Chronique de l'intolérable: ce qui était inacceptable sous le quinquennat de Sarkozy le reste sous celui de son successeur

En guise de premier bilan d’une année de présidence, le RESF présente une version mise en forme de sa Chronique de l’intolérable du quinquennat de François Hollande. Elle est consultable sur le site RESF, telle qu’actualisée presque quotidiennement

En guise de premier bilan d’une année de présidence, le RESF présente une version mise en forme de sa Chronique de l’intolérable du quinquennat de François Hollande. Elle est consultable sur le site RESF, telle qu’actualisée presque quotidiennement, dans l’ordre chronologique inversé (les événements les plus récents apparaissent les premiers)
http://www.educationsansfrontieres.org/article43937.html 
Une version respectant l’ordre chronologique  (du 29 mai 2012 au 19 avril 2013) est disponible
http://www.educationsansfrontieres.org/IMG/fckeditor/UserFiles/chronique_mai2012_mai2013.pdf 

Ci-dessous le texte qui présente cette chronique dont on aimerait beaucoup n'avoir pas à la nourrir encore.

CHRONIQUE DE L'INTOLERABLE :  Ce qui était inacceptable sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy le reste sous celui de son successeur

 

L’élection de François Hollande, le 6 mai 2012, a soulevé un grand espoir parmi les étrangers stigmatisés et souvent persécutés par 10 ans et plus de sarkozysme. Il a rapidement fallu déchanter. La nomination du premier gouvernement du quinquennat avec Manuel Valls au poste de ministre de l’intérieur et plus encore, le maintien de tout ce qui touche à l’immigration sous le contrôle exclusif de son ministère n’étaient pas de bon augure. Dès la fin mai, après l’expulsion de deux pères de familles Roms à Lyon, RESF décidait de tenir un relevé aussi précis que possible des situations intolérables dont il aurait connaissance. En juin, Manuel Valls précisait qu’il n’y aurait pas de régularisation massive.

De fait, si le taux d’occupation des CRA, (centres de rétention administrative dans lesquels sont enfermés les étrangers en attendant leur expulsion) a fléchi au deuxième semestre 2012, conséquence de l’interdiction temporaire de la garde à vue des sans papiers, ces centres sont à nouveau, en 2013, « normalement » remplis et les expulsions ont repris leur rythme de croisière, générant des situations intolérables, celles décrites dans cette chronique, et tant d’autres. Les événements et les chiffres cités ici ne reflètent que très partiellement le caractère massif de la rétention. En effet, les jeunes scolarisés, les familles et les parents d’enfants scolarisés ne constituent qu’une petite fraction des retenus, la grosse majorité étant des travailleurs sans famille en France.

Certes, le discours du gouvernement est débarrassé des relents xénophobes, voire racistes des propos et des « plaisanteries » de Guéant, Besson ou Hortefeux. Sauf quand Valls insulte les Roms « incapables de s’intégrer (sic) ». Certes la circulaire du 6 juillet 2012 « interdit » l’enfermement des enfants en centre de rétention, mais elle est assortie de tellement de conditions que seuls les enfants dont les parents sont volontaires pour être expulsés sont assurés d’y échapper, et encore. C’est si vrai que, depuis, plus d’une dizaine de familles ont été placées en rétention. Elles n’en sont sorties qu’avec les réactions rapides des associations et du Défenseur des droits. Certes la garde à vue des sans papiers est interdite. Mais elle est remplacée par une « retenue » de 16 heures, mesure dérogatoire au droit. Certes la circulaire du 28 novembre 2012 dite d’admission exceptionnelle au séjour définit des conditions de régularisation pour les familles, les jeunes majeurs scolarisés et les salariés. Mais ce document porte bien son nom : régularisation « exceptionnelle » ! Une partie des familles entre bien dans ses critères (5 ans de présence prouvée et 3 ans de scolarité d’un enfant, tout de même !) mais beaucoup devront attendre encore des années. Mais surtout, ce texte exige des travailleurs qu’ils produisent des feuilles de paye, condition impossible à remplir pour des salariés condamnés à travailler au noir. Quant aux lycéens, ils doivent avoir été scolarisés 2 ans avant le jour de leur 18e anniversaire. Des dispositions qui excluent l’écrasante majorité des travailleurs et des jeunes majeurs scolarisés condamnés à demeurer des parias sociaux menacés d’expulsion à tout instant.

