Quand l’extrême droite prolifère dans la police

C’est au travers d’une large panoplie de signes, insignes, symboles, slogans, etc, que des policiers visiblement sans honte ni crainte de leur hiérarchie, affichent publiquement, leur amour de la violence, du thème de la vengeance, et parfois, du racisme, de la mort, voire des idéologies nazie ou fasciste.

 

Non. L’article 113-18 prohibe le port sur la tenue d’uniforme de tout élément, signe, ou insigne, qui puisse être en rapport avec tout type d’appartenance à une organisation politique, syndicale, confessionnelle ou associative.

La loi est précise, néanmoins, des policiers continuent à exhiber dans l’exercice de leurs fonctions et sur la place publique leur affection pour des symboles d’extrême droite. A plusieurs reprises, des policiers de différentes compagnies (police nationale, CRS ou BAC) ont été rappelés à la loi. Néanmoins, malgré ces rappels, soit du Ministre de l’Intérieur ou des préfets de police, les forces de l’ordre n’arrivent pas à purger ces agents qui méprisent les principes de la neutralité politique.

C'est au travers d'une large panoplie de signes, insignes, symboles, slogans, etc, que des policiers visiblement sans honte ni crainte de leur hiérarchie, affichent publiquement, leur amour de la violence, du thème de la vengeance, et parfois, du racisme, de la mort, voire des idéologies fascistes ou nazis. Comportements chez la police, tellement gênants, que même le journal (centre-droit) le Point les exposé dans l'article : Des nazis dans la police. Ces agents de police, en totale adoration de l'extrême droite, cherchent des symboles qui puissent définir et représenter leur identité. Ils s'identifient à des personnages de BD Marvel ou DC Comics, ils sont un Punisher, un Captain America.

Les affaires de Dieu et de la Guerre

Ces agents de la police aveuglés par le repli identitaire, deviennent des Templiers, des Spartiates. Le “Force et Honneur” qui émerge du militantisme au sein du Front national/Rassemblement National ou d’autres slogans d’extrême droite, débordent au sein de la police. D’autres agents arborent aussi la fleur de lys, symbole de la monarchie française, de la chrétienté.

Policier à Manosque le  17 mai 2016 – Tete de mort et Fleur de Lys.

Policier à Manosque le  17 mai 2016 – Écusson sur le bras droit du policier « Le pardon est l’affaire de Dieu – Notre rôle est d’organiser la rencontre » http://www.anti-k.org/2018/04/05/la-symbolique-fasciste-a-la-mode-dans-la-police/

« Le pardon est l’affaire de Dieu – notre rôle est d’organiser la rencontre »

 

Que pouvons nous interpréter de ces mots sur l’écusson ?

Depuis des années, plusieurs photos ou vidéos ont tourné sur les réseaux sociaux dénonçant l’utilisation de symboles d’extrême droite non-conformes à la loi. Nous ne pouvons pas négliger le pouvoir que ces “écussons” avec des têtes de mort et autres insignes ont sur les citoyens. Il faut avoir en tête que la symbologie derrière ces symboles est très méconnue pour une grande partie de la population. Dans une situation où la police intervient, le calme, le respect et la neutralité religieuse, politique, de genre, ou sexuelle, sont des facteurs exigés très importants pour éviter l’escalade de la violence. Lorsqu’un.e citoyen.ne face à la police aperçoit une tête-de-mort sur la tenue d’uniforme du policier, des mots qu’il ne comprend pas, le logo du FN, le holster avec un guerrier templier, ou des tatouages chrétiens, cela peut-être choquant et déclencher la peur. Encore pire, pour les communautés musulmanes en France, les réfugiés, les sans-papiers, les gens du voyages, souvent victimes de contrôles au faciès par la police.

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“Le policier s’est vite rendu compte qu’il attirait les photographes après que j’en ai parlé à mes collègues sur le terrain et il m’a semblé mal à l’aise, je l’ai vu cacher l’autocollant”, se souvient Yann Levy.”

Dans les moments de légitime contestation sociale, les policiers se présentent face aux manifestants comme les garants de l’ordre, les gardiens de la paix. Si, les policiers portent sur le tonfa, le foulard, l’écusson, la tête de mort du Punisher, les manifestants peuvent-ils se sentir en sécurité pour exercer leurs libertés fondamentales ? Non.

