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Récit des exploits honteux commis à l'encontre des familles sans papiers par la volonté de Nicolas Sarkozy, de Hollande et maintenant de Macron
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Billet de blog 25 janv. 2012

Erdogan, handicapé, menotté et expulsé

Pendant que Sarkozy évoque sa défaite, c’est la défaite des droits de l’Homme qui se joue une nouvelle fois en France : la famille Mahmuti a  été expulsée le 24 janvier vers la Hongrie puis, probablement, vers le Kosovo.

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Pendant que Sarkozy évoque sa défaite, c’est la défaite des droits de l’Homme qui se joue une nouvelle fois en France : la famille Mahmuti a  été expulsée le 24 janvier vers la Hongrie puis, probablement, vers le Kosovo.

Pour mieux expulser, Guéant et son sbire, le préfet de l’Ain, s’asseyent sur un jugement de la CEDH et une décision de la cour de justice européenne tout en méprisant la justice française.

Juin 2011, Hauteville (01) – 8h du matin : La PAF fait irruption au foyer « Les Sapins » où sont hébergés la famille kosovare Mahmuti et ses quatre enfants, dont un bébé de 10 mois et Erdogan, 16 ans à l’époque, handicapé par une malformation osseuse et qui doit subir une intervention chirurgicale. Devant la détermination du médecin d’Erdogan, le Dr Virard, et des amis et voisins de la famille, la PAF s’enfuit.

Philippe Galli, le préfet de l’Ain qui a commandité cette arrestation, est un grand expulseur devant l’Eternel  de familles demandeuses d’asile: le 20 janvier 2011, il a déjà renvoyé vers d’autres cieux déplaisants, où elle risque de terribles représailles, la famille kosovare Spanca et son petit Ledjon de 13 mois.  Et il semble bien décidé à inscrire à son tableau de chasse ces nouvelles et misérables proies et à satisfaire ainsi aux ordres du ministre de la rafle et du drapeau.

Le mardi suivant, aux aurores, c’est un mauvais thriller qui se joue sous les yeux effarés des résidents et du personnel du foyer. La PAF est de retour et, pour arrêter la famille, utilise les grands moyens : placages au sol, insultes et menottes.

Il est vrai que les Mahmuti, de dangereux terroristes, méritent un tel traitement : réfugiés en France depuis novembre 2010 , après avoir reçu des menaces de la mafia locale, ils y ont demandé l’asile. Pas de chance pour eux : selon le règlement européen Dublin II, ils ne peuvent déposer une demande d’asile que dans le premier pays de l’Union par lequel ils ont transité avant leur pays de destination. Et Mme Mahmuti a été contrôlée en Hongrie. Philippe Galli, droit dans ses bottes, malgré la possibilité qui lui est donnée de régulariser la famille, s’en tient à la lettre au règlement Dublin II pour rendre à la Hongrie ces demandeurs d’asile gênants, trop protégés par la population.

… Pas de chance pour lui : il manque un enfant à l’appel lors du rodéo policier. Selina, 9 ans, a réussi à prendre la fuite… C’est donc à une famille amputée de Selina, mais avec un bébé de 10 mois et un adolescent handicapé, que Philippe Galli offre des vacances au centre de rétention de Lyon Saint Exupéry durant plusieurs semaines de l’été 2011.

Enfin, pas de chance… Toujours aussi droit dans ses bottes, Philippe Galli saisit le prétexte de l’échappée belle de Selina pour décréter  qu’il s’agit de dangereux délinquants « en fuite ».

En juillet, devant la mobilisation et parce que le délai d’expulsion allait être dépassé, Philippe Galli libère la famille, mais se garde bien de la régulariser, conservant ainsi pendant douze mois la possibilité de l’expulser.  On ne sait jamais : si Môssieur Claude augmente les quotas pour 2012, six personnes, c’est toujours bon à prendre … 

Si les Mahmuti sont libérés, ils sont aussi sans hébergement : à leur retour au foyer  où ils vivaient jusqu’à leur rétention, ils découvrent que celui-ci, sur ordre du préfet, les a rayés des registres, puisqu’ils sont dorénavant considérés comme étant en fuite !

Désormais à la rue avec leur bébé et Selina retrouvée, sans ressources, c’est une fois de plus la mobilisation et l’action du président de la communauté de communes, le Dr Virard, qui permettront à la famille de retrouver un toit : la municipalité d’Hauteville leur ouvre un logement inoccupé dans une maison.

Une vie un peu moins précaire commence, les deux aînés sont scolarisés et les Mahmuti participent et font partie intégrante de la vie de la commune, même si, de peur de voir une nouvelle irruption des pandores, tous les soirs – au moment du coucher – un membre de la famille manque à l’appel.

23 janvier 2012 – 8h du matin : Selina pousse la porte pour partir à l’école, où elle se plaît et apprend le français à toute allure. Mais un homme se tient de chaque côté ; elle est immobilisée, et d’autres hommes apparaissent.

Au même moment, le Dr Virard commence ses visites et passe devant le domicile des Mahmuti. Observant une présence inhabituelle, il prévient les citoyens du collectif « Plateau Solidaire ». Quelques minutes plus tard, plusieurs voitures sont garées sur l’unique chemin qui mène à la maison.

