rfelli
Chercheur en science politique
Abonné·e de Mediapart

41 Billets

0 Édition

Billet de blog 3 juil. 2013

rfelli
Chercheur en science politique
Abonné·e de Mediapart

Un mensonge à 120 millions de dollars

rfelli
Chercheur en science politique
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La planète continue d’aller mal. Et le demi-échec des négociations climatiques internationales, tenues au Qatar en décembre dernier, n’augure rien de bon pour la suite. Le nombre des rares Etats prêts à s’engager pour des réductions effectives de leurs émissions de gaz à effet de serre diminue encore, tandis que les plus gros pollueurs triomphent. Aujourd’hui, le protocole de Kyoto, seul accord contraignant en droit international, ne couve guère que 15% des émissions globales de gaz à effet de serre. Les négociateurs ont réussi à se mettre d’accord sur le fait de renégocier à partir de 2015 un nouvel accord international qui entrerait en vigueur en 2020. Autrement dit, le changement, ce n’est pas tout à fait maintenant.

Les Etats-Unis jouent un rôle absolument central dans ce processus. Sans une action décisive de leur part, rien d’important ne se fera. L’évolution de la politique américaine en matière de politiques environnementales, et climatiques en particulier, doit donc être l’objet de notre attention. Vu d’Europe, nous avons de la peine à imaginer la teneur des débats aux Etats-Unis à ce sujet. Si, ici, nos pays ne mènent pas une action encore suffisamment forte, au moins existe-t-il un large consensus sur la réalité du problème et la nécessité d’y faire face. Rien de cela aux Etats-Unis, où le débat est encore dominé par les voix «climato-sceptiques», celles de ceux qui mettent en doute la réalité du changement climatique, ou plus encore le rôle que les Humains jouent dans ce processus.

Longtemps encouragés par certains lobbys de l’industrie pétrolière, les think tanks conservateurs continuent d’influencer le débat en dénigrant régulièrement la science du changement climatique, au nom de la défense du mode de vie fondé sur la bagnole et la consommation à tous crins. Le quotidien britannique The Guardian (14 février 2013) vient de révéler qu’entre 2002 et 2010 un groupe de milliardaires anonymes a versé secrètement plus de 120 millions de dollars à des think tanks et autres groupes de pression américains visant à nier l’existence du changement climatique, ou à bloquer toute action politique cherchant à réduire des émissions de gaz à effet de serre. Et ça marche, puisqu’une grande part de l’opinion publique américaine est convaincue que le changement climatique est une invention aspirant à faire progresser la cause du communisme au pays de la Liberté. Dans ce contexte, on comprend mieux la difficulté qu’a l’administration Obama pour faire avancer, même de manière extrêmement timide, la régulation de l’environnement. Et la cause de la démocratie n’est guère avancée non plus quand les milliardaires qui peuvent ainsi influencer l’opinion publique se retranchent derrière l’anonymat.

Face à cela, on ne peut guère compter que sur le mouvement social pour s’opposer à l’accroissement de la catastrophe climatique aux Etats-Unis. Dimanche dernier, près de 35 000 personnes se sont réunies à Washington pour demander au Congrès et au président de renoncer à soutenir «Keystone XL», un projet de pipeline mammouth qui permettrait de transporter le pétrole extrait des schistes bitumineux canadiens jusqu’au Texas. Les écologistes, syndicalistes et militant-e-s de gauche ont déjà réussi à faire capoter une première version de ce projet il y a un peu plus d’une année, mais l’industrie pétrolière est revenue à la charge. On sait qu’elle ne recule devant rien pour défendre ses profits.

Romain Felli

Publié dans Le Courrier, 24 février 2013.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Lula se présente en apaiseur des années Bolsonaro
Dimanche 2 octobre, les Brésiliens choisissent entre Jair Bolsonaro et Lula da Silva. Après un mandat marqué par les violences et une politique favorable aux plus riches, l'ancien chef d’état affirme vouloir réconcilier le pays. Avec l’espoir de l’emporter dès le premier tour.
par François Bougon
Journal — Santé
En ville, à la mer et à la montagne : là où se trouvent les oasis médicaux
Cause sans cesse perdue, la lutte contre les déserts médicaux masque une autre réalité : les médecins libéraux s’installent toujours plus nombreux comme spécialistes dans quelques zones privilégiées. Ils sont aussi toujours plus nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires.
par Caroline Coq-Chodorge et Donatien Huet
Journal — France
Télémédecine : derrière « Sauv Life », le business contestable d’un médecin de l’AP-HP
Pour désengorger les urgences, le ministre de la santé pousse les « unités mobiles de télémédecine », officiellement opérées par une association, Sauv Life, qui envoie, via le 15, des infirmiers dotés de mallettes de télémédecine au chevet des patients. En coulisses, cette expérimentation soulève des questions sur le niveau du service rendu, le coût et les procédures de commande publique. Contre-enquête sur un chouchou des médias.
par Stéphanie Fontaine
Journal — Terrorisme
Une section informatique aveugle à ses propres alertes
Dans les deux années précédant la tuerie à la préfecture de police, les alertes se sont multipliées au sein de la « S21 », la section où travaillait Mickaël Harpon. Sans jamais que cela ne porte à conséquence pour le futur terroriste.
par Matthieu Suc

La sélection du Club

Billet de blog
L'affrontement bolsonariste du « Bien » contre le « Mal » : erreur philosophique et faux antagonisme
[Rediffusion] Au Brésil, les fanatisés bolsonaristes se présentent en porteurs du bien. Si toute réalité humaine porte, mélangées ensemble, les dimensions de bien et de mal, lorsqu'un groupe fanatique et son chef optent pour la haine, l'esprit de vengeance, le mensonge, la violence, la magnification de la dictature et la torture à l'aide de fake news, ils ne peuvent pas prétendre « nous sommes des hommes bons ».
par Leonardo Boff
Billet de blog
Les élections au Brésil : changement de cap, ou prélude à un coup d’État ?
Les élections qui se dérouleront au Brésil les 2 et 30 octobre prochain auront un impact énorme pour les Brésiliens, mais aussi pour le reste du monde, tant les programmes des deux principaux candidats s’opposent. Tous les sondages indiquent que Lula sera élu, mais la question qui hante les Brésiliens est de savoir si l’armée acceptera la défaite de Bolsonaro. Par Michel Gevers.
par Carta Academica
Billet de blog
Billet du Brésil #5 / Dimanche, un coup d’État est-il possible ?
S'accrochant au pouvoir, Jair Bolsonaro laisse planer le doute sur l'éventualité d'un coup d'Etat, en cas de défaite aux élections. Mais les conditions sont-elles vraiment réunies pour garantir son succès ?
par Timotinho
Billet de blog
Brésil : lettre ouverte aux membres du Tribunal Supérieur Électoral
En notre qualité d’avocats de Monsieur Lula nous avions interpellé sur l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques à l’origine des poursuites et de la détention arbitraires subies par notre client. Nous dénonçons les attaques ignominieuses de Monsieur Bolsonaro à l’encontre de Monsieur Lula et sa remise en cause systématique de décisions judiciaires l’ayant définitivement mis hors de cause. Par William Bourdon et Amélie Lefebvre.
par w.bourdon