Paix à son âme

Il va falloir s'y faire, le PS est mort. Quoi d'autre à la place ? Un nouveau parti, il pourrait s'appeler le "PP". Non pas Parti Populaire mais "Parti Pragmatiste". On connaît à gauche le Parti Communiste, on aura connu le Parti Socialiste et désormais il va falloir s'adapter au Parti Pragmatiste.

S'adapter à ce nouveau dogme qu'est le pragmatisme est la moindre des choses puisque c'est une théorie qui valorise l'adaptation. Est pragmatique celui qui s'adapte aux événements, seul ce qui réussit est vrai donc juste. Ne cherchez pas dans le dictionnaire le mot "pragmatiste" car je viens de le créer ce matin même pour répondre à la nécessité de former un nom de parti dans la droite ligne des idéologies en "iste", ça conservera un lien avec le défunt Parti Socialiste.

Ce matin sur France Inter Benoît Hamon a beaucoup évoqué le pragmatisme dont se réclament les nouvelles élites du PS et ceci pour répondre à un auditeur qui demandait si il ne fallait pas évoluer et s'adapter au monde plutôt que de rester figé dans l'idéologie.

Pourtant quand j'écoute François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron, Michel Sapin, Stéphane Le Foll, Jean-Marie Le Guen, lorsque je les entends prêcher en faveur du pragmatisme j'ai vraiment l'impression que ce pragmatisme est une véritable idéologie et c'est d'ailleurs le credo du MEDEF ce qui ne me choque pas le moins du monde car autant il est normal et même vital pour une entreprise de s'adapter à la demande, à l'évolution des techniques, à la concurrence autant il est totalement anormal et contre nature que la pensée politique s'adapte au monde car au contraire, c'est la pensée politique qui doit imaginer le monde, le construire avec les citoyens pour proposer des voies meilleures afin de faire progresser l'humanité vers un avenir vivable et souhaitable pour le plus grand nombre, pour les contemporains et ceux qui viendront après. Les politiques doivent-ils juste s'adapter, cela peut-il faire une politique ? Si on considère que leur rôle est de s'adapter cela signifie qu'ils n'ont pas le pouvoir car qui a le pouvoir ne s'adapte pas, il décide. Lorsqu'il y a des fortes inondations dans une ville soit le maire s'adapte et il décide d'un budget pour acheter des barques en vue de la prochaine inondation soit il investit en faisant construire des digues, en engageant des travaux pour que cela ne se reproduise pas. Il ne peut pas empêcher la pluie de tomber mais il peut prendre des décisions pour combattre les catastrophes naturelles plutôt que de s'y adapter. Il peut aussi interdire les constructions en zone inondables. Son rôle est alors de proposer une nouvelle politique d'urbanisme. Si il est un adepte du pragmatisme il dira qu'il faut juste s'adapter à l'eau qui monte, qu'il faudra apprendre à nager.

C'est cela que préconisent les pragmatiques, s'adapter, s'adapter et encore s'adapter mais s'adapter à quoi au juste ? S'adapter aux nouveaux dogmes économiques dictés par le modèle financier en vigueur. Il va falloir apprendre à nager et ceux qui n'en seront pas capables se noieront, tais-toi et nage en quelque sorte.

Les centrales nucléaires tombent en ruine ? C'est pas grave, on va s'adapter ; le réchauffement de la planète ? C'est rien, on va s'adapter ; les pesticides tueurs d'abeilles et d'humains ? Bof, on va s'adapter etc etc. Oui, on va s'adapter, après tout, avant l'Homme il n'y avait pas l'Homme et après l'Homme il n'y aura plus l'Homme car l'adaptation aura ses limites.

Je me demande toujours comment les femmes et hommes politiques qui sont en charge de prendre les décisions peuvent regarder leurs enfants dans les yeux alors même qu'ils n'ont pas le courage de s'opposer à ce qui met notre santé et notre avenir en péril donc la santé et l'avenir de leur propre descendance aussi. Ils ne s'opposent pas à l'industrie qui tue (il y a de trop nombreux exemples pour que je les cite tous, certains laboratoires pharmaceutiques, l'industrie chimique, agro-alimentaire, du tabac...). S'opposer serait prendre trop de risques, trop de risques pour qui, pour quoi ? Trop de risques pour une carrière politique ? Si c'était cela, le tragique de l'histoire serait absolu.

