Le temps béni des colonies Passé Présent

Dans la partie de dialogue entre Coulibaly et un des otages, enregistrée par une radio grâce à un téléphone mal raccroché, on entend qu’au-delà des confusions et amalgames, les motivations qu’il mettait en avant étaient politiques : les guerres menées par la France.

Une récente circulaire de l’éducation nationale, censée aider à traquer les futurs djihadistes dans les établissements scolaires qualifiait de « rhétorique », permettant de les repérer, leur sensibilité à l’injustice en citant les guerres et la Palestine. Ainsi le problème ne serait pas la colonisation en Israël et les massacres à Gaza mais le fait de s’en émouvoir. En renvoyant sans fin la question des attentats à une question « ethnico-religieuse », on évacue toute réflexion critique autour des racines sociales et politiques de la situation actuelle, et on se condamne à une rhétorique de l’ennemi intérieur qui renforcera le problème que l’on est censé vouloir résoudre. Si l’on veut réellement qu’un jour il n’y ait plus dans l’imaginaire et dans la réalité deux « camps », celui des ex-colonisés et celui des ex-colons, l’analyse la plus froide et la plus contradictoire possible de notre histoire est indispensable.

Celle qui est présentée ci-après a été faite par un collectif montpelliérain en 2007. Elle s’est attachée à dégager au maximum des faits bruts. Elle vaut pour la période plus récente, les éléments dégagés sur la partie dédiée à la Françafrique étant toujours d’actualité, même si, pour ce qui concerne la France, il faudrait sans doute y inclure une moindre présence économique (en raison de la concurrence chinoise et américaine) et un plus grand engagement militaire (Côte d’Ivoire, Lybie, Mali, Centrafrique, Tchad, Irak, Syrie, Sahel avec l’Africom…)

 

 

 

Massacrer

► 1099 : sac de Jérusalem par les croisés. Plusieurs dizaines de milliers de morts.

► Du XVIème au XIXème siècle, les Indiens d’Amérique du Sud et du Nord meurent par dizaines de millions(massacres, travail forcé, colonisation, déportations, maladies)

► Du XVIème au XIXèmesiècle, traite négrière, 12 à 17 millions d’esclaves déportés par les Européens, des millions de morts

► 1671 : répression du marronnage en Martinique

► 1685 : Code Noir

► 1788-1901 : la population des aborigènes d’Australie passe de 750 000 à 94.000

► 1791 : exécution par le supplice de la roue des mulâtres Ogé et Chavannes (Haïti)

► 1801-1803 : massacres ordonnés par Napoléon 1er pour rétablir l’esclavage (Haïti, Guadeloupe), des dizaines de milliers de morts

► 1803 : mort en prison de Toussaint Louverture (Haïti) ; état indépendant d’Haïti condamné à verser aux anciens maîtres d’esclaves 90 millions de franc-or, équivalent à 10 ans de revenus.

► 1830 : Conquête de l’Algérie

► 1845 : « enfumades » de la grotte de Ghar-el-Frechih (Algérie). 1000 morts

► 1857 : massacres des Cipayes révoltés, plusieurs centaines de morts (Inde)

► 1870 : 800 tirailleurs algériens sacrifiés le 6 août pour couvrir la retraite de l’armée française.

► 1871 : début du génocide en Nouvelle-Calédonie (les 2/3 de la population)

► 1871 :répression de l’insurrection en Kabylie, plus de 20.000 morts, des milliers de déportés, terres confisquées, amende de 36 millions de francs-or

► 1876-1902 : de 30 à 60 millions de morts par la famine consécutive aux sécheresses (Inde, Chine, Afrique et Brésil) suite à la gestion coloniale des ressources (marché libre des céréales, destruction des communautés villageoises)

1884-85 : Conférence de Berlin, 14 puissances européennes dépècent et se partagent l’Afrique : libre accès aux ressources et concertation pour conquérir un territoire (le roi des Belges s’approprie le Congo [Kinshasa] avec le soutien de la France qui s’y voit reconnaître un « droit de préférence »)

► 1890 : massacre à Ouossébougou (Soudan/Mali)

► 1890-1920 : massacres-génocide aux Congo belge et français, 10 à 13 millions de morts, la moitié de la population

► 1892 : pillage et incendie d’Abomey (Dahomey/Bénin)

► 1896 : exécution, pour l’exemple, du ministre Rainandriamampandry (Madagascar)

► 1898 : mise à sac de Sikasso (Soudan/Mali)

► 1898-99 : Mission  Voulet - Chanoine, du Sénégal au Tchad, mise à sac de nombreux villages dont Sansanné-Haoussa et massacre de Birni-N’Konni (Soudan/Mali)

► 1904 : exécution mise en spectacle d’un suspect déchiqueté par une cartouche de dynamite attachée à son cou et organisation de camps d’otages (femmes et enfants, qui y meurent de faim) destinés à convaincre les hommes de fournir gratuitement leur travail. (Oubangui-Chari/ République de Centrafrique)

► 1904 : quasi extermination des Herreros (Namibie), le terme de « camps de concentration » employé pour la première fois.

► 1916 : répression de la révolte des Bani-Volta, environ 30.000 morts (Haute-Volta/Burkina Faso)

► 1917 : tirailleurs « sénégalais » (originaires du Soudan, de Haute-Volta et de Côte-d’Ivoire) incorporés de force, mis en première ligne et sacrifiés au Chemin des Dames le 16 avril.

