PERSECUTES EN ARMENIE, PERSECUTES EN FRANCE AUSSI

Koryun Torosyan régularisé grâce à une importante mobilisation n'oublie pas pour autant sa famille. Avec sa soeur Armine, ils s'adressent au Préfet de Seine-et-Marne.

Pour notre père Gagik TOROSYAN, Monsieur le Préfet,

Nous nous appelons  Armine et Koryun TOROSYAN sœur et frère arméniens et nous vous écrivons cette lettre dans l’espoir que votre compréhension et votre aide précieuse pourront nous sauver et pour notre père.

Afin que vous puissiez bien appréhender notre situation, nous allons vous exposer notre histoire : mes arrières grands-parents pour fuir le génocide arménien de 1915 ont du émigrer en URSS, et ont été déportés en Sibérie. Après la mort de Staline la possibilité de rentrer en Arménie leur a été donnée et ils se sont donc installés dans la ville de Gymrie où mon père est né et s’est marié. En 1988 le terrible tremblement de terre qui a eu lieu dans cette ville a détruit notre maison ; ils ont donc du vivre dans un baraquement en bois, lieu où je suis né en 1990 et ma sœur Armine en 1991. C’est justement cette année-là (1991) que les effets de la guerre du Haut-Karabagh ont commencé à se faire ressentir dans notre région.

En 1994, une fois la guerre terminée, l’économie s’est remise péniblement en marche et mon père a ouvert un petit commerce. Mais à cause de son engagement politique contre le régime en place, très corrompu, son commerce a été confisqué en août 2008 et il ne nous a pas été possible de continuer nos études (nous avons été renvoyés de l’université puisque nous étions les enfants de mon père). En 2009 la vie étant impossible pour nous, nous avons été obligés de quitter l’Arménie pour la France car nous avions étudié au lycée l’histoire de ce beau pays.

Nous ne pouvons aucunement envisager de retourner en Arménie car nos vies y sont menacées. Ma sœur Armine arrivée à 17ans½ en France et moi-même à 19 ans avons tout mis en œuvre pour adopter la langue française et nous conformer aux règles de la République. Ma sœur a obtenu son baccalauréat professionnel Comptabilité avec mention et moi-même j'ai réussi le baccalauréat Accueil en juin 2015 avec mention.

Depuis le 29 mars 2009 nous habitons en France et nous avons immédiatement demandé l’asile politique, celui-ci a été rejeté en 2012. A cette époque, nous étions déjà intégrés au sein de la population française et étant donné que la prison nous attend en Arménie, nous avons fait les démarches pour obtenir des cartes de séjour et ainsi pouvoir travailler et payer des impôts et nous assumer en tant que citoyens vivant en France. En août 2013, conformément à l’ordonnance de Monsieur Valls, ma sœur et moi avons déposé un dossier complet avec l’appui de nos professeurs et des entreprises qui voulaient nous embaucher du fait que nous parlons 3 langues. Ni ma soeur ni moi n'avons reçu de réponse à ces dossiers. En mai 2014 nos parents ont fait leur demande, la réponse a englobé tous les quatre : par décision du 29/10/2014 nous avons tous reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français.

Entre temps mon père Gagik Torosyan avait la nécessité de travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Ainsi c'est pour travailler qu'il conduisait un camion de déménagement quand il a été contrôlé avec le permis de conduire arménien. Le camion lui, était en règle car appartenant à une personne en situation régulière et à jour d’assurance et de contrôle technique. Il s’en est suivi la décision suivante par la Préfecture de Melun : enfermement de mon père au Centre de Rétention du Mesnil Amelot. Cette décision a ému l’ensemble des français qui nous considère comme des amis, mon père a finalement été libéré mais l’OQTF maintenue.

Mon père a bien conscience qu'il n'aurait pas du conduire avant d'avoir le titre de séjour, ce titre que nous espérions tous les quatre. Il vous prie d'accepter ses excuses, d'ailleurs depuis sa libération de rétention il n'a plus jamais conduit.

Depuis, mon père a trouvé un travail déclaré plusieurs heures par jour. C’est grâce à son travail que nous pouvons assurer notre existence. Or le 16 juillet 2015, mon père a été jugé devant le tribunal de Meaux pour le défaut de permis de conduire français et été condamné à 3 mois de prison ferme. Cette condamnation a été un choc pour notre famille car il a travaillé juste pour nous nourrir et nous aider : sans son travail, ni moi ni ma sœur n’avions de chance de continuer nos études et d’obtenir nos bacs avec mention tous les deux en France.

Grâce à votre générosité, moi Torosyan Koryun j'ai obtenu ma carte de séjour « étudiant » n° 7503786201. Notre avenir est en France tous ensemble.

Un recours devant la Cour Administrative d'Appel de Paris contre la décision du tribunal administratif de Melun a été introduit pour notre père, mais les délais sont très longs et le recours n'est pas suspensif. Nous vous demandons de bien vouloir annuler son OQTF, afin qu'il puisse déposer son nouveau dossier pour être régularisé et rester avec nous, sa famille.

Nous sommes tous les quatre en danger car nous n’avons plus d’autre pays que la France, nos amis sont en France, ma sœur Armine Torosyan s’est mariée et a mis au monde un petit garçon Alexandre en octobre 2014, son mari a la carte de séjour « salarié » n° 7503797630.

Nous vous remercions pour l’attention que vous voudrez bien apporter à cette lettre et vous prions de croire, Monsieur le Préfet, en l’expression de notre très grand respect.

 

 

                                                                                   Armine et Koryun TOROSYAN

 

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