Aussi en 2016, dans une manifestation sauvage de policiers à Paris, suivie par le média StreetPolitics, on peut repérer plusieurs symboles souvent utilisés par l’extrême droite sur les uniformes. En 2020, un journaliste de StreetPolitics dénonce l’achat d’un écusson pour la “Bac de nuit du 8eme” avec une créature qui porte le logo du FN sur son bras. Rien d’étrange, car déjà en mars 2017, en pleine période électorale, une étude Ifop dévoilait que “44% des membres des forces de l’ordre déclaraient leur intention de voter pour Marine Le Pen.” .

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En 2018, encore plusieurs symboles utilisés par l’extrême droite, seront identifiés sur la tenue d’uniforme des policiers. En mai, sur une photo du journaliste Taha Bouhafs, on voit un CRS qui décore son uniforme avec l’insigne, ΜΟΛΩΝ ΛΑΒΕ, du grec – “viens prendre”, référence à la bataille des Thermopyles, quand les armées perses demandent aux Spartiates de déposer leurs armes, et le Roi Léonidas leur répond : « Venez les prendre ». Ce sont des insignes grecques, comme le “Lambda”, en vogue chez les groupuscules d’extrême droite comme la “Génération Identitaire”. Le ΜΟΛΩΝ ΛΑΒΕ, était aussi utilisé, surtout par des forces militaires, en Grèce et aux États-Unis pendant la guerre de l’indépendance, et il est utilisé plus tard comme slogan du lobby pro-arme américain.

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Lien sur l’image.

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Le portrait plus angoissant de cet amour pour la violence, toujours dans l’imaginaire grec, est le fait que l’insigne officiel d’une des compagnies présentes le jour où les étudiant.e.s de Mantes la Jolie ont été mis à genoux, portait l’écusson avec le casque spartiate. Effectivement, on parle de violence et de punition “in situ “, dans laquelle les étudiant.e.s ont du supporter la douleur et l’humiliation des policiers. Pour info, l’IGPN, après enquête, n’arrive pas à accuser les policiers d’aucun type de violence policière.

Sur le Checknews de Libé, au sujet du casque spartiate : “Rien d’étonnant à cela, puisque selon la préfecture des Yvelines, il s’agit «depuis très longtemps» de l’insigne officiel de la CSI (compagnie de sécurisation et d’intervention) du département, qui est intervenue hier. «C’est une compagnie de maintien de l’ordre, ils travaillent parfois avec des casques. Ils ont un casque sur leur uniforme, quel est le problème?», dit la préfecture.” Sur un article du Figaro : Une petite ville bretonne s’inquiète d’une possible réunion néonazie, qui touche le sujet des franges radicales de l’extrême droite, Le Figaro identifie le même casque spartiate comme symbole de la “division nationaliste”.

En Amérique, le mouvement suprémaciste blanc Identity Evropa, n’echappe pas au scan de la plate-forme colaborative PHAROS. Lors des manifestations de Berkeley en avril 2017, la plate-forme colaborative PHAROS (espace où les érudits classiques et le public en général, peuvent s’informer sur les appropriations de l’antiquité gréco-romaine par des groupes haineux) explique que ces symboles sont utilisés par “les partisans de la théorie du «génocide blanc», soutenant des opinions anti-gay, anti-immigrés, antisémites et anti-féministes”.

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ACTE-70 Paris – Tout une compagnie de la Gendarmerie, porte un écusson ou nous pouvons identifier le casque spartiate et la Fleur-de-Lys.

 

La violence de la BD

Laissons l’imaginaire grec, et passons au monde de la BD, avec le Punisher. Ce justicier, rempli de soif de vengeance a mérité d’abord l’empathie de l’extrême droite américaine, puis, est devenu la mode, en France dans la fachosphère. La tête de mort, symbole du vengeur solitaire Punisher, a été identifié au moins à deux reprises sur l’uniforme de policiers français.

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https://www.pinterest.com/lebrunt4/

À Menton en 2018, sur l’écusson, on peut lire une variante, de leur slogan haineux “Dieu jugera nos ennemis, nous organisons la rencontre“. Récemment, en février 2020, un autre policier portait un drapeau français avec le Punisher à l’entrée d’un lycée. La Justice a condamné un gilet jaune de 49 ans, ” boulanger au chômage, à 8 mois de prison avec sursis pour avoir lancé des “suicidez-vous” aux policiers. Il devra également effectuer 180 heures de travaux d’intérêt général et verser 500 euros aux deux agents qui ont porté plainte. Mais quand la police appelle à la mort des “ennemis”, où sont les sanctions ?

Mais qui sont ses “ennemis“?