► 1921-1934 : travail forcé pour la construction du Chemin de fer Congo-Océan (Brazzaville-Pointe-Noire, 502 km), plusieurs dizaines de milliers de morts.

► 1925-1926 : ceux qui refusent de récolter le caoutchouc sont condamnés par des agents de la Compagnie Forestière Sanga-Oubangui à tourner toute une journée en portant de lourdes poutres de bois (un mort au bout de trois heures) ; répression pour les mêmes raisons par les mêmes chez les « Bayas », un millier de morts (les gardes devaient apporter oreilles et parties génitales des victimes), les villages étaient brûlés et les plantations arrachées (Oubangui-Chari) ; massacre chez les « Bofis » de Bodembéré qui refusaient d’abandonner leurs cultures, 32 morts (Oubangui-Chari)

► 1930 : bombardement par avions des habitants venus demander une baisse d’impôts, puis de leurs villages, plusieurs milliers de morts (Viêt-nam)

► 1943 : répression d’une émeute à Philippeville/Skikda, une trentaine de morts (Algérie)

► 1944 : répression de Rabat-Salé et Fès, entre 30 et 60 morts (Maroc

► 1944 : massacre de Thiaroye, bombardement du camp de tirailleurs « sénégalais » réclamant leur solde, une soixantaine de morts ou plus (Sénégal)

► 1945 : massacres de Sétif et Guelma par l’armée, la police et les milices de colons européens. 103 morts européens et de 20.000 à 40.000 morts « indigènes » (Algérie)

► 1945 : colons et patrons tirent sur des grévistes, 80 morts (estimation officielle) (Cameroun)

► 1945 : 5 morts pour avoir manifesté contre la fraude électorale à Conakry (Guinée)

► 1947 : massacres de Moramanga par l’armée, 2.000 morts environ en mars, 165 otages abattus en mai (Madagascar) ; la répression de l’insurrection malgache en 1947 fera au moins 89.000 morts (estimation du commandant en chef de l’armée)

►1947 : tuerie par l’armée, plus de 60 morts (Maroc)

►1948 : torture et condamnation à mort de parlementaires malgaches accusés, à tort, d’être à l’origine de la révolte de 1947.

► Années 50 : répression de l’insurrection des Mau-Mau au Kenya, environ 100.000 morts (Kenya)

► 1950 : fusillades à Bouaflé, Dimbokro et Séguéla, 20 morts (Côte-d’Ivoire)

► 1952 : répression des grèves et manifestations à Sousse, 17 morts ; assassinat de Farhat Hached, dirigeant de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens  (Tunisie)

► 1952 : répression sanglante des manifestations de protestations contre l’assassinat de Farhat Hached à Casablanca (Maroc)

► 1953 : la police tire sur des manifestants algériens participant au défilé de la CGT à Paris le 14 juillet, 6 morts (le secrétaire général de la Préfecture se nomme Maurice Papon)

► 1954-1962 : guerre d’Algérie, des centaines de milliers de morts

► 1954 : le Ministre de l’Intérieur français, François Mitterrand « pacifie » l’Algérie au lance-flammes : villages mitraillés, maisons incendiées, milliers de personnes déplacées dans des « zones de regroupement » (Algérie)

► 1955 : le cas d’Adad Ali, conseiller municipal d’Alger arrêté et torturé, met à jour la pratique régulière de la torture dans les interrogatoires par la police française ; plusieurs milliers de morts (1273 officiellement, vraisemblablement autour de 12.000, par exécution massive de prisonniers notamment) en répression à une émeute à Philippeville, où l’officier de renseignement a pour nom Paul Aussaresses. Des milices de colons participent à la répression. (Algérie)

► 1956 : bombardement au djebel Bou-Kammech, blessés égorgés au couteau de cuisine (Algérie)

► 1957 : 41 morts, enfermés et asphyxiés dans une cave à vin par le lieutenant Curutchet (qui deviendra un des chefs de l’OAS) ; ensuite 37 morts dans des conditions identiques à Mercier-Lacombe et à Mouzaiaville (Algérie)

► 1957 : assassinat de Maurice Audin par les paras (Algérie)

► 1957 : Louisette Ighilahriz, membre de l’ALN, grièvement blessée lors d’un combat, est torturée du 28 septembre au 26 décembre, en présence du colonel Bigeard (Algérie)

► 1958-1962 : Indépendances

► De 1958 à nos jours, de nombreux militants et dirigeants indépendantistes ou voulant rompre avec le néocolonialisme sont assassinés : Ruben Um Nyobé, Félix Moumié, Ossendé Afana, Ernest Ouandié (Cameroun), Patrice Lumumba (Congo ex-belge), Sylvanus Olympio (Togo), Ben Barka (Maroc), Outel  Bono (Tchad), Thomas Sankara (Burkina-Faso), Dulcie September (Afrique du Sud) …

► Fin  années 50- milieu années 60 : massacres- génocide des Bamiléké (Cameroun) 300 à 400.000 morts

► 1958 : les « corvées de bois », assassinats de prisonniers torturés, se multiplient en Algérie.

► 1960 : trois prisonniers égorgés par l’armée au sud de Djidjelli (Algérie)

► 1960 : répression de la manifestation pacifique de Sharpeville, une centaine de morts (Afrique du Sud)

► 1961 : massacre de manifestants algériens par la police de M. Papon à Paris (200 à 300 morts).

