Promenade à Clichy-sous-Bois, à la rencontre de ses habitants

Cela fait 10 ans que Bouna Traoré et Zyed Benna, les « petits » de la tour Rabelais et de la « Pama », au cœur du quartier du chêne-Pointu, sont morts dans un transformateur électrique, mais leur « village », Clichy-sous-Bois, n’est plus tout à fait le même. L’une des villes les plus pauvres du 93 a pansé ses plaies à coups de pelleteuses et bulldozers pour se donner un nouveau visage, un autre futur.

Cela fait 10 ans que Bouna Traoré et Zyed Benna, les « petits » de la tour Rabelais et de la « Pama », au cœur du quartier du chêne-Pointu, sont morts dans un transformateur électrique, mais leur « village », Clichy-sous-Bois, n’est plus tout à fait le même. L’une des villes les plus pauvres du 93 a pansé ses plaies à coups de pelleteuses et bulldozers pour se donner un nouveau visage, un autre futur. Notre journaliste s'est rendue sur place et nous livre le récit de cette balade dans cette ville qui a tant fait parler d'elle. Parcours avec escales dans une ville qui se cherche encore.


Malaise. A mon arrivée dans la cité du Chêne Pointu, je comprends aussitôt la place symbolique que le quartier continue d’occuper dans l’inconscient post-émeutes, en France, mais aussi au-delà. Jusqu’à la caricature. A l’angle de la rue Ladrette, une camionnette blanche s’arrête brusquement ; la porte coulissante s’entrouvre ; un caméraman harnaché sur son siège, comme s’il se trouvait en zone de guerre, prend des images à la volée. Puis la camionnette repart aussitôt. Ses plaques semblent indiquer qu’elle vient de Pologne. Une équipe de télévision, sans doute, venue prendre le pouls, à quelques semaines du 10e anniversaire des émeutes urbaines, là où tout a commencer. Mais pas assez téméraire, quand même, pour descendre et se garer.

Kevin : Ils avaient tué nos petits


Je reste scotchée par le procédé des (supposés) Polonais mais les personnes que je croise haussent les épaules : « On sait que les gens ont peur d’aller au Chêne-Pointu. Même les journalistes, sauf que là, ils vont tous rappliquer pour l’anniversaire. » Moi, au départ, on ne sait pas trop qui je suis. On me prend d’abord pour une flic, en mode repérage sur les petits trafics du coin. Il faut dire que les missions policières incognito (ou pas) se sont multipliées depuis l’installation d’un commissariat, à quelques rues de là.

Kévin , 31 ans, lui, s’est rangé. Aujourd’hui cogérant d’une boutique de vêtements urbains dans le centre-commercial du Chêne-Pointu, il a participé aux émeutes de 2005 : « On était jeunes, on voulait tous leur peau [aux policiers]. Ils avaient tué nos petits. » Dix ans, après, le souvenir de Zyed et Bouna, enfants du Chêne, est toujours aussi vivace et douloureux ; la relaxe définitive, en mai dernier, des deux policiers qui les avaient poursuivis jusqu’au transformateur électrique, a remué le couteau dans la plaie.
Toujours marqué, Kevin s’applique aujourd’hui à jouer le rôle de grand-frère, avec Igor son associé à la boutique et fondateur de l’association Mission Mars. Pour éviter d’autres Zyed et Bouna.

Kevin (au centre) devant sa boutique dans le centre commercial Kevin (au centre) devant sa boutique dans le centre commercial


Ibrahim : Je ne suis plus propriétaire chez moi


Le Chêne-Pointu, c’est aussi le drame des bâtiments en ruine. On promet que la cité délabrée, telle qu’elle existe aujourd’hui, vit ses dernières années. L’Etat, via des organismes publics, rachète les appartements du Chêne Pointu petit à petit. Objectif : prendre la main sur la totalité des tours, afin de les réhabiliter ou les démolir. La démarche est inédite et volontariste, mais elle est parfois durement ressentie par les petits propriétaires ruinés. Dans le hall de la tour Ladrette, je rencontre Ibrahim. Étranglé par les dettes, il m’explique que son appartement a été vendu, dans son dos. Aujourd’hui, il n’est plus que locataire chez lui.

Trois heures de transport par jour


Lorsque l’on ressort de la tour décrépie, une vision redonne néanmoins un peu le moral, rue Maurice Audin : le début des travaux du tramway. Par-dessus les barrières de chantier, vertes et grises, les habitants jettent des coups d’œil incrédules. C’est qu’ils l’attendaient depuis longtemps. Le T4 serait, sans doute, déjà là si deux communes pavillonnaires voisines - Livry-Gargan et Pavillons-sous-Bois, ne s’étaient pas opposées, becs et ongles, à son raccordement à Clichy. Pourquoi ? « Elles ne le disent pas franchement, mais on sait tous ici, qu’elles ne veulent pas voir débouler les racailles de chez nous », me glisse Nawufal Mohamed, jeune Clichois de 25 ans, qui met plus de 3 heures aller-retour pour rejoindre son université à Marne-la-Vallée.

Pour continuer la promenade à Clichy-sous-Bois, c'est par ici, dans le dossier 'Banlieues, 10 ans après les émeutes : un échec made in France' par Respect mag

 

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