RESF
Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
Abonné·e de Mediapart

213 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 nov. 2014

RESF
Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
Abonné·e de Mediapart

Lozère: la "Valls" des Arméniens

Depuis plus d’un an, Guillaume Lambert est préfet de la Lozère. Et si on lui délivrait une Obligation de Quitter le Territoire de la Lozère (OQTL)?

RESF
Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis plus d’un an, Guillaume Lambert est préfet de la Lozère. Et si on lui délivrait une Obligation de Quitter le Territoire de la Lozère (OQTL)?

En mars, un Ghanéen, père de famille, est arrêté et envoyé en centre de rétention (il sera libéré par le juge des libertés). Toujours en mars, des familles sont sommées de quitter les hébergements qu’elles occupent en application d’une nouvelle circulaire « Valls ».

La mobilisation systématique et constante a, jusque-là, permis d’éviter le pire.

 Le Préfet applique avec zèle les critères de régularisation de la circulaire « Valls » : 5 ans de présence en France et 3 ans de scolarisation d’au moins un enfant. Pas de régularisations à titre exceptionnel ou humanitaire comme le permettent ces textes de lois et circulaires que rabâche le Préfet à chaque rencontre et dans chaque courrier.

 Depuis un mois, le Préfet s’acharne sur trois familles arméniennes, auxquelles l’asile a été refusé par la France, et leur expulsion est imminente.

 Les familles Berakchyan, Kamalyan et Sardaryan vivent ici depuis plus de trois ans, Arsen, Vahé, Ashot et Elen sont scolarisés à Florac, à Langogne ou à Mende, leurs parents ont tissé des liens ici et leurs compétences dans l’agriculture ou le bâtiment sont recherchées en Lozère. Ces familles ne sont pas des « dossiers » : elles vivent et surtout elles souffrent.

 Ce jeudi 20 novembre, 25e anniversaire de la convention internationale des droits de l'enfant, nous étions environ 300, venus de toute la Lozère, pour dire non à cette politique nauséabonde digne de temps qu’on croyait révolus.

Nous étions nombreux parce que des associations et collectifs (Cimade, CIP, Pour le souvenir de Rieucros, RESF), des syndicats (FSU, UDCGT), des partis politiques (EELV, PCF, PG) avaient appelé à manifester.

Nous étions nombreux parce qu’une cinquantaine de lycéens a déboulé en scandant « Expulsions – Immorales », un moment d’émotion palpable, un de ces moments qui font chaud au cœur.

Oui, nous étions nombreux et, à vrai dire, un peu étonnés d’être si nombreux.

 À la fin de l’intervention de RESF, les manifestants ont été invités à prendre les peluches entassées autour du panneau « Place des Droits de l’Enfant » et à les envoyer, par télé déportation, par-dessus les grilles de la préfecture pour confier au préfet ces petits bouts de vie et l’espoir arrachés aux enfants qu’il veut expulser.

 En Lozère, reflet de la France, de préfet en préfet, l’attitude se durcit face aux familles étrangères. Elle atteint aujourd’hui, avec Guillaume Lambert, un degré de plus dans l’intolérable.

Mais, en Lozère, il y a une tradition de « résistance » rappelée par le slogan scandé à la manif. On n’a pas oublié tous les étrangers qui ont combattu aux côtés des Français dans les maquis, on n’a pas oublié les nombreux Arméniens, enrôlés dans l’armée allemande, qui ont déserté pour rejoindre les maquis.

Face à l’inacceptable, les Lozériens se sont mobilisés et se mobiliseront chaque fois que cela sera nécessaire.

Le discours prononcé lors de la manifestation :

Aujourd’hui, 20 novembre 2014, la convention internationale des droits de l’enfant, adoptée par les Nations Unies, ratifiée par la France en 1990, célèbre son 25éme anniversaire.

Le Préfet de la Lozère en grand uniforme n’est pas parmi nous ce soir pour célébrer cet anniversaire.