► 1962 : 25 personnes asphyxiées dans un wagon entre Douala et Yaoundé (Cameroun)

► 1964 : 15 morts par l’armée française venue rétablir l’homme choisi par la France (Gabon).

► 1967-70 : « sécession » du Biafra, 2 à 3 millions de morts (Nigéria).

► 1976 : répression de la révolte des étudiants et lycéens de Soweto, un millier de morts (Afrique du Sud)

► 1994 : la France forme, arme puis couvre les organisateurs du génocide des Tutsi au Rwanda, prés d’un million de morts (Rwanda)

► Et jusqu’en 2007 : la France impose et soutient des dictateurs africains au mépris de la volonté des populations (élections non  démocratiques au Burkina Faso, Cameroun, Gabon, Togo, Tchad…) avec des milliers de morts, plus de 90.000 morts au Congo Brazza en 1997 pour réintroniser Sassou N’Guesso, et 3 à 4 millions depuis 1996 au Congo Kinshasa (RD Congo).

 

Justifier

            La colonisation, les massacres de combattants et de civils, fusillés, noyés, gazés, les terres volées, les tortures, les humiliations, le fouet, la chicote, les Codes racistes oubliés des livres d’histoire (Code noir de Louis XIV, Code de l’indigénat en 1881), les villages brûlés, les plantations et les récoltes détruites, les famines organisées, les déportations et les camps de regroupement, les hommes jetés vivants des avions, les mutilations de cadavres, les cimetières profanés, les squelettes utilisés pour remblayer les routes et voies ferrées ou servir d’engrais en agriculture ou pour le raffinage du sucre à Marseille, tout cela a été justifié essentiellement par la concurrence entre états impérialistes (Angleterre, France, Allemagne notamment), par la mission « civilisatrice », par les nécessités de l’expansion du commerce et de l’industrie, par l’exportation des pauvres (considérés comme un trop plein de main d’œuvre) et des plus rebelles parmi les classes « dangereuses » (la colonisation pour éviter la révolution sociale). Pour cela, cause et conséquence, il fallait que l’ensemble de la société soit imprégné d’un racisme qui permette de considérer les colonisés comme des êtres inférieurs.

 

     La mission « civilisatrice »

-  « C’est la civilisation qui marche sur la barbarie » V.Hugo (1841)

- « Après tout, le bourgeois moderne, avec la civilisation, l’industrie, l’ordre et les « lumières » qu’il apporte tout de même avec lui, est préférable au seigneur féodal ou au pillard de grand chemin, et à l’état barbare de la société à laquelle ils [les Arabes] appartiennent » F.Engels dans « The Northern Star «  (1848)

-  « Les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… La politique coloniale est fille de la politique industrielle. »  Jules Ferry à l'Assemblée Nationale, le 25 juillet 1885.

- « Sans doute, il faut plaindre les sauvages détruits par les Blancs, mais est-ce que tout progrès n’entraîne pas des souffrances avec lui ?….Les nouveaux Australiens sont plus civilisés et plus éclairés. Le résultat définitif est donc bon. » A.Girault, professeur de droit, dans « Principes de législation coloniale  » (1895)

 

    Les nécessités de l’expansion du commerce et de l’industrie, l’ « espace vital »

-  « …que l’Europe se comprenne elle-même, qu’elle colonise l’Asie et l’Afrique, qu’elle se répande sur ces rivages déserts avec le superflu de son activité » A. de Lamartine dans « Œuvres oratoires et écrits politiques » (1834)

- « Toutes les forces vives de la nation colonisatrice sont accrues par ce débordement de son exubérante activité » P.Leroy-Beaulieu dans « De la colonisation chez les peuples modernes » (1874)

- Un peuple « a le droit de se répandre au-dehors, de s’ouvrir de nouvelles routes pour le jour où son berceau sera devenu trop étroit. » L.Jacolliot, magistrat,dans « Voyage au pays mystérieux » (1887)

 

    Exporter le trop plein de main d’œuvre et de population dangereuse, racisme de classe

-  « Messieurs, voilà la colonisation !…elle préserve le corps politique ou de cette langueur qui l’énerve ou de cette surabondance de forces sans emploi, qui éclate tôt ou tard en révolutions et en catastrophes » A. de Lamartine (1834)

-  les insurgés de juin 1848 étaient surnommés les « Bédouins de la métropole » et V.Hugo rapporte que « lorsque les soldats massacraient les habitants, c’était au cri de Hardi sur les Bédouins ! » (1848)

- « …notre belle Algérie…fera de tout prolétaire un propriétaire conservateur » M. de Bonnal, responsable de personnel à l’administration d’Alger, dans « Rapport à l’empereur sur la colonisation de l’Algérie au point de vue pratique  » (1856)

-  « Une majorité peut employer l’émigration forcée lorsqu’il y a trop-plein de population ; car il vaut mieux que la minorité souffre, que de laisser la majorité souffrir » E.Bodichon républicain modéré, collaborateur de Ledru-Rollin, de Waldeck-Rousseau et de Louis Blanc dans « de l’humanité (1866)

-  « Une nation qui ne colonise pas est vouée au socialisme ». Renan dans « La réforme intellectuelle et morale de la France » (1871)

