COMMENTAIRE _ Au Portugal, le récit des «grandes découvertes» remis en cause

Encore, aujourd'hui, pas d'excuses, pas de regrets, bien au contraire. Encore aujourd’hui les Portugais, au sein de ma famille aussi, sont silencieusement racistes, fiers de leur passé. Encore aujourd'hui, les Portugais ne se demandent pas, pourquoi certains monuments qui glorifient l'esclavage, l'impérialisme, le racisme et le fascisme restent ouverts au public.

Entre les commentaires plus conscients et les commentaires "à la con", je vous laisse un petit témoignage d'un Portugais fis d’immigré d'Angola.

Mon père, portugais, ses parents étaient déjà en Afrique. Apparemment, ils avaient une ferme digne d'une famille de colonisateurs, j’étais jamais la bas, je le sais par des photos et des histoires. Mon père et sa famille décident de partir d'Angola, car la guerre qu'avais éclaté depuis 1961 devenait "dangereuse" pour les Portugais sur place. L’Angola trouvera l'indépendance en 1975, après 15 ans de lutte et des milliers de morts et des milliers de personnes mutilées.

Je suis née au Portugal, en 1981, mon père, après avoir marié ma mère, retournera à la petite maison de ses parents au Portugal. Comme beaucoup de portugais et portugaises qu'on appelle "os returnados" (les retournes), leur richesse était en Afrique (pour leur propre dégoût). Submergés dans une situation économique difficile pour la famille, je me vois ainsi à fréquenter l'école dans les quartiers populaires de Setubal, Bela Vista (déjà super gentrifié), avec des noires, les gitans, les gens issues des classes défavorises. Je découvre ainsi un monde assez plate économiquement, mais très hétérogène culturellement. Je découvre un monde remplie de violence sociale et institutionnel, un mécanisme social que casse la solidarité dans le quartier et amène les gens à se battre entre eux. Ceux et celles qui essayent d'intégrer le système à tout pris et ceux et celles qui se rebellent contre cette violence sociale institutionnalisée.

L'histoire pourrait avoir sa analogie en France, avec les Algériens, dans les quartiers populaires. Qu’après la guerre, face à dévastation de leur pays, cherchent refuge et de l'espoir d'une vie meilleur dans le pays qui les a colonise, volé leur ressources, tue leurs hommes en bataille et viole leurs femmes dans à l'ombre de la violence de la guerre. Je ne sais pas si ça s'oublie...

Pour les africains issues d'Angola, Mozambique et Guinée Bissau, voila le même triste destin. Le rêve de meilleurs conditions de vie, fini dans les cages à beton, isolées de la société, stigmatisées, abandonnés à un entre-eux.

Salazar, accroché aux ressources et à la main d’œuvre africaine, ni les critiques de la communauté internationale, ni la pression du mouvement africain d'indépendance a cassé son ambition colonialiste. Seront, les militaires portugais, empoisonnes par la guerre, qui cherchèrent le médicament pour la maladie. Au Portugal la joie! Les familles retrouvent leurs bien aimes. Mais, de autre côte, la vérité est que les "retounados" pleurent la perte des colonies. Encore dans les années 2000, je pourrais entendre les plus âgées à se plaindre "que laisser les colonies fut une erreur", "les noirs ne savent pas s'organiser", "des paresseux".


Pour revenir à l'école, jusqu'au moment que j’ai fini mes études archéologie, jamais j'ai entendu ou lu que le colonialisme portugais dans le monde fut une erreur, d'une violence incroyable. Non, depuis le XV siècle, "Os Descobrimentos" son un achèvement extraordinaire, qui exalte le caractère aventurier du people Portugais. Un acte de courage face à l'adversité des océans e des nouveaux territoires. Une aide au développement des pays barbares avec la religion, la médecine, les écoles... Maintenant mettez vous à la place d'un etudient.e noire au Portugal... Comment encaisser ça.

Encore, aujourd'hui, pas d'excuses, pas de regrets, bien au contraire. Encore aujourd’hui les Portugais, au sein de ma famille aussi, sont silencieusement racistes, fiers de leur passé. Encore aujourd'hui, les Portugais ne se demandent pas, pourquoi certains monuments qui glorifient l'esclavage, l'impérialisme, le racisme et le fascisme restent ouverts au public.

Encore aujourd'hui le Portugal entraîne une promiscuité avec les hautes classes angolaises et Mozambicaines, pour ainsi continuer à vampiriser le people africain, leurs terres, leurs ressources. Exactement comme avant, ou les portugais payent aux africains pour les aider dans l'esclavagisme, dans la destruction de la culture africaine.

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