Les politiques mises en place depuis maintenant une trentaine d’années par les gouvernements successifs, et particulièrement par le gouvernement actuel visent à expulser du territoire français un quota quotidien de presque une centaine de personnes, dont des enfants.

Le Préfet de la Lozère met toute son énergie et tout son zèle à contribuer à ce quota journalier. Il a décidé, d’expulser dans les meilleurs délais 3 familles : 6 adultes et cinq enfants. Peu lui importe que ces enfants n’aient jamais connu, ou n’aient pas de souvenir du pays dans lequel ils seront envoyés.

Peu lui importe pour ceux qui sont en âge d’être scolarisés qu’ils doivent oublier la langue qu’on leur apprend à l’école. Peu lui importe qu’ils doivent abandonner des copains ou des copines de classe et de jeux, qu’ils doivent oublier les liens affectifs qu’ils ont créés avec des enfants de leur âge.

L’être humain, les enfants comme les adultes,  sont pour ceux qui nous gouvernent des variables d’ajustement de l’économie.

Il y a encore une quarantaine d’années le Bumidom (Bureau des migrations des départements d’Outre-Mer), et l’OFI (Office Français de l’Immigration) sont allés chercher dans leur pays d’origine, des millions de personnes parce que l’économie avait besoin de bras. La France n’a pas hésité à déporter des enfants réunionnais pour les placer comme commis dans les fermes, dans la Creuse, dans le Gers, en Lozère… On se faisait passer le mot : « un petit noir, ça bosse, ça prend un repas par jour, ça dort dans la paille et ça se chausse de sabots. »

Aujourd’hui, c’est l’exacte politique inverse qui est mise en place. On déporte dans l’autre sens hommes, femmes et enfants.

Cette politique mène à l’abjection : chaque jour en France des  suicides, des menotages, des entravements forcés, des morts suspectes.

En Lozère, toujours avec le zèle qu’on lui connaît maintenant, le Préfet a contraint trois enfants de 6 ans, 3 ans et 3 mois à rester dans une pièce du commissariat de Mende pendant deux heures. Ils ont été photographiés, sans doute par crainte des risques qu’ils faisaient courir à la société. Photographier un enfant de trois mois, ce n’est pas seulement ridicule (son visage change très rapidement), cela correspond à des méthodes que l’on croyait pratiquées uniquement dans des états policiers.

La pression constante que fait peser le Préfet sur ces familles est épouvantable : convocations à la Préfecture, interrogatoires, Ordre de Quitter le Territoire Français sous 30 jours, Ordre de quitter le Territoire Français sans délai, lettres recommandées, convocations au commissariat ou à la gendarmerie, changements de lieux de vie, prises de photographies, assignations à résidence.

M. le Préfet, nous vous invitons à aller jusqu’au bout de votre conscience : nous vous invitons à passer une journée entière avec une de ces familles que vous voulez expulser. Nous vous demandons de partager pendant 24 heures leur quotidien, leurs repas, leurs angoisses et leur désespoir. Pendant 24h vous observerez leurs enfants, leurs jeux et vous répondrez à leurs questions.

Si vous refusez cette invitation, Monsieur le Préfet,  nous vous délivrons aujourd’hui une Obligation de Quitter le Territoire Lozérien sous huit jours. Vous devrez passer dans les meilleurs délais au commissariat de Mende pour vous faire photographier et questionner.

En l’attente de votre départ, nous plaçons sous votre protection les peluches des enfants. Elles sont le symbole de tout ce à quoi ils tiennent et qu’ils vont devoir laisser sur place. Elles représentent leur petit bout de vie ici et l’espoir que vous leur arrachez et qu’ils ne pourront pas emmener dans l’avion.

 Nous allons envoyer les peluches au préfet par télédéportation, et télédéportation il y aura.