-  « les couches les plus basses des sociétés européennes sont homologues des êtres primitifs » G. Le Bon dans « Lois psychologiques de l’évolution des peuples » (1889)

 

    Un racisme d’Etat, un racisme fondamental : quelques illustrations

-  Autorisation de l’esclavage, pour les noirs seulement, par le pape Nicolas VI (1454), au motif que leur évangélisation les sauverait du Péché originel

-  Le Code noir de Louis XIV (1685) : bien résumé par l’article 44 (« Déclarons les esclaves être meubles »),il codifie l’esclavage (obligation d’évangélisation, codification des punitions - fouet, enchaînement, marquage au fer rouge, oreilles coupées, jarret coupé, mort -, transmission de l’esclavage aux enfants…)

-  « Avare, cruel, tyran. Quand on a affaire à des sergents, ce sont des arabes qui tirent jusqu’au dernier sou. Les hôteliers de Hollande sont des arabes, ils rançonnent leurs hôtes. »  Définition d’ « Arabe » dans le Dictionnaire universel de Furetière (1690)

-  Le Code noir révisé par Louis XV (1724) : plus dur que celui de 1685, il rend plus difficile l’affranchissement et refuse certaines capacités juridiques aux noirs « libres ».

-  « [les Arabes] sont fiers, avares, vindicatifs et de mauvaise foi…[ont] peu d’intelligence pour le négoce, quoiqu’ils trafiquent continuellement. » Grand dictionnaire historique (1759)

-  « [les Arabes] vivent comme les Tartares, sans règle, sans police, et presque sans société….le larcin, le rapt, le brigandage sont autorisés par leurs chefs…n’ont aucun respect pour la vertu, et de toutes les conventions humaines ils n’ont admis que celles qu’ont produites le fanatisme et la superstition. »  Buffon dans « Histoire naturelle » (17..)

- « Presque toutes [les femmes arabes] répandent au loin une odeur infecte » Abbé Poiret dans « Voyage en Barbarie » (1789)

- « Comment a-t-on pu accorder la liberté à des Africains, à des hommes qui n’avaient aucune civilisation, qui ne savaient seulement pas ce que c’était qu’une colonie… » Napoléon, propos rapportés par A.C.Thibaudeau dans « Mémoires sur le Consulat »

-  « Il faut détruire tous les nègres de la montagne, hommes et femmes, ne garder que les enfants au-dessous de douze ans, détruire la moitié de ceux de la plaine et ne plus laisser dans la colonie un seul homme de couleur qui ait porté l’épaulette ».Lettre de V.E. Leclerc, chargé de rétablir l’esclavage à Saint-Domingue,  à son beau-frère Napoléon (1802)

-  « On variait néanmoins les exécutions. Tantôt on leur tranchait la tête, tantôt un boulet mis à leur pied les entraînait au fond de l’abîme des eaux, tantôt ils étaient étouffés dans les navires par la vapeur du soufre. » A.Métral, racontant l’extermination des habitants en 1802 et 1803 dans « Histoire de l’expédition des Français à Saint-Domingue » (1827) 

-  « Je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de 150 hommes de la garde nationale du Cap. Il est suivi de 28 chiens bouledogues…Je ne dois pas vous laisser ignorer qu’il ne vous sera pas passé en compte ni ration, ni dépense pour la nourriture de ces chiens. Vous devez leur donner à manger des nègres. » D.Rochambeau, général remplaçant Leclerc dans la direction de l’extermination à Saint-Domingue. (lettre du 5 avril 1803)

L’internement administratif : mesure spécifique aux « Arabes », sanction dont sont passibles ceux qui peuvent « créer des difficultés », prise par arrêté ministériel de septembre 1834, étendue aux autres colonieset perpétuée jusqu’au XXème siècle.

- « La race est la prédisposition instinctive, pour ainsi dire physique, c’est la civilisation dans le sang….On peut exterminer certains peuples, on ne peut les changer. » Lamartine, citant les Hébreux, les Bohémiens et les Bédouins, à l’Assemblée nationale (1837)

- « [les Arabes sont] assassins, voleurs, faussaires et tous adonnés à la pédérastie » F.Leblanc de Prébois, saint-cyrien, député de l’Algérie en 1848 (1840)

- «Les « Arabes » se figurent « qu’un musulman décapité par les chrétiens ne peut aller au ciel ; aussi une tête coupée produit-elle une terreur plus forte que la mort de cinquante individus. Il y a longtemps que j’ai compris cela, et je t’assure qu’il ne m’en sort guère d’entre les griffes qui n’aient subi la douce opération » Lieutenant-colonel  L.F. de Montagnac, lettres d’un soldat d’Algérie.(1843)

-  L’amende collective : pratique des militaires en Algérie « légalisée » par une circulaire de Bugeaud en 1844, sanction de communautés entières pour  les « actes d’hostilité » de certains de ses membres.