Les gens assistent à l’arrestation. Les policiers de la PAF emmènent le fils, qui a été menotté parce qu’il se débat. Selina est plaquée au sol, immobilisée parce qu’elle fait une crise de nerfs. Tous les membres de la famille sont placés dans des voitures, sans bagages.  Mais les citoyens indignés refusent de déplacer leurs véhicules. Il faut dire que sur le plateau d’Hauteville, il y a une longue tradition de résistance. Un garagiste, appelé pour enlever les voitures, refuse de le faire.

Beaucoup de tensions, de pressions, de mouvements. Et il fait froid dehors. Les gens organisent un petit déjeuner. Ils obtiennent que la famille rentre chez elle pendant les négociations. Selina explique à un journaliste comment les demandeurs d’asile sont traités en Hongrie, parfois sans nourriture. Elle ne veut pas y retourner. Des élus, le maire de la ville obtiennent l’assurance qu’on va les emmener en rétention et non directement dans un avion. L’avocate est prévenue.

Selina n’a pas connu le CRA l’été dernier, mais elle en a entendu parler. Elle répète qu’elle préfère mourir. Elle dit aux policiers : « tuez-moi, mais je n’irai pas. » Certains policiers sont mal à l’aise, d’autres affirment que la Hongrie est un pays qui respecte les droits de l’homme ( !) L’enfant menace de mettre fin à ses jours au CRA.

C’est sans issue, des amis de la famille aident les parents à calmer leur fille, préviennent la préfecture et le CRA pour que Selina bénéficie d’un suivi en rétention. La police fait comprendre aux citoyens mal garés qu’ils seront poursuivis. Un autre garagiste est arrivé qui va enlever les véhicules. Finalement, la mort dans le cœur, les soutiens assistent à l’enlèvement de la famille, impuissants, dégoûtés, incrédules...

La famille Mahmuti fait partie de la vie d’Hauteville. Acceptés par les habitants, soutenus par la commune, ils participent aux jardins collectifs, vivent en bons termes avec chacun. Et si c’était précisément cette solidarité toute simple que le Préfet de l’Ain voulait punir ?

A 14 h 30, les voitures partent. Tout le monde est atterré. Qu’aurait-il fallu faire ? Au début, la famille n’était jamais réunie la nuit, il en manquait toujours un. Mais les habitudes d’une vie familiale normale ont été les plus fortes. A 16 h 30, le centre de rétention de Lyon Saint Exupéry appelle: ils sont arrivés. Quelques mots de la famille Mahmuti à ses soutiens …

Le soir, l’avocate de la famille dépose un référé devant le tribunal administratif, en partie fondé sur une décision de la cour de justice européenne qui, en septembre 2011, précisait qu’un Etat membre de l’Union européenne, ne peut transférer des demandeurs d’asile vers un autre Etat membre « lorsqu’il y a un risque d’une atteinte grave aux droits que la Charte des droits fondamentaux garantit à ces demandeurs d’asile ». Et la Hongrie ? La Hongrie n’est certes pas, actuellement, le pays le plus protecteur des droits de l’Homme…

Mais …

24 janvier : Le tribunal administratif a tenté de joindre la préfecture toute la matinée pour connaître l’heure prévue de leur départ, aux fins de se réunir avant, comme cela se fait d’ordinaire. Mais la préfecture a fait le mort, personne n’a daigné répondre. Le président du tribunal administratif, lui-même, n’a pu obtenir d’informations ni même être entendu au téléphone. Quant au CRA, il a préféré faire la sourde oreille, obéissant aux ordres reçus.

11h du matin – ancien aéroport de Bron : toute la famille - avec Selina qui criait la veille qu’elle préférait mourir, le bébé, Erdogan, l’adolescent handicapé - a été embarquée dans un avion spécialement affrété pour elle.

Maître Vibourel, l’avocate de la famille, a voulu maintenir l’audience au tribunal administratif, qui s’est déroulée dans l’après-midi. Le président du T.A ne décolérait pas, non seulement du mépris avec lequel il a été traité par Philippe Galli et ses services, mais aussi de ces techniques d’expulsion express qui font fi du droit.

Les Mahmuti sont quelque part, entre Lyon et la Hongrie, peut-être déjà arrivés dans un pays qui les maltraitera et les renverra vers la mafia kosovare, qu’ils ont fuie.

A Hauteville, révoltée, la population est sous le choc.

Philippe Galli aura bien mérité de son patron, Môssieur Claude, expulseur en chef d’un quarteron de préfets tout dévoués à la cause d’une xénophobie d’Etat et de l’idéologie la plus rance qu’ait connue le pays depuis des dizaines d’années … Même si pour cela, il lui aura fallu mépriser la justice et s’asseoir sur la récente condamnation de la France par la cour européenne des droits de l’homme de sa politique inhumaine d’enfermement des enfants, ainsi que sur une décision de la Cour européenne de justice.

Les expulseurs ont encore trois mois devant eux et s’en donnent à cœur joie. Ce pouvoir, mené par un Sarkozy à bout de souffle et un Guéant éructant de haine, en est même réduit à ignorer la plus élémentaire notion d’humanité.¨

 Michel Cabaussel – RESF 01 et Nathalie Fessol, RESF en Belgique/RESF Paris

La pétition pour le retour de la famille Mahmuti http://resf.info/P2124

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