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Billet de blog 1 juin 2020

En France aussi, la police tue : 12 morts pendant le confinement

Le meurtre de George Floyd aux Etats Unis et la nouvelle expertise dans l'affaire Adama Traoré en France nous rappellent que partout, les violences policières ciblent les personnes racisées. Alors que le racisme systémique des Etats-Unis est vivement critiqué, on interroge plus difficilement ces mêmes violences en France. Or, durant le confinement 12 personnes sont mortes aux mains de la police.

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Depuis le déclenchement de l'état d’urgence sanitaire début mars, le renforcement sécuritaire s’accompagne d’une augmentation vertigineuse des violences policières. Des vidéos de scènes d’une extrême violence circulent sur les réseaux sociaux. 

Ces violences ne sont pourtant pas nouvelles. Elles s’inscrivent dans la continuité de la répression des manifestations depuis les lois travail en 2016, celles des gilets jaunes en 2018, et plus récemment contre la réforme des retraites. Amnesty International, les Nations Unies, le Parlement Européen et le Conseil de l’Europe ont d’ailleurs critiqué la France pour ces violences.
Ce système de violences policières s'inscrit aussi et surtout dans le racisme structurel d’Etat. Les violences policières ciblent tout particulièrement les personnes racisées, précarisées.  En effet, les zones les plus touchées aujourd’hui en temps de pandémie restent celles où la main mise sécuritaire est habituellement la plus forte. Ces territoires racisés, et considérés “à problème”, où les contrôles de police sont beaucoup plus fréquents qu’ailleurs. Jusqu’à présent, 10% des amendes et interpellations ont eu lieu dans des quartiers de Seine Saint-Denis (93) depuis le début du confinement.

Le 23 mai, Camélia Jordana dénonce ces violences sur l’émission « On n’est pas couché » sur France 2 : 

“Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic et j’en fais partie. […] Quand j’ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France.[...] Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau. C'est un fait".

Le travail de documentation d’associations, de journalistes, d’ONGs, de chercheurs, et d’observatoires citoyens sur le terrain exposait déjà ces violences ciblées. Pourtant, Castaner, le ministre de l’Intérieur, qui veut d’abord porter plainte contre Camélia Jordana, condamne fermement ces propos qu’il qualifie de « mensongers et honteux ».

Mensongers ? Pendant la période de confinement 12 personnes sont mortes entre les mains de policier.e.s., c’est l’équivalent du taux de meurtres policiers sur une année entière au début des années 2010 : 

  • Le 4 avril à Toulouse : un homme de 47 ans est tué par balle lors de l’intervention de la police pour un différend conjugal 
  • Le 8 avril à Béziers : Mohamed, 33 ans, meurt asphyxié lors de son interpellation par la police municipale.
  • Le 9 avril à Angoulême : un homme poursuivi par la police trouve la mort
  • Le 10 avril à Estourmel: un homme meurt d’un accident de voiture, poursuivi par la police
  • Le 10 avril à Angoulême : Boris, 28 ans, meurt noyé en sautant dans l’eau étant poursuivi par la police 
  • Le 10 avril à Sorgues, un homme de 49 ans meurt en cellule de garde à vue 
  • Le 15 avril à la Courneuve : Malik, un demandeur d’asile afghan de 25 ans, est tué par balle. Selon la version officielle, il menaçait les agent.e.s avec un couteau
  • Le 16 avril à Rouen : un homme de 60 ans meurt en cellule de dégrisement 
  • Le 28 avril à Clermont-Ferrand : un jeune de 14 ans meurt lors d’une course poursuite avec la police
  • Le 28 avril à Albi : un homme de 43 ans meurt dans une cellule de dégrisement  au commissariat
  • Le 1 mai à Saint Denis : Romain est mort dans une cellule de dégrisement 
  • Le 7 mai à Grenoble : un homme chute du 5ème étage d’un immeuble étant poursuivi par la police

Sans compter les nombreux.seuses blessé.e.s graves comme : 