- « les indigènes » sont « des renards » qu’on doit «fumer à outrance » .  Général Bugeaud, qui ordonnait de les murer au préalable dans des grottes pour mieux les gazer en les enfumant…(1845)

- Le séquestre : spoliation légale en sanction d ‘ « actes d’hostilité », ordonnance spécifique aux « Arabes » du 31/10/1845 suivie de la loi du 17/07/1874

- « Il n’y a ni utilité ni devoir à laisser à nos sujets musulmans des idées exagérées de leur propre importance, ni à leur persuader que nous sommes obligés de les traiter en toutes circonstances…comme s’ils étaient nos égaux » A. de Tocqueville dans « Rapports sur l’Algérie » (1847)

- « si au lieu de cette race [les Arabes] qui outrage la nature et l’humanité par son état social… il n’y en avait pas…, la nature et la civilisation y gagneraient…» « son extinction est…un bien » Bodichon, médecin, dans « Etudes sur l’Algérie et l’Afrique » (1847)

- « La nature a destiné [les négresses] à leurs doubles fonctions de nourrices et de bêtes de somme » Fromentin, peintre et écrivain, dans « Une année dans le Sahel » (1857)

- « La polygamie n’a pas pu prendre racine en Europe, c’est que la monogamie est une loi physique dans les climats froids ou tempérés »  « Lorsque les nègres sont échauffés, il se dégage de leur peau une exsudation huileuse et noirâtre qui tache le linge et répand une odeur désagréable »  Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle (Larousse ) (1866)

- « L’Indien Peau-Rouge, … le Tasmanien, l’Australien, le Maori dans l’hémisphère austral vont s’éteignant…par l’effet inévitable d’une lutte inégale au double point de vue physique et moral » A.R. Wallace dans « La sélection naturelle » » (1872)

-  Le croisement « avec des indigènes musulmans » donnerait naissance à une « race déclassée, pétrie de vices et d’orgueil » R.Ricoux, médecin, membre de la Société d’anthropologie de Paris dans « La démographie figurée de l’Algérie » (1880)

- Code de l’indigénat pour l’Algérie, puis codes dérivés pour l’Indochine, l’Afrique de l’Ouest et la Nouvelle Calédonie, utilisés jusqu’en 1945 : recueil des lois applicables aux « indigènes ». Infractions spéciales (acte « irrespectueux », « tapage, scandale, dispute et autres actes de désordre », réunion à plus de vingt, déplacement sans « permis de voyage ») ; charges spécifiques (fournitures à bas prix, travail gratuit ou presque, impôts spéciaux en plus des impôts communs, port d’armes interdit, autorisé pour les colons)

- « La civilisation a heureusement banni la pédérastie de nos mœurs [mais] elle subsiste…chez les indigènes d’Algérie. » A. Bertherand, médecin et chirurgien (dans « Précis des maladies vénériennes, de leur doctrine et de leur traitement » (1882)

-  « Quelle honte ! Comment ne faisait-on pas la guerre pour exterminer cet abominable peuple ! » Parole d’un petit garçon parlant des Arabes, extraite de « Petit Jean », un manuel scolaire utilisé pendant près de quarante ans par les instituteurs de la troisième République (1884).

-  Les « activités supérieures et corticales [du colonisé] sont peu évoluées » car il « est un être …dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par son diencéphale » Porot, professeur de psychiatrie à Alger  dans « Annales médico-psychologiques » (1918)

- « je ne les crois pourtant capables que d’un très petit développement » car les nègres « ont un « cerveau gourd et stagnant le plus souvent dans une nuit épaisse » A.Gide dans « Voyage au Congo » (1927)

- « Vous luttez contre les sauterelles. Luttez aussi contre le fellaga, la sauterelle d’aujourd’hui » Tract massivement diffusé par l’armée française (1957)

- « L’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie » Jacques Chirac - Abidjan (1986)

- « Dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important » (génocide des Tutsi au Rwanda, 1habitant sur 8) François Mitterrand (1994).

- « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain…ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès…Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. » Discours de Sarkozy à Dakar (26 juillet 2007)

 

 

Civiliser : aspects « positifs » de la colonisation

 

"On me parle de progrès, de "réalisations", de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d'eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d'elles-mêmes, de cultures piétinées, d'institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d'extraordinaires possibilités supprimées..."

IL faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir, au sens propre du mot, à le dégrader (...)    et montrer que chaque fois qu'il y a au Vietnam une tête coupée et un œil crevé et qu'en France on accepte un malgache supplicié , il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s'opère, une gangrène qui s'installe..." Aimé Césaire 

 

 

Les profits des colonisateurs et la souffrance des peuples colonisés en Afrique

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Les industriels se sont procurés des cotons, des minerais. Ils ont mis en culture de grands domaines de plantations (hévéa, café, cacao, arachide). Tous ces produits étaient  exportés dans les pays colonisateurs. Les industriels ont envoyé dans les colonies les objets fabriqués dans leurs usines. Les banquiers ont fait construire des chemins de fer qui allaient des ports vers l'intérieur pour faciliter les nouveaux commerces.

En Afrique noire, les cultures de plantation ont ruiné l'agriculture traditionnelle; en plus de l'imposition de corvées de portage, d'impôts, de travail forcé.

Les africains vivent alors entre deux mondes, allant du village à la ville et inversement, ruinant l'équilibre ancien de la vie, sous le regard méprisant des européens. 

 

 

L'exemple de l'Algérie

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C'est là que les effets de la colonisation y ont été le mieux analysés; mais c'est peu ou prou les mêmes schémas retrouvés au Maroc, en Afrique et ailleurs.                                                                                  

                 - PREMIER ASPECT   "POSITIF": modernisation de l'agriculture et grands travaux

 

Entre 1840 et 1914, l'agriculture est la principale activité économique des colons. Elle passe par le démembrement et la spoliation des terres des colonisés, les meilleures terres revenant aux colons. Ce faisant, l'état français détruit d'un coup la pyramide des droits qui répartissait les terres entre individus et tribus.