La vidéo de la télédéportation : http://www.dailymotion.com/video/x2aoinb_mobilisation-du-20-novembre-lance-de-peluches-dans-l-enceinte-de-la-prefecture_news

 Patricia Grime, Marie-Anne Colombain, Jean-Luc Galibert

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France

Affaire Pellerin : la fuite judiciaire qui menace l’Élysée et le ministère de la justice

Le député Emmanuel Pellerin, visé en septembre dernier par une enquête en lien avec sa consommation de cocaïne, a été prévenu des investigations en cours, pourtant censées rester secrètes. L’élu des Hauts-de-Seine affirme que l’information lui a été transmise par Thierry Solère qui lui aurait dit la tenir du ministère de la justice. Le conseiller politique du président de la République et Éric Dupond-Moretti démentent.

par Pascale Pascariello et Antton Rouget

Journal — France

Le député Pellerin : la cocaïne en toute impunité

Député des Hauts-de-Seine de la majorité présidentielle, l’avocat Emmanuel Pellerin a consommé de la cocaïne avant et après son élection à l’Assemblée en juin dernier, d’après une enquête de Mediapart. Confronté à nos éléments, il a reconnu cet usage illégal. Saisie en septembre dernier, la justice n’avait pourtant pas souhaité enquêter.

par Pascale Pascariello et Antton Rouget

Journal

TotalEnergies est visée par une enquête préliminaire pour mensonges climatiques

Selon nos informations, la multinationale pétrolière est l’objet d’une enquête ouverte par le parquet de Nanterre à la suite d’une plainte au pénal pour « pratiques commerciales trompeuses ». Ce délit ouvre la voie à des sanctions pour « greenwashing ». Une première en France.

par Mickaël Correia

Journal

TotalEnergies : l’heure des comptes

TotalEnergies sait que ses activités sont nocives pour le climat depuis 1971. Pourtant, le géant pétrolier continue d’émettre autant de gaz à effet de serre que l’ensemble des Français·es. En pleine crise énergétique, TotalEnergies a annoncé début 2022 un bénéfice record de 14 milliards d’euros. Retrouvez ici nos articles et nos enquêtes sur une des multinationales les plus polluantes au monde.

par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog

Nous, les banni·e·s

À travers son nouveau podcast « Nous, les banni·e·s », La Cimade a décidé de donner la parole aux personnes étrangères qui subissent une décision de bannissement. Pour illustrer la violence des interdictions de retour sur le territoire français (IRTF), 5 témoins partagent leurs histoires, de leur départ vers la France jusqu’aux difficultés d’aujourd’hui.

par La Cimade

Billet de blog

Appel contre l’immigration jetable et pour une politique migratoire d’accueil

Nous appelons à la mobilisation contre le nouveau projet de loi du gouvernement, qui s’inscrit dans une conception utilitariste et répressive des personnes étrangères en France. S'il était adopté, il accentuerait encore le fait qu'elles sont considérées comme une population privée de droits, précarisée et livrée à l’arbitraire du patronat, de l’administration et du pouvoir.

par association GISTI

Billet de blog

SOS solidarité pour famille intégrée en péril

Le recours contre l'OQTF du 6-12-22 a été rejeté. Cette famille, avec trois jeunes enfants est menacé de mort dans son pays, risque l'expulsion. Conséquence immédiate : logés au CADA (hébergements demandeurs d'asile) de Cebazat, ils seront à la rue le 31 janvier et si le 115 ne répond pas ce jour-là ou ne propose rien... SOS solidarité rapide et concrète dans ce billet. A vous de jouer.

par Georges-André

Billet de blog

OQTF : la réalité derrière ces quatre lettres

À cause de l'OQTF, j'ai perdu mon travail étudiant. Je me suis retrouvé sans ressources du jour au lendemain, sans rien. C'est très dur, car je cotisais comme tout le monde. Avec ma compagne, on attend une petite fille pour juin prochain. D'ici là, je dois me terrer. J'ai l'impression de vivre comme un rat, j'ai tout le temps peur de tomber sur la police. Je ne suis certes pas Français, mais j'aime la France comme j'aime le Sénégal.

par Couzy