Les terroristes ? Les Arabes ? Les noirs ? À Menton ou à Nice, certainement, les réfugiés ? Ou les Anarchistes ? Qui depuis le 19ème siècle se font persécuter, qualifier de terroristes, et qui méritent d’être sur l’écusson anti-anarchiste (chat et “AVP pour accident de la voie publique, RABIO pour les heures supplémentaires et DCD pour décédés) d’un policier à Bordeaux en 2017.

Gaspard Glanz – Taranis News

Cet amour de l’idéologie fasciste ou nazie a été démontré plusieurs fois. En 2011, la CGT portait plainte après la découverte d’une affiche montrant “Hitler faisant le salut nazi” dans des locaux de la CRS de Perpignan. En 2019, un agent quitte la police. Selon son témoignage paru dans un article de Mediapart, “il venait de commencer sa carrière dans une unité de la gare du Nord, à Paris. Entre références à Hitler et ultravirilisme, il raconte un quotidien marqué par l’ennui, les magouilles et la violence. Et comment la sensation de devenir « violent et raciste » l’a fait renoncer au métier”.

Plus tard au mois d’août, @GaelBriand publie sur Twitter la photo d’un écusson de la Brigade anti-criminalité de Lorient (Morbihan), avec le sous-marin allemand U-Boot type VII, modèle le plus utilisé par l’armée de l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Les écussons de la police avant utilisation doivent être validés par la Direction départementale, puis la Direction générale, Décret n° 2004-102 du 30 janvier 2004. Pour les deux spécialistes en écussons de LCI, il s’agit certainement d’une simple erreur de sous-marin lorsque l’image a été choisie, une erreur difficile à croire.

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Pour recentrer le sujet, rien n’empêche les policiers dans leur vie privée, d’appartenir à l’extrême droite. Cependant, le problème ici évoqué, est, quand les policiers utilisent leur profession pour faire la propagande de leurs convictions personnelles.

Sur les prochains cas, deux policiers expriment pendant l’exercice de leur fonction, à travers des tatouages et des accessoires, leur amour pour la religion. Sur la première photo, prise à Marseille à l’été 2019, on peut voir un policier de la BAC, qui au-delà de porter ses grenades (CS et GMD) de manière non-réglementaire, exhibe ses tatouages. Le tatouage sur son bras droit est un des symboles les plus connus du christianisme, le Chrisme (“le Christ”) avec l’Α-Alpha et l’Ω-Omega (le Christ est le début et la fin).

Le seconde policier, un agent de la Bac à Paris, se balade en plein été à côté des manifestants (manifestation des gilets jaunes), avec son holster super personnalisé. La récupération de l’idéal templier par l’extrême droite est très connue. Pour le policier, ces guerriers templiers ont anéanti la menace musulmane en Europe et ont permis au christianisme de se renouveler. Ce policier ignore-t-il que les croisades ont fauché quelques 3.000.000 de vies en près de 200 ans ? Les croisades sont-elles vraiment un événement à glorifier ? Sommes-nous là devant un policier islamophobe ?

Ce policier, est décidément bien décoré. Son tatouage, le bouclier du Captain America, renvoie d’abord à l’identité chrétienne puis au nationalisme, et n’a pas lui non plus échappé à la récupération des groupuscules d’extrême droite.

L’evidente stupidité et le confusionnisme, qui inquiètent des lecteurs de BD plus politisés, est incarné par la “far-right” américaine, qui recupère ce personnage Marvel, ignorant que Captain America est Anti-Nazi (il lutte spécialement contre l’agent Nazi Johann Schmidt, appelé Crâne rouge). L’ineptie, mais aussi la base de cette croyance fasciste, est que Captain America le vrai patriote, dans les comics, depuis 2001, fait la guerre aux terroristes, pour faire “short”, au monde arabe. Voilà le lien.

C’est ainsi que les fascistes américains adoptent Capitain America comme leur symbole. Car aujourd’hui il est un symbole supra-nationaliste, mais aussi de la lutte contre le terrorisme musulman et par conséquent, un symbole anti-migration. Ce “delirium tremens“, qui met à nu le travail politique derrière les comics americans finit par un paradoxe: Crâne rouge, le nazi, est aussi anti-migration… Lutter contre un ennemi qui partage la même opinion politique ne doit pas être si difficile…

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https://www.kotaku.com.au/2017/04/marvel-would-like-you-to-know-captain-americas-turn-to-fascism-has-little-to-do-with-politics/

 

POUR REGARDER LES IMAGES EN BONNE QUALITÉ : https://www.lamuledupape.com/2020/05/14/quand-lextreme-droite-prolifere-dans-la-police/

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