"Livrer au marché français la terre indigène". En 1919, les musulmans avaient perdu 7 millions et demi d'hectares. 90% des spoliations sont concentrées dans la région la plus riche, le Tellé.

Après la première guerre, un programme de grands travaux instaure l'irrigation des terres avec la construction de barrages, la modernisation des chemins de fer. La conséquence en est la concentration des terres entre les mains d'une couche étroite de colons, le développement du machinisme, entraînant la ruine de l'artisanat et un chômage massif pour les algériens contraints de s'exiler en France.

La vigne s'étend aux dépens des cultures vivrières et de l'élevage "chassant" le blé, le mouton, la forêt, le palmier nain, polluant les rivières.

Des milliers de musulmans se déplacent  alors vers les hauts plateaux où les terres moins bonnes sont soumises à une forte érosion (-20% de production de céréales entre 1880 et 1950 alors que la population double).

Le développement capitaliste entraîne la désorganisation de la vieille société tribale, la paupérisation de la petite paysannerie, et donc l'émigration vers les villes avec la création de bidonvilles. L'émigration vers la France est encouragée par les autorités françaises qui ont besoin de main d'œuvre après la première guerre. La déstructuration de la société rurale est accomplie.

 

 

                     -  DEUXIEME ASPECT "POSITIF": urbanisation et industrialisation

 

Après la deuxième guerre mondiale : faiblesse des industries de base et des industries de transformation et production inférieure aux capacités réelles du pays. L'absence d'industrialisation, en même temps que l'exode rural, favorise la création de bidonvilles et la déchéance de la ville musulmane traditionnelle (8O OOO musulmans dans 120 bidonvilles à Alger en 1954). Le taux de chômage est énorme, avec discrimination à l'embauche. En 1954 : 65 120 employés de bureau européens contre 15 190 algériens, 51 650 ouvriers prof. européens contre 49 830 algériens, 7200 manœuvres européens contre 141 130 algériens, 33 890 domestiques et personnels  de service européens  contre 47 400 algériens.

Clochardisation : le mot est lancé par  Germaine Tillon.

 

                          -TROISIEME ASPECT "POSITIF": l'école

 

En 1870, il y a une quarantaine d'écoles. Il n'en reste que 24 en 1873. Certains colons considèrent que "l'instruction des indigènes fait courir à l'Algérie un véritable péril". Ils suggèrent, en 1894, que l'enseignement doit avoir pour but de procurer aux colons des valets de ferme, des maçons et des cordonniers adroits."

En 1945, sur 1 250 000 enfants d'âge scolaire, plus de 100 000 reçoivent l'instruction primaire dans 699 écoles. Chez les européens, 200 000 enfants se rendent dans 1400 écoles.

Selon un rapport du recteur de l'époque, il y a plus d'enfants européens que d'enfants musulmans dans les écoles pour une population sept fois plus faible.

Entre 1945 et 1954 : de 11,5% à 18% d'enfants scolarisés chez les algériens musulmans (un enfant sur 10 dont un garçon sur cinq et une fille sur 16).

Dans les campagnes, la proportion n'est plus que de 1 sur 50 et parfois sur 70.

Selon Germaine Tillon, la proportion d'illettrés en langue française reste de 94 % chez les hommes et 98% chez les femmes.

A l'université d'Alger, il y a 4000 étudiants en 1945 dont 150 algériens musulmans.

 

                     -QUATRIEME ASPECT "POSITIF" : la santé publique

 

En 1954 : 1855 médecins (1 médecin pour 5317 habitants contre 1 médecin pour 1091 habitants en France).

Plus de 50% de la population totale bénéficie de l'assistance médicale gratuite. La mortalité infantile diminue (130 pour 1000 en 1954 contre 120 en France). 

Le taux de mortalité tombe de 20% à 11% et la population algérienne double en 50 ans.

Mais ce bilan qui semble positif doit être relativisé. Il y eut tout d'abord  les maladies introduites dans les colonies (tuberculose). D'autre part, les progrès de la médecine par la découverte de vaccins contre des maladies locales (peste, choléra) visaient avant tout la protection des colons et répondaient aussi à la nécessité pour le capitalisme de "faire du nègre".

De plus, au sortir de la colonisation, le bilan est faible : en 1965, il y avait en France 1 médecin pour 790 personnes contre 1 pour 11 500 pour le Maghreb et 1 pour 36 000 personnes dans les anciennes colonies françaises d'Afrique. L'état de santé des colonisés doit également être mis en relation avec l'affaissement du niveau de vie de ceux, notamment les paysans, qui ont payé le prix le plus lourd à la colonisation. Ainsi,  les résurgences de maladies dans les années 1930 renvoient à la destruction, aux ruptures d'équilibre entre population et productions vivrières au Maghreb et au Vietnam.

