Pour éveiller une féconde amitié entre hommes et femmes

En sacralisant le vagin, l’homme a pu exercer le contrôle de l'appareil reproducteur féminin et légitimer la violence symbolique sur la sexualité féminine. Le "vidéoclit" androféministe d'Antiquarks propose une contribution artistique à la critique de l'ordre arbitraire masculin. Pour une féconde amitié entre hommes et femmes.

Dans Une chambre à soi, Virginia Woolf déclare que "l’histoire de l’opposition des hommes à l’émancipation des femmes est plus intéressante peut-être que l’histoire de cette émancipation elle-même."

Alors que le masculinisme, la ligue du lol, l'androcentrisme ordinaire (celui du quotidien), etc. résistent à la critique et manquent cruellement d'autodérision, cette proposition révolutionnaire de Virginia Woolf rappelle que les discours arbitraires des (hommes) dominants nous en apprennent beaucoup sur les mécanismes de leur domination. Ils peuvent aider, de manière significative, à nous libérer de notre consentement à l'ordre des choses et permettre de refuser le monde tel qu'il est, avec ses injustices et ses sens interdits.

Lune Bleue (5e album d'Antiquarks) est un album-concept au cœur de l'histoire d’une femme qui subit les tyrannies de "l'instinct maternel", sans doute une invention du masculin pour contrôler la femme dans son rôle de Mère.

Extrait de cet album, le titre Bob Marley est mort est devenu le vidéoclit androféministe d'Antiquarks. Animé par une gaieté d'esprit et de corps tout en douceur, il montre la possible reconnaissance mutuelle entre part féminine et masculine en chacun de nous. 

Voici le contexte : Anna, la fille d’Audrey, veut inviter Bob Marley à son anniversaire. Son entêtement oblige sa mère à lui annoncer une terrible nouvelle : Bob Marley est mort. Cette déclaration ouvre la boite de Pandore des émotions d’Audrey, entre l’angoisse de devoir expliquer ce qu’est la mort à sa fille et le désir de retrouver une féminité affranchie d’un instinct maternel pesant.

La musique est claudicante, cocasse et décalée. Dans la tonalité du refrain, on devine la voix nonchalante de Philippe Katerine et le verbe décomplexé de Rita Mitsouko, sur un flow qui s’inspire d’un pattern de rap du bush d’Afrique du Sud.

Le refrain rappelle que si le sacré soumet, la quête de liberté pourrait se nicher dans le profane ou l’insoumission. En sacralisant le vagin, l’homme a pu exercer le contrôle de l'appareil reproducteur féminin et légitimer la violence symbolique sur la sexualité féminine. Encore aujourd’hui, le moralisme réactionnaire le plus extrême ne se gêne pas pour envoyer le clitoris dans les limbes du plaisir coupable, de la diabolisation et de l’interdit.

L’esthétique du vidéoclit évoque les couleurs et le climat du cabaret où chante Isabella Rossellini dans le mystérieux Blue Velvet (D. Lynch, 1986) et la scène de la rêverie érotisée masculine avec les pétales de rose de l’impertinent American Beauty (S. Mendes, 1999).

Nous chantons un hédonisme rieur et dansons le pur plaisir d’exister. Animés par une féconde amitié, hommes et femmes savent célébrer ensemble la possibilité d’incarner un instant hors du temps, comme les mouvements des atomes dans l’espace infini, loin des désirs insatiables (richesse, gloire, pouvoir, domination), libérés de la peur de vieillir et la crainte de la mort. On pense à Epicure qui ouvrait son enseignement aux prostitués, aux femmes et aux esclaves.

Que cela nous plaise ou non, l'émancipation est, par définition, toujours inachevée. Car à peine croyons-nous l'entrevoir qu'elle dévoile les chaines invisibles de notre soumission au "pouvoir hypnotique de la domination” (Virginia Woolf) la plus intolérable.
Heureusement, le sympathique philosophe Gaston Bachelard encourage à se moquer de soi-même car "aucun progrès dans la connaissance n'est possible sans autodérision".

Oui, mettre le monde à l'envers en opérant un renversement de notre vision elle-même.

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BOB MARLEY EST MORT — le vidéoclit androféministe d’Antiquarks ici

Antiquarks ● Bob Marley est mort (VIDÉOCLIT) © Antiquarks


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