En réalité, sur le fond, la politique de Manuel Valls est dangereuse et, même si le mot peut paraître outrancier, criminelle. Affirmer avoir pour ambition de procéder à autant d’expulsions qu’Hortefeux et Guéant et refuser de régulariser davantage qu’eux, valide leur politique. C’est installer dans l’opinion l’idée qu’à quelques éléments de langage près – ce qui a son importance mais n’est pas l’essentiel –, il n’existe qu’une politique possible en matière d’immigration : celle qui trie les étrangers, en prive arbitrairement certains de papiers, fait d’eux des citoyens de seconde catégorie, les traque, les arrête, les emprisonne, les expulse. Et c’est du même coup préparer une caution « de gauche » aux futures mesures de la droite revenue au pouvoir.

La lecture de cette Chronique de l’intolérable du quinquennat de François Hollande est sans doute pénible. Dans sa forme d’abord, parce qu’il s’agit de notes reprises de mails d’alerte rédigés dans l’urgence pour tenter de sauver un père ou une mère. Mais aussi, sur le fond, parce qu’elle présente une collection de situations difficiles, une série de malheurs qui s’abattent sur des familles et des enfants. Si elles peuvent paraître répétitives, c’est que les situations elles mêmes le sont : chaque jour, dans la paisible routine d’une administration préfectorale et policière, des jeunes sont arrêtés, des enfants privés d’un père ou d’une mère, un jour, cinq jours, 25 ou 45 jours quand l’administration « échoue ». Pour des années, voire définitivement quand elle « triomphe ». On imagine les traumatismes, sur les parents, celui qui reste, celui qui disparaît temporairement ou définitivement. Et sur les enfants. Même quand elles durent « peu », ces situations sont des événements terribles qui laissent des profondes traces sur ceux qui les subissent. Comment se défendre, à la lecture de cette litanie sinistre, d’un sentiment de gaspillage, de moyens énormes mis au service d’un gigantesque gâchis social et humain ?

Ces faits n’abîment pas seulement celles et ceux qui s’y trouvent impliqués directement, les sans papiers et leurs proches ou les fonctionnaires chargés d’appliquer des décisions inhumaines (le pire serait qu’ils s’habituent, sans problèmes de conscience, à l’inhumain). Ils agressent aussi la fraction de la population de ce pays dont le nom, le prénom ou le visage disent l’ascendance et qui se sentent, à juste titre, visés par les mesures contre « les immigrés ». En réalité, ces faits concernent toute la société.

D’abord parce qu’ils sont l’application à la situation particulière des immigrés de ce qui semble être une règle de ce gouvernement. Sur la plupart des questions, à l’exception du mariage pour tous, il fait le choix des concessions à la droite. Certains le lui reprochent dans le domaine économique, dans le domaine de la législation du travail, sur l’amnistie des salariés, etc… C’est une faute politique majeure, il faut y insister. En reculant sur les contrôles au faciès, en lâchant sur le vote des étrangers, en persistant à traiter l’immigration comme « un problème », en faisant siens les objectifs de Guéant sur les expulsions et les régularisations, non seulement le gouvernement valide la politique de ses prédécesseurs (qualifiée en son temps de « tache noire du sarkozysme »), mais il cautionne par avance, « dans le droit fil de ce qu’a fait M. Valls », nous dira-t-on, ce que fera la droite pain au chocolat quand elle reviendra aux affaires, dès 2017 probablement, si Hollande poursuit dans la même voie.

 

 

 

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