LA MALTRAITANCE D'ENFANTS, UNE SPECIALITE JUPITERIENNE ?

L'été 2018 donne lieu à un véritablement déferlement de maltraitance à l'égard des familles sans papiers et de leurs enfants : démembrement de familles, fabrication de quasi-orphelins, emprisonnements en CRA, expulsions...

LE DEMEMBREMENT DE FAMILLES, LA FABRICATION DE QUASI ORPHELINS, LA MALTRAITANCE D’ENFANTS… DES SPECIALITES JUPITERIENNES ?

 Pendant que son favori boxeur fait la Une de l’actualité, l’humaniste Macron profite des vacances scolaires pour multiplier les actes odieux à l’encontre de familles sans papiers. Un peu partout dans le pays, les arrestations, les expulsions express, les démembrements de familles, la maltraitance d’enfants se multiplient. Relevé –hélas très partiel !— d’actes abjects commis en macronie.

Besançon, Le Blanc-Mesnil, Courbevoie

Trois pères enfermés au centre de rétention administrative de Vincennes (CRA).

GIorgi SELIMASHVILI est Georgien. Voilà bientôt quinze jours que sa femme et ses enfants l’attendent à Besançon (25). On imagine leur état ! L’aîné, Vato, a 11 ans. En septembre, il entrera en 6e au collège Victor Hugo. Sa petite sœur, Nutsa, a 8 mois. Née prématurée, elle a besoin d’un suivi médical. Collomb a prévu un vol pour l’Allemagne (premier pays par lequel la famille est entrée dans l’Union Européenne) le 25 juillet. Qui pourrait croire que ce jeune père (31 ans) ne fera pas tout pour retrouver sa famille ! Que ferait Jupiter à sa place ?

Otari KOBAKHIDZE est également Georgien, il a 30 ans et vit en France depuis 6 ans. Sa compagne a un récépissé de demande de titre de séjour. Ils habitent Le Blanc-Mesnil (93). Leur fils aîné Saba a 8 ans, il est à l'Ecole Jean Rostand à Stains, son frère cadet, Aleksandre, 3 ans, ira à l’école maternelle en septembre si la police de Monsieur Macron n’est pas venue l’arrêter avant. En outre Otari KOBAKHIDZE est gravement malade et a un suivi médical régulier.

Ricardo DEGALA est de nationalité philippine. Il est emprisonné à Vincennes depuis trois semaines, suite à un contrôle d’identité à La Défense.

Il habite Courbevoie (92) avec sa femme et leur fils, John Rik. Agé de 11 ans, John était élève de l’école Alexandre Dumas dans une classe qui lui a permis d'apprendre le français. Faire vivre la famille dans la terreur d’une arrestation, emprisonner son père pendant des semaines et éventuellement le renvoyer à plus de 10 000 kilomètres de son fils… un appui décisif dans le parcours d’un enfant qui entrera en 6e au collège Georges Seurat en septembre ! Qu’en pense l’ancien professeur de lettres Brigitte Macron ?

Château-Thierry (Aisne)

Enfants arrêtés au lever… On renoue avec certaines pratiques ?

Dans un courrier au préfet de l’Aisne et co-signé par des paroissiens, Edouard Ducamps, curé de l’église saint Crépin-les-vignes à Château-Thierry, dénonce le démembrement d’une famille albanaise.

« J’ai été témoin de l’expulsion de la famille GURI du foyer Coallia à Essômes-sur-Marne le samedi 23 juin 2018 vers 7h00 du matin par la gendarmerie mandatée à cet effet. La procédure déjà en route était connue de cette famille (mise en exécution d’une OQTF, obligation de quitter le territoire français). La famille a été conduite manu militari à l’aéroport du Bourget séance tenante et immédiatement embarquée dans un avion pour l’Albanie.

Nous, membres de la paroisse saint Crépin-les-vignes, sommes choqués par le fait que la famille n’était pas complète, le père et un des quatre enfants (Gentjana) étaient absents, et se trouve donc séparée. Les enfants sont profondément traumatisés par cette mesure, les cris et les pleurs l’ont montré. Trois sont scolarisés dont deux depuis trois ans. La séparation de la famille est une violence que nous n’admettons pas, dans notre pays ou ailleurs. Nous connaissons cette famille et j’ai baptisé le dernier enfant, Daniel, le 17 juin à l’église saint Crépin.

Le durcissement actuel des procédures dans notre pays nous préoccupe. Il contribue à créer une ambiance délétère et suspicieuse. »

Certains macroniens s’indignent de la barbarie de Trump qui sépare les enfants des parents sans papiers emprisonnés. Mais quand, en toute discrétion, leur « chef » fait la même chose ? Silence dans les rangs ? Faire des discours grandiloquents sur le christianisme, peut-être… mais respecter certaines de ses valeurs… non ?