  • Le 19 mars à Torcy : Chems, 19 ans est étranglé par un policier lors d’un contrôle d’attestation
  • Le 19 mars à Aubervilliers : Ramatoulaye, 19 ans est frappée, insultée et tasée lors d’un contrôle par huit policier.e.s qui décident que son attestation manuscrite ne suffit pas
  • Le 23 mars aux Ulis : Yassin est roué de coups de pieds et matraques par la police alors qu’il sort de son immeuble pour acheter du pain 
  • Le 24 mars aus Ulis : Sofiane a été passé à tabac pour oubli d’attestation 
  • Le 1er avril à Montceau les Mines : Walid qui est sorti s'acheter à manger est bloqué, gazé et frappé 
  • Le 4 avril à Chanteloup-ls-Vignes : une fillette de 5 ans est gravement blessée à la tête par un tir policier 
  • Le 4 avril aux Lilas : Mohamed subi deux contrôles de la part des mêmes agents à quelques minutes d’intervalle alors qu’il est en règle. il est frappé est tasé.
  • Le 8 avril près d’Orléans : un adolescent de 13 ans se fait casser les côtes lors d’une arrestation
  • Le 10 avril 2020 à Saint-Pierre-des-Corps : un homme est gazé, étranglé et frappé pour avoir filmé le comportement des policiers lors du contrôle de son attestation
  • Le 19 avril à Dammarie-les-Lys : des policiers de la BAC écrasent les parties génitales d’un homme menotté à terre
  • Le 22 avril à Limoges : un homme reçoit un tir de LBD a bout portant avant d’être tabassé au sol pour non respect du confinement
  • Le 24 avril  à Toulouse : Olivier est tabassé à coups de muselière, lui faisant perdre des dents, et arrêté
  • Le 25 avril à l’Ile-Saint-Denis : des policier.e.s sont filmés en train d’arrêter Samir, un homme Égyptien en disant : « un bicot ça nage pas ». Des bruits de coups et de rire sont enregistrés. Samir a depuis reçu une obligation de quitter le territoire.
  • Le 1er mai à Toulouse : Fefe et Zack, deux adolescents sont frappés par six policiers. Fefe est menacé de mort. Zack a le nez cassé. 
  • Le 6 mai à Barbès : Medhi, un travailleur sans papiers dans la sécurité contre les incendies, a été tabassé et placé en centre de rétention par les forces de l’ordre. 

Pourtant, selon Eric Ciotti, député Les Républicains, il n’y a pas de violences policières mais “avant tout, c’est les policiers qui subissent [la violence]” et un policier bashing. Le syndicat Alliance, appelle à “protéger les policiers”.
Désormais, Ciotti et une trentaine de députés LR proposent une loi qui vise à interdire la diffusion d’images et vidéos de policiers sous peine de 15 000 euros d’amende et 1 an d’emprisonnement. Une telle proposition avait déjà été avancée par le Républicain Jean Pierre Grand en 2019. C’est donc la deuxième proposition en quelques mois.
De façon informelle, la police entravait déjà le travail d'observateurs de violences policières notamment lors de manifestation en confisquant leur matériel, les verbalisant et en les agressant physiquement comme en témoignent la Ligue des droits de l’Homme et Amnesty International. Ces dernières années les intimidations envers les journalistes qui filment ces violences se sont multipliées.
Si le cadre juridique venait à interdire toute possibilité de documenter ces actes, les violences à l'égard des journalistes qui tenteraient quand même de faire leur travail, seraient légitimées.
La police est un service public qui doit être soumise au contrôle des citoyens. Le droit à la transparence totale doit obligatoirement être respecté. Le fait que les policiers soient identifiables est une garantie démocratique. La documentation de ces violences -tant citoyenne que journalistique- est nécessaire pour rendre visibles ces violences et permettre des actions en justice pour condamner tout abus. Cette proposition en s’opposant à la liberté d’informer et à la liberté de la presse porte donc atteinte aux droits fondamentaux.

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