 

Depuis, des tonnes de DDT ou d’anti acridiens « offertes » après leur interdiction en Europe aux pollutions multiples générées par l’exploitation des minerais (or, bauxite, pétrole …) et les cultures industrielles, de la malnutrition à la sous-alimentation, de maladies endémiques aux maladies nouvelles pour lesquelles les millions de malades sont  condamnés à mourir, des soins quotidiens assurés parfois encore par des tradi-praticiens compétents à l’automédication avec des médicaments « modernes » mais frelatés ou périmés, la santé se dégrade, et l’espérance de vie chute alors qu’elle augmente partout ailleurs. Les infrastructures de soins sont obsolètes sous l’effet conjugué des Plans d’Ajustements Structurels (PAS) dictés par le FMI, et des pillages.

 

 

Poursuivre le pillage

L’Afrique, marquée du « fer du néocolonialisme » occupe dans le monde une situation singulière où « indépendance = dépendance », la politique française du Général De Gaulle à Jacques Chirac ayant œuvré à la mise sous tutelle des anciennes colonies.

Tout commence avec Jacques Foccart «éminence grise et conseiller du Général De Gaulle puis du néogaullisme, l’homme des opérations et des services secrets » (Gilles Labarthe, Dossier Noir n° 20).

 

Les raisons présidant à la confiscation des indépendances dont De Gaulle le charge sont :

-politiques : permettre à la France la conservation de son siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, servir son prestige, occuper des positions stratégiques en Afrique.

-économiques : accéder aux matières premières stratégiques et énergétiques, aux minerais et bois précieux, profiter des rentes sur les productions locales (cacao, café, coton…)

-inavouables : alimenter la pompe à finances des partis politiques.

Elles sont mises en action via :

1°) des régimes dictatoriaux

2°) des accords de coopération culturelle, financière, militaire, élaborés dans le cadre de la Communauté  française instaurée de 1958 à 1959, reconduits ou signés après les indépendances, et encore en vigueur aujourd’hui.

3°) des réseaux «  françafricains ».

 

Des régimes dictatoriaux

Mise en place, accompagnement, maintien de régimes dictatoriaux avec à leur tête, des dirigeants charismatiques « habilement aliénés » avec l’aide d’experts français spécialisés dans le conseil et le trucage des élections, de réseaux occultes (la franc-maçonnerie avec la GLNF, Grande Loge Nationale Française) liés aux Services secrets, au haut encadrement d’ELF, de la COGEMA, d’EDF, de l’audiovisuel (TF1…), de la Banque etc.…( F.X Verschave, Noir Chirac) : un exemple, parmi d’autres, nombreux, 1987- Burkina Faso, Blaise Compaoré succède à Thomas Sankara assassiné.

« Il faut bien que les dictateurs gagnent les élections sinon ils n’en feraient plus. » (Jacques Chirac cité par Le Canard Enchaîné du 28-07-1999)

 

Des accords de coopération

« La coopération ce sont des « opérations » françaises en Afrique. » (Mongo Beti)

1-L’aide publique au développement        

   L’APD a plusieurs fonctions :

-maintenir et étendre l’influence de la France en Afrique.

-aider à vendre un certain nombre de productions françaises réalisées par quelques entreprises avec des marges confortables et une redistribution aux partis politiques français.

-détourner les ressources africaines : « l’exploitation lucrative de matières premières (pétrole, uranium, manganèse, bois exotiques au Gabon, or, cobalt, diamants dans l’ex-Zaïre, cacao, café en Côte d’Ivoire, pétrole, banane et bois au Cameroun, coton et pétrole au Tchad…) est accompagnée d’un mécanisme d’ « aide » qui permet de mieux pousser la rente vers nos propres caisses. » (F.X Verschave, France-Afrique, le crime continue)

2-La dépendance monétaire

« Actuellement géré par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) et par la Banque Centrale des Etats d’Afrique Centrale (Bceac), le Franc CFA maintenu depuis les indépendances, a une parité fixe avec l’Euro, la Banque de France et le Trésor français garantissant sa convertibilité. En réalité il entrave toute définition de politiques économiques et sociales pour les pays concernés mais aussi pour toute l’Afrique. » (Demba Moussa Dembélé, Manière de Voir n° 29, Février-Mars 2005)

3-La dette

La dévaluation du Franc CFA (11 Janvier 1994) a eu pour conséquence le doublement de l’encours de la dette, la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI) profitant du changement de parité pour imposer des politiques de libéralisation et de privatisation radicales. « Entre 1970 et 2002, l’Afrique a reçu 540 milliards de dollars environ en prêts. Mais bien qu’elle ait remboursé près de 550 milliards de dollars en prêts et intérêts, elle affichait encore un encours de dette de 295 milliards de dollars fin 2002. La conclusion du rapport est que cela équivaut à un transfert inverse de ressources en provenance du continent le plus pauvre du monde. » (CNUCED, Le développement économique de l’Afrique, rapport du 30-09-2004)

4-La coopération militaire

conjugue la présence de troupes, de matériel militaire sur le continent africain, de positions stratégiques, d’intérêts militaires (Guyane Française, Comores, Polynésie, Sahara, Djibouti…) et des profits pour l’industrie d’armement française. « Un système compliqué de traités de « défense mutuelle » garantit la permanence des régimes mis en place… » Parmi d’autres, nombreuses, deux interventions militaires citées par Jean Ziegler (Main basse sur l’Afrique) :

-Zaïre 1977 et 1978, le régime de Mobutu est sauvé grâce à l’intervention française.

-Tunisie 1980, le régime compradore de Bourguiba est à l’agonie. La France dépêche des unités navales et aériennes.

