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Billet de blog 21 août 2013

Les Kabyles de Tizi-Ouzou sont-ils racistes ?

Le 3 août, à Tizi-Ouzou, des centaines de citoyens ont rompu le jeûne du Ramadan et ont mangé en public. En transgressant un des piliers de l'islam, ces Kabyles ont montré ainsi leur rejet de cette religion… Pierre Tévanian doit être bien embêté : comment qualifier ces islamophobes berbères de "racistes" ?

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Le 3 août, à Tizi-Ouzou, des centaines de citoyens ont rompu le jeûne du Ramadan et ont mangé en public. En transgressant un des piliers de l'islam, ces Kabyles ont montré ainsi leur rejet de cette religion… Pierre Tévanian doit être bien embêté : comment qualifier ces islamophobes berbères de "racistes" ?

Un article de Saïd Tissegouine sur le site Tamurt.info précise la démarche de ces provocateurs : "Au cours des décennies 1960, 1970 et 1980, un non-musulman ou un non pratiquant pouvait étancher sa soif ou se permettre un rogaton à la ville des Genêts, car on pouvait remarquer par-ci et par là quelques buvettes ou gargotes à demi entrouvertes. La tolérance était de rigueur. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. L’islamisme, encouragé à outrance par l’Administration centrale d’Alger a fait un long chemin en Kabylie, notamment au niveau des villes de Tizi-Ouzou, Béjaia  et Bouira. Les vigiles islamistes ne tolèrent plus ceux et celles qui ne pensent pas comme eux et qui ne s’adonnent pas à l’ascétisme ridicule. Les discours des nombreux imams en fonction en Kabylie prêchent des discours qui sont en plein déphasage avec la réalité d’aujourd’hui que vit le citoyen."

Si un Français se permettait de parler du Ramadan comme d'un ascétisme ridicule, il se ferait injurier copieusement et serait traité de raciste par les nouveaux gardiens de la vertu et de l'anti-racisme, qui ne manqueraient pas de souligner que de tels propos font le "lit du Front National".
La religion n'est pourtant pas une "race" (les mots ont un sens bien dévoyé parfois), ni une ethnie. Avant d'être musulmans, de nombreux natifs d'Afrique de Nord étaient juifs et certains le sont encore. D'autre part, l'islam est pratiqué par des ethnies variées, européennes, africaines ou asiatiques, comme les autres religions monothéistes.
En montrant du doigt ceux qui luttent contre la montée en puissance des religions, les émules de Pierre Tévanian semblent se comporter comme les alliés objectifs des religieux.  Leur stratégie est simpliste, pour défendre l'islam, ils en font la propriété d'une ethnie et taxent leurs détracteurs de "racistes". La rage avec laquelle ils ont empêché Caroline Fourest de s'exprimer à la fête de l'Huma montre que la violence et la censure sont des armes que ne dédaigne pas le "philosophe" Tévanian (les images de la vidéo en lien parlent d'elles-même).


En employant paradoxalement le même amalgame que l'extrême droite (maghrébin égale musulman), de trop nombreux intellectuels (même Edwy Plenel semble-t-il), soucieux de se démarquer du Front National, ont la tentation de verser dans un angélisme islamophile et religieux, quitte a laisser de côté les démocrates laïques des pays musulmans, les réformateurs de l'islam et ceux qui subissent l'oppression au nom du Coran, comme ces kabyles de Tizi-Ouzou, ou les minorités des autres religions. Pour ne pas parler des athées, ceux-là on se demande même s'ils ont le droit d'exister ; une chose est sûre, c'est qu'ils ont l'obligation de se taire, puisque critiquer la religion c'est critiquer l'islam, donc c'est critiquer les arabes, donc c'est être un raciste et préparer le lit du FN. Les religieux ne peuvent qu'applaudir à cette subtile démonstration.
Non, combattre la montée en puissance des religions en général, et de l'islam en particulier, n'est pas du "racisme".  Dénoncer les idéologues et les manipulateurs, les salafistes et les Frères musulmans, ce n'est pas être "raciste" et anti-arabe, pas plus que de dénoncer les ultra-catholiques de Civitas ou de l'Opus Dei signifie qu'on est anti-Français ou "anti-blanc".
Gamal Al Banna était-il islamophobe quand il voulait réformer sa religion en s'attaquant a ses bases, comme les hadiths ? Ses critiques sur l'islam étaient-elles illégitimes ?
Ce qui est illégitime, c'est d'empêcher toute critique de la religion, donc toute évolution de la croyance et de ses rites. Et c'est bien ce que cherchent les fondamentalistes : figer dans un archaïsme dogmatique la religion et sa pratique, et faire taire ceux qui contestent leurs ambitions politiques (car c'est bien de cela qu'il s'agit).
Les Kabyles de Tizi-Ouzou méritent notre respect pour leur courage et les "anti-racistes" de France devraient prendre en considération leurs revendications. Mais le sujet n'est pas traité sur le site "Les mots ont un sens"… pas étonnant.
Je citerai Edwy Plenel, dans la conclusion de son article "Pour les musulmans" : (…) "c’est dans la reconnaissance des minorités que se joue la vitalité d’une démocratie acceptant la diversité des siens, la pluralité de leurs conditions, la richesse de leurs différences".
Une réflexion qui s'applique parfaitement au cas des Kabyles "irréligieux" d'Algérie.

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