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Billet de blog 9 janv. 2010

La lutte contre l'intégrisme sera celle des musulmans, ou ne sera pas.

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Averroes

Ce billet est une réédition. Depuis août 2007 je n'en change pas une ligne.

Pour lutter de façon plus efficace contre l'intégrisme, nous devrions donner la parole aux réformistes et penseurs de l'Islam, leur donner une large audience en les laissant parler dans les grands médias. Ce serait plus efficace qu'une loi pour lutter contre la burqa.

Le changement prend du temps, explique Gamal Al-Banna quand on lui demande s'il est optimiste pour l'avenir de l'Islam. Il dit aussi :" Le Coran est liberté. Les foqahas (docteurs en droit) ont fabriqué des interprétations et des hadiths qui contredisent le Coran. On n'a pas besoin du fiqh (avis juridique), ni des hadiths. Il faut retourner au Coran".

Autant vous le dire tout de suite, tous les musulmans pratiquants que je connais considèrent les hadiths aussi sacrés que le Coran lui-même. Les hadiths sont les paroles et les actions attribuées au prophète Mohammed, ce n'est donc pas la parole divine (en dehors de quelques hadiths « sacrés » qui sont considérés comme les paroles de Dieu adressées directement au prophète Mohammed et rapporté par lui). Ces hadiths forment la sunna d'où le nom d'islam sunnite pour le courant orthodoxe. Les hadiths ont été rapportés dans divers recueils (véridiques ou non) par des musulmans fidèles, mais toujours au minimum deux siècles après la mort du prophète Muhammad. Certains auteurs en ont recensé plus de 700 000, les plus récents étant ceux rapportés par l'ayatollah Khomeiny au cours des années 1980 ! Beaucoup de ces citations étant suspectes, leur crédit est proportionnel au prestige accordé à ceux qui les ont rapportées. Cette chaîne des témoins est appelée isnad. Ces différents recueils alimentent l'opposition entre chiites et sunnites en particulier.

"Ces paroles, même si elles faisaient sens à leur époque, ont mille ans et on ne peut pas les appliquer aujourd'hui" ajoute Gamal Al-Banna. Ce vieux monsieur égyptien de 86 ans prêche pour une révolution de l'islam. Petit frère d'Hassan Al-Banna, le fondateur des frères musulmans, il semble bien placé pour prendre position dans un débat qui agite le monde musulman.

Il n'est qu'un des nombreux intellectuels musulmans qui réagissent à l'obscurantisme islamique résponsable des tensions meurtrières qui agitent le monde et opposent des civilisations qui ne devraient que s'enrichir mutuellement. Il y a presque mille ans Averroes (Abu'l-Walid Muhammad ibn Rushd ) eut à subir lui aussi l'opposition des conservateurs qui le traitèrent d'hérétique et brûlèrent ses livres, parce qu'il se référait à Aristote et adoptait une position moderne. L'histoire n'est pas nouvelle. Elle se répète dans toutes les religions qui par essence refusent le changement et la modernité.

Les conservateurs qui inspirent les pires exactions sont nombreux, et leur goût du sang et de la violence leur donne une trop large audience. Tout le monde connait Al Qaeda, organisation criminelle inspirée par le diable, mais qui connait Abdou Filali-Ansary le marocain, Nasr Hamid Abu Zayd l'egyptien, Soheib Bencheikh l'algérien, Burhan Ghalioun le syrien, ces hommes qui veulent un islam moderne débarrassé de la violence et de la haine ?

Le temps du changement est venu, le temps de la concorde entre les hommes, le temps de la paix. Ce que défendent ces penseurs modernes, c'est d'abord une réflexion sur la nature et le statut des textes religieux. Il s'agit de relire les textes sacrés pour sortir d'une interprétation littérale : respecter l'esprit du Coran, non la lettre.

"Le croyant est celui qui, avec beaucoup de modestie, avoue qu'il ne peut pas connaître la vérité parceque seul Dieu la possède. Il a donc une conception de la vérité, mais qu'il ne cherche pas à imposer. Le Coran est très net là dessus : pas de contrainte en religion" explique Mohamed Talbi, ancien doyen de l'université de Tunis.

Merci à Nadia Khouri-Dagher, reporter egyptienne d'origine libanaise, pour l'excellent article paru dans Le Monde 2 n° 173 du 9 juin 2007, dont cette modeste note est largement inspirée.

Un article du Rimbusblog

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