SOUS-PREFECTURE DE PALAISEAU : L'ART DE DESINTEGRER

A 15 ans, Diane fuit un mariage forcé en Guinée Conakry. Elle se réfugie en France où elle se bat pour bâtir une vie et être utile. Elle y parvenait jusqu'à ce que, exécutant une politique malfaisante de façon bureaucratique, la sous-préfecture de Palaiseau risque de tout gâcher !

Sous-préfecture de Palaiseau : l’art de désintégrer

Diane est mineure quand elle arrive en France pour fuir un mariage forcé. Prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) avant l’âge de 16 ans, elle obtient un titre vie privée et familiale à 18 ans. Ses études lui plaisent, elle a de bons résultats, elle sera bientôt maman. En juin 2019, elle obtient son baccalauréat cuisine avec mention et devient cuisinière en CDI à l’hôtel Mercure. La vie lui sourit. Mais tout s’écroule brusquement lorsque la sous-préfecture de Palaiseau refuse le deuxième renouvellement de son titre de séjour. Elle veut le transformer en titre salarié bien plus restrictif et exige de l’employeur les documents nécessaires à l’embauche d’un étranger. L’employeur refuse à raison de les fournir puisqu’il n’a pas à le faire ! Désintégrer une vie en plein envol, c’est l’art de la sous-préfecture de Palaiseau !

Diane nous raconte son parcours :

J’ai 20 ans et je suis la maman d’une petite fille de 18 mois.

Je vivais en Guinée Conakry avec mes parents. Dans ma famille, toutes les filles doivent se marier avant 15 ans. Le jeune frère de mon père a organisé un mariage entre moi et un vieux monsieur. Je devais être sa quatrième épouse. J’avais à peine 15 ans, je ne voulais pas de ce mariage forcé avec un inconnu, âgé, qui avait déjà 3 femmes. Heureusement, mon grand-frère ne voulait pas non plus et il me soutenait. Il m’a aidée à partir et m’a donné de l’argent. J’ai traversé le Mali, ensuite le désert d’Algérie, et je suis arrivée au Maroc. Là, j’ai vécu cachée 2 mois dans la forêt. Mon grand-frère m’a encore envoyé de l’argent pour que je puisse monter dans un Zodiac et aller en Espagne. Tout ce grand voyage a été très difficile pour moi. Enfin, je suis allée en France en bus. Quand je suis arrivée à la gare routière à Paris, j’étais complètement seule. C’était en hiver, début février 2016, il faisait froid. Une dame malienne a eu pitié de moi. Comme elle ne pouvait pas me garder longtemps chez elle, elle m’a emmenée à l’ASE, je n’avais pas encore 16 ans. J’ai d’abord été prise en charge à Brétigny, puis par la Fondation d’Auteuil à Clamart, et enfin par la maison maternelle La Villa Jeanne à Palaiseau quand j’ai eu ma petite fille.

Tout de suite je suis allée à l’école car c’est très important pour moi. Je voulais être utile en France, par mon travail. Je suis entrée en septembre 2016 en Bac Pro Cuisine au lycée Théodore Monod d’Antony. Tout s’est toujours bien passé au lycée, j’avais de bons résultats. J’ai eu mon Bac Pro Cuisine fin juin 2019, avec mention. Pourtant mon année de terminale n’était pas facile, car ma petite fille est née en janvier. Je me suis beaucoup accrochée, j’ai suivi les cours par correspondance, et j’ai pu avoir une mention au Bac. Comme j’avais fait des stages à l’hôtel Mercure des Ulis et que cela s’était très bien passé, l’hôtel Mercure a voulu m’embaucher tout de suite après mon bac, et ils m’ont prise comme cuisinière en CDI à partir de début septembre 2019.

Le 23 juillet 2020, quand j’ai voulu renouveler mon titre de séjour Vie Privée et Familiale, la sous-Préfecture de Palaiseau n’a pas voulu prendre ma demande de renouvellement. Ils veulent me donner à la place un titre salarié, et ils veulent un pack-employeur. Le pack-employeur, c’est une demande spéciale pour demander l’autorisation d’embaucher un étranger. Mais mon employeur dit qu’il n’a pas à fournir un pack employeur et qu’il n’a pas à faire une demande pour moi, puisqu’il m’a embauchée quand j’avais déjà un titre de séjour Vie Privée et Familiale. Je le comprends parce que l’employeur n'a pas à fournir ces documents dans le cadre d’un titre de séjour Vie Privée et Familiale.

J’ai quand même réussi à obtenir un autre rendez-vous à la sous-préfecture de Palaiseau le 5 août. Si je n’ai pas de récépissé ce jour-là, je vais tout perdre. Je suis désespérée. Je vais perdre mon emploi. Et je ne sais pas où je vais dormir avec ma petite fille. En ce moment, je suis en attente d’un logement. Car comme je me débrouillais très bien à la Villa Jeanne, entre l’éducation de ma petite fille et mon travail bien rémunéré, on m’a aidée à faire une demande de logement autonome. Malheureusement, pour le premier logement qu’on m’a attribué, il n’y avait pas de bus pour aller le matin à 6 heures à mon travail. Là, j’attends à l’hôtel un deuxième logement. Mais je ne l’aurai pas si je ne renouvelle pas mon titre. Je ne vais plus rien avoir, ni travail, ni appartement.

Je ne comprends pas, j’ai toujours fait des efforts énormes pour toujours tout bien faire en France. J’ai un travail, bientôt un appartement, je suis maman. Pourquoi ne renouvelle-t-on pas mon titre Vie Privée et Familiale ? Je ne mérite pas cela, je suis désespérée.

Réseau Education Sans Frontière 91

 

 

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