«Peut-être que je peux trouver une réponse, en furetant partout, peut être que je trouverai ce qui ne va pas... et puis voir s'y a quelque chose à faire...» Je terminais ce matin mon précédent billet par ces mots de Tom Joad dans les raisins de la colère. Alors en furetant dans Google, j'ai retrouvé cette confidence vidéo de Paul Jorion.
Le FASB (Federal Accounting Standards Board, Conseil des Normes Comptables Financières américain) est l'organisme chargé d'établir et d'améliorer les règles comptables américaines. Le 2 avril 2009, alors que se tenait la fameuse (et ridicule) réunion du G20 à Londres, le FASB a opéré un changement des normes comptables américaines, permettant aux entreprises US (et notamment les banques) de bidouiller leur bilan comptable. Le lendemain, remontée des cours de la bourse, que l'ensemble de la presse française a attribuée à cette farce de réunion londonienne du G20. Une désinformation totale, reprise à l'unisson dans tous les média traditionnels français, à l'exception de l'Humanité.
Selon lui on avait que 2 choix, soit tricher, soit nationaliser les banques. Les américains ont préféré faire le choix de la magouille comptable, au risque d'opacifier complètement les bilans.
En Europe nous dit-on, il en va autrement. Le sommet de l'Eurogroupe du 6 juillet a décidé de renforcer la régulation du système bancaire en imposant aux banques toute une série de nouvelles contraintes. Pourtant la réalité est tout autre. En creusant un peu plus en détail, on s'aperçoit que les concessions qui ont été accordées par les gouvernements européens aux banques depuis le début de la crise financière sont incomensurablement plus importantes que les contraintes
Les gouvernements européens ont demandé à l'IASB, l'organisme qui gére les normes comptables appliquées dans l'Union, de revoir sa copie, suivant en cela son homologue américain, le FASB. L'IASB est en train de s'exécuter, contraint et forcé, et devrait édicter une nouvelle norme cet automne, prélude à toutes les dérives.
Qui sait réellement aujourd'hui ce que les banques ont dans leurs portefeuilles ? Même les gouvernements ont du mal à y voir clair. En empêchant le "grand déballage" par des artifices comptables que peu de gens comprennent, on renforce l'aléa moral et l'opacité du système. En vérité, les législateurs et les régulateurs sont en train de semer, sans s'en rendre compte, les germes des futures crises bancaires.
On prendra alors toute la mesure de ce que disait naguère Jean-Claude Juncker, actuel président de l'Eurogroupe (Der Spiegel n°52/1999 page 136) :
« D’abord nous décidons quelque chose, ensuite on le lance publiquement. Ensuite nous attendons un peu et nous regardons comment ça réagit. Si cela ne fait pas scandale ou ne provoque pas d’émeutes, parce que la plupart des gens ne se sont même pas rendus compte de ce qui a été décidé, nous continuons, pas à pas, jusqu’à ce qu’aucun retour ne soit possible... »
Notre apparente reprise boursière est un leurre, elle est appuyée sur deux béquilles fragiles et instables :
La trouille et la magouille.
Un article du Rimbusblog