Dans la nébuleuse de la rébellion syrienne

Le régime de Bachar Al-Assad vient de fustiger les USA et leurs alliés en prétendant qu'ils soutenaient Al Qaida.
Ce racourci n'a pour seul but que d'être intelligible par les occidentaux et de discréditer l'ensemble de la rébellion. 

En réalité, la rébellion Syrienne a de multiples courants, unis contre un ennemi commun, mais différents dans leur idéologie ce qui peut créer entre eux une rivalité.Un petit panorama des différents articles de presse sur le sujet dévoile la complexité de cette nébuleuse.


Le régime de Bachar Al-Assad vient de fustiger les USA et leurs alliés en prétendant qu'ils soutenaient Al Qaida.
Ce racourci n'a pour seul but que d'être intelligible par les occidentaux et de discréditer l'ensemble de la rébellion. 

En réalité, la rébellion Syrienne a de multiples courants, unis contre un ennemi commun, mais différents dans leur idéologie ce qui peut créer entre eux une rivalité.

Un petit panorama des différents articles de presse sur le sujet dévoile la complexité de cette nébuleuse.



• Al-Nostra et EIIL



Jabhat Al-Nosra ("Le Front de soutien"), est un groupe salafiste de combat, comme Al Qaida, mais derrière cette similitude on trouve des différences entre les 2 organisations. Si à sa création (fin 2011) Al Nosra a bénéficié de l'aide de la branche irakienne d'Al Qaida, la volonté de  fusion en avril 2013 entre les 2 groupes au sein de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) est critiquée  par Ayman Al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaida. Cette initiative "a nui à tous les djihadistes", accuse Al-Zawahiri, avant de statuer que "l'Etat islamique en Irak et au Levant est invalidé" et que "le Front Al-Nosra au Levant est une branche indépendante d'Al-Qaida". (Le Monde 06-2013)
Le Front al-Nosra prône une société reposant sur les principes salafistes (instauration de la charia, avènement d'un califat). Aujourd'hui, Al Nosra et l'EIIL seraient bien des structures autonomes (al-Nostra se positionnant plus comme "syrienne" et l'EIIL comme plus "internationale islamiste") mais alliées, en particulier contre un troisième mouvement, l'Armée Syrienne Libre (ASL). Ces structures djihadistes projetteraient de créer un état islamiste au nord de la Syrie, en lien étroit avec les islamistes d'Irak (Marianne).


La tension semble s'intensifier entre ces factions les plus radicales et l'ASL. En juillet, un des principaux chefs de l'ASL, Kamal Hamami, a été tué dans le grand port syrien de Lattaquié par des islamistes du groupe EIIL. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG proche de l'opposition, fait état de heurts de plus en plus fréquents depuis plusieurs semaines entre l'ASL à l'EIIL,(Reuters). Al-Nostra est inscrite sur la liste des organisations terroristes liée à Al-Qaida suite à la demande de Damas, de Washington et de Paris, entre autres.


D'autres combattants étrangers sont signalés, comme une brigade internationale Djihadiste. Le TTP (Tehrik e Taliban Pakistan), un groupe rigoriste taliban pakistanais aurait envoyé des centaines de combattants en Syrie (sur le site du journaliste pakistanais A. Rashid).

• L'ASL

L'Armée Syrienne Libre a été fondée en juillet 2011 et fusionne avec le Mouvement des officiers libres quelques mois après. Le financement et l'armement extérieurs de l'ASL semblent venir principalement de pays du Golfe arabique comme l'Arabie saoudite, le Qatar, d'autres pays comme la Turquie et quelques pays occidentaux dont la France, qui entretient des contacts étroits avec le chef d'état-major de l'Armée syrienne libre, Salim Idriss. Paris voudrait faire de lui la principale, sinon la seule porte d'entrée des armes livrées, notamment par les pays du Golfe, aux rebelles syriens (Le Monde, 03-2013).
Regroupement de brigades vaguement affiliées les unes aux autres, l'ASL est cependant accusée par la population de se livrer à des pillages et n'a jusqu'à présent pas été capable de faire front commun pour évincer les unités radicales (Reuters). Un point de vue partagé par le Suédois Joshua Landis, pour qui l'ASL serait une commodité de langage (un peu comme "taliban" en Afghanistan) pour désigner des groupes rebelles plus ou moins autonomes.