Le pragmatisme est une idéologie des plus dangereuses, le pragmatisme tue en silence.

Quelle femme, quel homme se présentera à nous en disant "je ne suis pas pragmatique, je ne vais pas m'adapter au monde tel qu'il est car le monde tel qu'il est fabrique du malheur, de la misère, de la haine. Je ne ne vais pas m'adapter, je vais faire du mieux que je pourrai pour construire un autre monde et je vais le faire avec vous tous, citoyens responsables que vous êtes. Je ne vais pas m'adapter et vous citoyens, vous n'allez pas non plus vous adapter.

Nous citoyens, nous avons aussi le devoir de ne pas nous adapter coûte que coûte. Il est des circonstances dans la vie ou bien sûr il est nécessaire de savoir s'adapter. Il faut faire une différence entre l'Homme qui s'adapte pour vivre et survivre et la fonction politique. Lorsqu'un fauve se précipite sur moi il y a une décision à prendre, le pragmatisme me conduit à ne pas engager la discussion avec lui toutefois, le pragmatisme érigé en dogme politique est une catastrophe.

Imaginons le programme politique d'un candidat pragmatique qui se présenterait en 2017 pour la fonction suprême, que nous dirait-il ? Mon programme est simple, je vais m'adapter car je suis pragmatique, je ferai uniquement ce qui est efficace car seul ce qui réussit est vrai.

Si on adapte cela au problème du chômage cela signifie que le but à atteindre étant de faire baisser le nombre de chômeurs, peu importe la méthode utilisée du moment que la courbe s'inverse, du moment que ça marche et vous voyez à quelles décisions cela peut mener, je ne vous fais pas un dessin... Il faut faire disparaitre les chômeurs, c'est simple comme le pragmatisme. En fait un candidat pragmatique n'a pas besoin de programme et il ne peut d'ailleurs pas en proposer un car la méthode est de s'adapter. S'adapter à quoi ? Le candidat ne peut pas le savoir à l'avance car il ne lit pas dans l'avenir.

L'Homme politique d'aujourd'hui ne propose pas d'agir sur les événements, sur la marche du monde, c'est trop dur comme job, non, il propose de gérer au coup par coup, il propose de s'adapter en fonction de se qui se présente. Une guerre nous est déclarée ? Il va s'adapter !

Je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne ça me fiche franchement la trouille comme programme. Le gars se lève le matin en se disant qu'il va s'adapter mais lui c'est le chef de l'état, il n'a pas besoin de vision car il s'adaptera aux événements avec pragmatisme comme dans les films d'action. La politique ce n'est pas du cinéma, cela engage les peuples ;  diriger un pays n'est pas que réagir, c'est avoir une vision, une ambition, un idéal. Le pragmatisme n'est pas un idéal. Que le pragmatisme fasse parti de la panoplie on peut le concevoir mais si cela est le dogme indépassable comme c'est en train de le devenir il y a du souci à se faire. Je suppose que le candidat Donald Trump aux États-Unis est pragmatique !...

Au fait, le Parti Socialiste est mort mais qui l'a tué ?

francois-m-a-tue-001 © richard villoria francois-m-a-tue-001 © richard villoria

Espérons juste que le Parti Pragmatiste ne verra jamais le jour, il est en fait déjà au pouvoir aujourd'hui et ce n'est pas très probant. Il a été évoqué dans la matinale de France Inter l'éventualité d'une candidature Nicolas Hulot en 2017 et Benoît Hamon  n'y a pas semblé hostile, au contraire. Je me souviens que Nicolas Hulot a dit avoir voté Mélenchon au premier tour des précédentes présidentielles aussi il pourrait tout à fait être le candidat possible et crédible de la gauche en 2017. Pourvu qu'il ne soit pas trop pragmatique !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.