 Le Havre

Diane (15 ans), un mois de prison administrative, bientôt expulsée vers un pays qui n’est pas le sien ?

Diane MOLEKA est congolaise (RDC) elle a 15 ans. Elle est emprisonnée depuis le 21 juin au CRA de Oissel.

Elle était présente avec sa petite sœur quand ses parents ont été tués lors d’un épisode de répression des partisans de l’église Bundo Diacongo, opposants à Kabila. Dans sa fuite ce jour-là, elle a perdu sa sœur.

Elle a fui la RDC. Un passeur l'a conduite en Angola pour établir un visa sous une fausse identité et avec une date de naissance la rendant majeure pour pouvoir quitter le pays. Comme c’est systématiquement le cas, le passeur a gardé les documents à l’arrivée en France.

« Mise à l’abri » par l’ASE dans un hôtel au Havre, elle a ensuite été amenée à la PAF (Police aux frontières) qui prétend… que l’identité sous laquelle elle est entrée est authentique. Il faut bien faire faire des économies au conseil départemental de Seine-Maritime !

Elle a été arrêtée et emprisonnée au CRA le 21 juin. Transférée le 11 juillet à Roissy, elle a refusé d’embarquer vers l’Angola en réaffirmant qu’elle n’était pas angolaise. Elle a été provisoirement ramenée au CRA de Oissel.

A noter que toute cette affaire est conduite par la préfète de Normandie, Fabienne Buccio qui, en tant que préfète du Pas-de-Calais a conduit le démantèlement de la Jungle. Des références qui doivent éblouir Monsieur et Madame Macron !

 Mende (Lozère)

Les enfants arrêtés à la maison, au réveil. Une tradition à respecter pour Macron ?

La famille Matoshi a été expulsée en Albanie le 20 juillet. Le père, assigné à résidence, a été interpellé alors qu’il pointait au commissariat de Mende. La police s’est ensuite rendue au domicile de la famille pour arrêter ses deux enfants, Sigers et Sonila, 15 et 13 ans, ainsi que leur mère, enceinte d’un troisième enfant. Ils ont été conduits au CRA de Nîmes puis, le lendemain, mis dans un avion. A leur arrivée, ils ont été interpellés par la police albanaise.

Ci-dessous, l’une des lettres envoyées à la préfète de Mende par des habitants indignés. Un courrier qui aurait tout aussi bien pu être adressé à l’ami des boxeurs.

« Madame la Préfète,

Ce soir, Mr et Mme Matoshi, leurs 2 adolescents et leur bébé à naître vont s’endormir en Albanie, pays qu’ils avaient en conscience choisi de fuir tant ils s’y sentaient en insécurité. En effet, on ne quitte jamais son pays à la légère et de gaieté de cœur.

Pour ne plus vivre la peur au ventre, pour permettre à Sigers, Sonilla et leur bébé à venir de grandir en sécurité et en démocratie, ils avaient choisi de demander l’asile en France. Et la France les a renvoyés sur le lieu des souffrances subies.

                                                                     

Dans votre discours du 16 juillet dernier à la stèle de Rieucros en souvenir de la rafle du Vel d’Hiv, vous avez, à juste titre, évoqué les Justes : vous avez dit que le 16 juillet était "aussi la journée de l'espérance et de la dignité humaine", rappelant que "certains Français ont refusé la barbarie", "ces braves qui ont apporté leur aide au péril de leur vie. N'oublions pas ces héros anonymes." 

En effet, les Justes, hommes et femmes ordinaires – d’ailleurs nombreux en Cévennes, terre de Résistance- ont refusé les lois iniques et injustes de l’Etat Français. Ils sont bien sûr à célébrer mais ils sont surtout un modèle à suivre pour tout(e) citoyen(ne) et ce, quelle que soit l’époque. Leur action nous met, chacun(e) devant nos responsabilités, nos choix à discerner : que dois-je faire, comment dois-je agir lorsqu’une loi me commande quelque chose mais que ma conscience m’en dicte une autre ? »

 

Ce ne sont là que quelques exemples de ce qui se produit quotidiennement dans un grand nombre de départements… sans parler de Mayotte où les enfants sont emprisonnés et expulsés par milliers chaque année. Des faits à mettre en regard des discours du président de la République, émaillés de grands mots et de références rabâchées aux valeurs humanistes... sans parler de ce que révèle la protection dont bénéficient les voyous qui constituent une partie de l’entourage du président des riches et des brutes.  

                                                                                                                                   

RESF Lozère au passage du Tour de France RESF Lozère au passage du Tour de France
Richard Moyon

 

 

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