Plus récemment, Rwanda 1994,  l’opération « Turquoise » à prétexte humanitaire, servit en réalité à porter secours au régime génocidaire et à repousser les troupes du FPR et Côte d’Ivoire 2002, la France lance l’opération « Licorne ».

Actuellement, mars-avril 2006, la France empêche deux coups d’état visant à renverser Idriss Déby au Tchad. Elle œuvre aussi pour  le renforcement des forces militaires ONU en RD Congo pour les prochaines élections.

 

La « Françafrique »

« La conjonction des « coopérations » financière, politique, militaire constitue « la françafrique » système de connivences entre les potentats africains et le conglomérat de leurs parrains français politiques, militaires et financiers. » (F.X  Verschave, France-Afrique, le crime continue). Ses mécanismes sont favorisés par :   

1-La désinformation et la falsification par les médias qui « véhiculent souvent une vision dépolitisée des évènements…le préjugé «  ethnique » sert trop largement de grille d’analyse quand les conflits ont aussi des causes politiques (prise ou conservation du pouvoir, Rwanda) ou reflètent de banals enjeux économiques (captation des richesses, Nigéria). Anne-Cécile Robert, Manière de Voir n° 29, Février-Mars 2005

2-Le silence des médias : (génocide rwandais, tragédie ivoirienne, Darfour, Congo)

La vision humanitaire n’éclaircit pas les enjeux du continent. Mais plus grave, la politique africaine gérée par l’Elysée et au sein des cabinets ministériels, via la diplomatie, échappe aux élus sous-informés.

Les principaux mécanismes de la « françafrique » fonctionnent grâce :

Aux réseaux : Mitterrand, Foccart repris par Jacques Chirac, Pasqua…

Aux grandes entreprises et aux multinationales : Bouygues, Bolloré, France Télécom, Air France, le groupe Castel (Côte d’Ivoire, Sénégal…), Elf (Cameroun, Angola, Nigéria, Gabon, Congo-Brazzaville…) qui franchissent les frontières de la légalité (pratiques mafieuses, ingérence politique…), Total…etc.

Aux banques : Société Générale, Crédit Lyonnais, BNP…

Les circuits criminels : « Sur les activités de prédation des rentes pétrolières se sont greffés le blanchiment de l’argent (paradis fiscaux), les trafics d’armes, de drogues », d’êtres humains… « le détournement massif de l’APD », la défense de la francophonie  « outil par excellence d’un impérialisme multiforme », selon Mongo Beti (revue Peuples noirs, peuples Africains), le syndrome de Fachoda («hantise paranoïaque des complots anglo-saxons»)

Aux mercenaires: Depuis les indépendances, ces « soldats perdus », anciens des forces spéciales, d’unités d’élite de la police, de la gendarmerie, de la Légion étrangère, de certains régiments, du département protection sécurité du Front National, largement utilisés dans le passé par l’Elysée ( Bob Denard …) et par les multinationales (Elf), intervenus pour des opérations montées dans la clandestinité ( Zaïre 1997 et 2001, Madagascar 2002, Côte d’Ivoire 2001-2003) alimentent aujourd’hui des sociétés privées. Celles-ci contournent les conventions de l’ONU et de l’Union Africaine, créant «  un mercenariat d’entreprise à motivation financière qui offre un large éventail de services, depuis le conseil et la formation, jusqu’au gardiennage d’exploitations minières ou pétrolières et aux actions de guerre. » (groupes français : Barril Sécurité, Geos…) Philippe Leymarie, Manière de Voir n° 29, Février-Mars 2005.

 

 

 

Petite BIBLIOGRAPHIE

 

Publications de Survie : 21 Dossiers Noirs de la Politique africaine de la France, sur un pays (Comores Mayotte N° 19, Togo N° 20, Tchad N° 13, …) ou un thème (bois N° 17, dette N° 16, mercenaires N° 21…).

François- Xavier Verschave : De la Françafrique à la Mafiafrique ; « La Françafrique Le plus long scandale de la République » Stock, 1998 ; « Noir Silence  Qui arrêtera la Françafrique ?» Les Arènes, 2000 ; « Noir Procès Offense à chefs d’Etat » Les Arènes, 2001 ; « Noir Chirac » Les Arènes, 2002 ; Négrophobie, avec B.B.Diop, Odile Tobner, Les Arènes, 2005 ; L’horreur qui nous prend au visage, col. FX Verschave, 2005

Aimé Césaire : Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème des colonies. Présence africaine ; Discours sur le colonialisme. Présence Africaine.

Frantz Fanon : Peau noire et masques blancs. Seuil, Points Essais, 1971 ; Les damnés de la terre. La Découverte. Rééd.2002 ; Pour la Révolution africaine. Ecrits politiques. La Découverte. Rééd. 2001 ; L’an V de la révolution algérienne. La Découverte. Rééd. 2001.

Mongo Beti : Main basse sur le Cameroun, La Découverte. Rééd. 2003 ; La France contre l’Afrique.

Gouteux Jean-Paul, La nuit rwandaise, l’Esprit Frappeur, 2002

Lounis Aggoun, J-Baptiste Rivière, La Françalgérie Crimes et mensonges d’Etat, La Découverte, 2004

Yves Bénot, Massacres coloniaux 1944-1950, La Découverte Poche, 2001

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