfants et leurs parents.

 

Le 20 juillet, au moment même où M. Cazeneuve amusait l’assemblée de ses discours, 9 enfants au moins espéraient dans l’angoisse la libération d’un de leurs parents placé en rétention et menacé d’être expédiés à des milliers de kilomètres. Peccadilles aux yeux du ministre ?

Rezo 6 ans, et son petit frère Alexandre, 4 ans et demi, tous deux élèves de l’école maternelle Danielle Casanova à Romainville attendaient leur père, Guram Nadirov, en rétention à Vincennes depuis trois jours et menacé d’expulsion vers la Géorgie. Il a été libéré par le tribunal administratif, sans que M. Cazeneuve ou l’un de ses conseillers ait eu un geste.

Ryan, 7 ans et sa petite sœur de 5 ans Ranya, élèves l’école Henri Martin à Colombes ont eux aussi attendu leur père Ahmed Benbouchaib pendant trois jours, depuis le 17 juillet. Algérien,  il a un titre de séjour espagnol, leur mère est en situation parfaitement régulière en France mais pour le ministre de l’Intérieur, tout est bon pour faire du chiffre. Libéré par le tribunal administratif, Ahmed Benbouchaib a pu retrouver ses enfants. Le ministre et ses conseillers n’y sont pour rien.

Rosa élève de 3ème du collège Casanova de Vitry-sur-Seine, Milana en 5e au collège Lurçat de Villejuif et Vladimir en CM1 à l’école primaire à l’Haÿ-les-Roses n’ont pas eu la même chance. Leur père, Revaz Naboev, est emprisonné au CRA de Vincennes depuis le 27 juin. Il peut à tout moment être monté de force dans un avion pour la Géorgie comme cela s’est produit le 10 juillet quand il a refusé une première fois  d’embarquer pour ne pas abandonner ses enfants et leur mère en France depuis quatre ans. Même s’il devait être libéré, un mois de terreur qui ne s’oublieront pas pour les parents et les enfants… bravo et merci, monsieur le ministre !

Delgermaa a 15 ans et demi. Elle est chinoise et doit faire sa rentrée au lycée Nelson Mandela (un programme !) de Nantes en septembre. Mais ses parents, originaires de Mongolie, ont été déboutés de l’asile et ils doivent dégager en application de la loi Cazeneuve sur l’asile. Il y a en plus la manière ! Tsetsegsuren Damdin, la mère de Delgermaa a été arrêtée, seule, le 19 juin et enfermée au CRA de Rennes. Elle a subi une première tentative d’expulsion le 12 juillet. Elle a réussi à ne pas embarquer mais elle peut être à nouveau mise dans un avion pour la Chine à tout moment sans sa fille et sans son mari. Le démembrement des familles avec humanité selon M. Cazeneuve ? 

Le 21 juillet, à Belfort cette fois, la police présentait au domicile de la famille Tadevosyan, originaire d'Arménie,  dans l’espoir les arrêter et les reconduire en famille à la frontière. Seul, Karlen, le fils de 20 ans, un garçon qui vient d’obtenir son bac scientifique et est inscrit en fac de médecine, était présent. Qu’à cela ne tienne ! Il était arrêté tout seul et transféré au centre de rétention de Metz sans ses parents.

Dés le lendemain matin, il était mis dans une voiture, direction Roissy pour prendre le vol vers Erevan de 13h30. Expulsé à 20 ans sans sa famille vers un pays où il peut être menacé, ou de toute façon il sera incorporé à l’armée, le tout sans même avoir été présenté à un magistrat, voilà qui témoigne des hautes valeurs des ministres de ce gouvernement, de celui de l’Intérieur en particulier. Heureusement pour Karlen, le Réseau Éducation sans frontières et des habitants de Belfort veillaient. Le téléphone des conseillers sonnait. Un rassemblement convoqué dans l’urgence avait lieu devant la préfecture.

Il en va des ministres comme des vampires : ils n’aiment pas la lumière, surtout celle qui éclaire leurs méfaits. Une heure avant l’heure prévue de son embarquement, la voiture de police qui convoyait Karlen faisait demi tour et le ramenait vers Metz. Vingt minutes plus tard, il était libéré. Sa famille et lui (ainsi d’ailleurs qu’une autre famille assignée à résidence)  ne sont certes pas tirés d’affaire mais un point a été marqué Grace à la mobilisation. Reste à obtenir leur régularisation et la libération de tous les parents encore en rétention. Reste surtout à obtenir que le gouvernement et le ministre de l’Intérieur ne se contentent pas de discours creux mais changent la loi pour qu’enfin elle ne permette plus, (n’organise plus !) le démembrement des familles.  

               Richard Moyon

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