USA: le mouvement "Black Lives" bouleverse la politique

George Floyd vit encore. Assassiné par des policiers racistes le 26 mai, Floyd est incarné par le mouvement Black Lives Matter qui depuis trois mois continue à enflammer la pays. En revanche, Donald Trump est déjà politiquement mort – selon les sondages électoraux. Déjà ce dictateur en herbe prépare ouvertement un coup d’état pour saboter les présidentielles de novembre.

Alors qu’aux États-Unis les deux grands partis capitalistes annoncent leurs inévitables candidatures pour les élections présidentielles de novembre 2020, la grande nouvelle aujourd’hui est que Donald Trump se montre électoralement moribond, réduit à sa base de racistes, fascistes, ultra-chrétiens, complotistes et milliardaires de droite.

Ce n’est pas dans le Parti démocrate que cette victoire a été gagnée, mais dans la rue et avec les afro-américains, descendants des esclaves, toujours opprimés, en avant-garde. C’est avec le mouvement Black Lives Matter (#BLM) en tête de tous et toutes, blancs et « de couleur » enragé.es par l’assassinat de George Floyd, qu’on a réussi à bloquer la réélection de Trump que tout le monde craignait.

Cette convergence entre l’insurrection noire et tous les autres mouvements contestataires – féministes, environnementalistes, justice sociale – s’est forgée dans les rues et continue encore. Depuis 91 nuits, il y a des batailles de rue à Seattle, et ça se répète de ville en ville. L’Amérique brûle encore. On en a marre de Trump après près de quatre ans de mensonges, de haine, de racisme, de corruption et d’échec sur le Covid. Les soulèvements #BLM, qui durent depuis trois mois, ont fini par isoler Trump qui accuse les contestataires d’être des terroristes et des anarchistes, y compris les élus des états et villes démocrates, eux-mêmes pris entre deux feux. Finalement, sa politique de division a fini par se retourner contre lui et le discréditer. Seul un coup d’État, que Trump prépare ouvertement, reste la seule solution à ce dictateur en l’herbe pour garder le pouvoir.

La mort politique de Trump

La direction du Parti Démocrate, aujourd’hui en Convention annuelle et toujours dominée par les milliardaires, essaie de profiter de cette victoire qui leur est offerte par la rue. Et déjà elle recherche l’alliance avec la droite en invitant des républicains anti-Trump à prendre la parole tout en écartant le programme progressiste. Ainsi, le Parti profite de l’énorme force du mouvement Black Lives Matter pour le trahir. La direction du Parti rejette le programme progressiste des manifestants, mais doit faire semblant de bouger à “gauche” pour gagner leurs suffrages en novembre.

Le Parti est pris entre deux feux. Les milliardaires qui le financent, et le mouvement social autour de #BLM. Ce grand mouvement spontané de blancs et de « minorités » (gens de couleur, bientôt majoritaires aux EU) revendique la santé publique et gratuite pour tous, la réduction des budgets de police, l’égalité économique, de l’aide pour les chômeurs, les locataires expulsés, le droit syndical, la fin des subventions aux compagnies pétrolières et à Wall Street. Taxer les riches !

La Stratégie de Trump.

Aujourd’hui, Trump, élu en fraude en 2016 (Clinton a eu 3 millions de votes de plus) est très impopulaire dans les sondages, et il prépare ouvertement son coup d’état pour novembre. Exemples : suppression de bureaux de vote, interdiction du vote par la Poste (en la détruisant et en arrachant les boites à lettres dans les rues !!), proposition de repousser la date des élections, semer la division, provoquer des crises internationales, créer une milice à ses ordres personnels, une force militaire de droite « anti-terroriste » pour envahir les villes et états démocrates et les « dominer » (terme exact).

Trump, n’ayant pas pu manipuler les généraux de l’Armée américaine, a compris qu’il lui fallait sa propre milice. L’armée fédérale (nationale) s’est publiquement séparée de Trump depuis le début des manifs pour George Floyd, car 40% de nos soldats sont des gens de couleur issus de familles pauvres. L‘État-major (le Pentagone), que Trump avait mis en ridicule pour un « photo-op » publicitaire, savait qu’envoyer ces troupes contre les manifs composées de leurs familles et de leurs voisin.es risque de provoquer des mouvements d’insubordination.

Du point de vue de la mission impérialiste de l’US Army, il faut réserver stratégiquement les troupes de couleur étatsuniennes pour combattre les gens de couleur dans d’autres pays comme l’Afghanistan. Ainsi, le haut-commandement enlève toutes les statues de généraux esclavagistes et efface toutes les traces de la tradition sudiste qui va avec. Le Pentagone proclame publiquement que le rôle de l’armée est « de protéger la nation et protéger le droit des citoyens de manifester » (!!).

Résumé.

Les élections de novembre peuvent déborder en guerre civile si Trump refuse de quitter la Maison blanche. Les Démocrates vont essayer de s’allier avec les Républicains « modérés » mais ils dépendent de la rue pour leur force. Une base dans les mouvements sociaux enfin réunis autour de la lutte antiraciste anti-police. Une base qui déjà critique ouvertement Joe Biden et Kamala Harris, sa colistière très modérée, choisie pour donner l’impression que les Démocrates représentent les femmes et les gens de couleur.

Situation à regarder de près, car les médias français n’en parlent presque pas apparemment pour ne pas donner un mauvais exemple au peuple français, toujours tiraillé par des divisions de couleur, de religion, d’origine nationale, de profession qui l’empêchent de se réunir et de résister à l’autoritarisme nationaliste néo-libéral. Mais même Médiapart n’en parle que rarement comme si le destin de la planète ne dépendait pas de ce duel pour le pouvoir entre l’homme le plus dangereux et le plus puissant du monde et un peuple qui veut changer le système en s’attaquant au racisme et à la violence policière sur lesquels le capitalisme se repose.

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