Longtemps privilégiée par le bloc occidental, l'ASL est en perte de vitesse face à ses concurrents salafistes. En cas de chute d'Al-Assad, beaucoup craignent que la guerre civile ne se prolonge entre ces différentes factions rivales.

• L'opposition politique

La rébellion est représentée par des organisations politiques non-combattantes, en charge de collecter et gérer et redistribuer aux combattants les fonds venant des aides internationales et de préparer la transition politique en Syrie après la chute du régime baasiste. C'est sur ce terrain que les principaux bailleurs de fond du Golfe exercent leurs influences respectives (pour résumer, les financements saoudiens s'opposent aux financements Qatari, favorables aux Frères Musulmans).


Le Conseil national syrien (CNS) est une autorité politique de transition créée le 15 septembre 2011 en Turquie et a été rejoint par des représentants des Frères Musulmans. Un opposant célèbre, Michel Kilo, militant de gauche ayant goûté aux geôles syriennes qui a créé le 15 avril 2012 au Caire Le Forum démocratique participe aussi au CNS. Le CNS rejoint ensuite la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR), une coalition élargie favorable à la chute d'Al-Assad, créée le 11 novembre 2012 au Qatar (à la demande de la Turquie, du Qatar et de la France, entre autres).

Sur le plan politique, Riyad a réussi à faire élire à la tête de la CNFOR l'un de ses protégés, Ahmed Jarba, membre des Chammar, une grande tribu présente en Syrie comme en Arabie, qui est aussi celle de la mère du roi Abdallah.


Autre organisation politique, le Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCD), créé le 27 juin 2011, regroupe 14 partis de l’opposition politique traditionnelle. Ce mouvement, basé à Damas avec des représentations à l’étranger, veut une solution politique à la crise syrienne et n'est pas défavorable à un dialogue avec Al-Assad. Cette organisation est ouverte aux positions Russes.
Samir Aïta, du Forum démocratique, analyse la position Russe : «Pour les Russes, perdre la Syrie, cela signifie le renforcement de l'influence d'Ankara dans toute l'Asie centrale, où la Russie et la Turquie sont en compétition directe» (Le Figaro).

• La polémiques sur les armes chimiques.

Des membres d'Al Nosra auraient été arrêtés à la fin du mois de mai à Adana en Turquie avec du gaz sarin, un gaz innervant que rebelles syriens et forces du président Al-Assad se sont mutuellement accusés d'utiliser ces derniers mois dans le conflit qui les oppose (Le Figaro). De son côté, la Russie affirme que Al-Assad n'est pas responsable de l'utilisation du gaz Sarin dans l'attaque chimique du 21 août attribuée par Washington au régime Al-Assad, mais que c'est le fait de la rébellion, et s'oppose donc à toute intervention internationale. L'usage des armes chimiques est en effet la justification à une action internationale, en vertu de leur interdiction par les traités internationaux. Jusque-là, le nombre d'attaques chimiques présumées était évalué dans les médias occidentaux à une demi-douzaine : Homs (23 décembre 2012) ; Khan Al-Assal, près d'Alep (19 mars), un bombardement que le régime syrien a imputé aux rebelles et à la suite duquel l'ONU a formé une commission d'enquête ; Otayba et Adra, en banlieue de Damas (19 mars) ; Cheikh Maqsoud à Alep (13 avril) et Saraqeb, près d'Idlib, dans le nord (29 avril) (Le Monde).

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