Brouillard attendu sur Karachi

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C'est un exercice difficile pour un blogueur, le cul sur sa chaise devant le clavier de son ordinateur, de parler de l'attentat de Karachi de 2002.
C'est un exercice d'autant plus compliqué que Juan de Sarkofrance a déjà dit l'essentiel sur son blog.
Le peu qui est connu de cette ténébreuse affaire est entre les mains de professionnels de l'investigation, qui démêlent tant bien que mal les fils qui mènent à ces onze morts français.

 

Ce qui est intéressant est de confronter les conclusions des différents enquêteurs. Un exercice de "copié-collé" en quelque sorte qui a pour but d'offrir un résumé, une fiche de lecture non-exhaustive de ce qui ressemble à l'un des principaux scandales de la République.

 

 

Les faits (sur Libération).

 

Mai 2002 : Quelques jours après la réélection de Jacques Chirac, un kamikaze fait exploser à Karachi un bus rempli de salariés français de la Direction des constructions navales (DCN), qui travaillaient à la construction de sous-marins pour la marine pakistanaise. 14 morts.
Juillet 2003 : Deux islamistes pakistanais sont condamnés à mort pour «assassinats par explosifs et terrorisme». Mais le mystère plane toujours sur les commanditaires.
Mars 2008 : En enquêtant sur une affaire de corruption au sein de la DCN, un juge saisit une note, baptisée Nautilus, rédigée par un ex-agent de la DST, pour qui l’attentat de Karachi s’expliquerait par l’arrêt de commissions que devait verser la France à des militaires pakistanais, en marge du contrat sur les sous-marins.

 

 

Le mobile (Olivier Bonnet sur Plume de presse)

 

L’accord secret conclu pour la vente de trois sous-marins garantit aux dignitaires pakistanais de juteuses commissions, à l’industrie française de l’armement un joli contrat (de 825 millions d’euros) et au Premier ministre Édouard Balladur un pactole, sous forme de rétro-commissions, pour financer sa campagne électorale des présidentielles de 1995. Mais patatras ! C’est Chirac qui est élu. Alors il coupe les vannes : plus question que Balladur puisse disposer d’un tel trésor de guerre. Les intermédiaires véreux n’auront plus un sou.

 

 

Eléments troublants

 

(par Olivier Toscer de République Bananière)
Avant même la signature du contrat avec les pakistanais (concernant la vente de sous-marin), deux notes internes de la DCN datée du 24 juin et 3 août 1994 estimaient qu'il allait se traduire par des pertes évaluées entre 47 et 99 millions d'euros. Le contrat lésant les intérêts financiers français sera pourtant signé le 21 septembre 1994 par François Léotard, alors ministre de la défense. (document de la Cour des Comptes)

 

(par Laurent Léger et Nicolas Beau sur Bakchich)
Les policiers de la Division nationale des investigations financières (DNIF) ont déniché les filières des commissions distribuées par l’appareil d’État cherchant à exporter ses frégates et ses sous-marins : répartitions de commissions, contrats d’intermédiaires, sociétés immatriculées au Luxembourg. Deux coquilles, Heine et Eurolux Gestion, ont joué un rôle clé.

 

Lors de l'oraison funèbre prononcée lors des obsèques des Français, le 13 mai 2002 à Cherbourg, Jacques Chirac fait mention d'un chantage : "C’est un combat que nous avons engagé et que nous poursuivrons sans relâche, en France et à l’étranger. Ma détermination, comme celle du Gouvernement, est totale. Nous ne céderons ni à la menace, ni au chantage". Quel chantage ? Il ne l'a jamais expliqué. (d'après David Servenay pour Rue 89)

 

Le texte du ministre de la Défense Hervé Morin sur l'extention du "secret défense", voté le 16 juin, durcit les règles en vigueur pour la protection du secret défense en l'étendant à des lieux et en durcissant les procédures de perquisitions. "Aujourd'hui vous ne pouvez pas protéger efficacement des documents qui méritent de l'être, des magistrats peuvent venir dans un lieu, ouvrir des placards, lire des documents classés secret défense, sans qu'il y ait le filtre de la Commission du secret de la défense nationale", a déclaré le ministre. (Nouvel Obs)

 

Charles Millon, ancien ministre de la défense, a reconnu, mercredi 24 juin, avoir bloqué "le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétrocommissions". L'ancien ministre de Jacques Chirac apporte ainsi un peu plus de poids à la thèse selon laquelle l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 serait lié à l'arrêt du versement de ces commissions par la France. (Le Monde)

 

 

Le Casting

 

• Nicolas Bazire "l'exécuteur" :
Sarkozy et Bazire, alors les deux plus proches collaborateurs d’Edouard Balladur et aujourd’hui meilleurs amis du monde (Nicolas Bazire fut le témoin de mariage du président avec Carla Bruni) ont donné leur feu vert à la création par une société d’armement d’une structure planquée à l’étranger (société Heine) permettant la rémunération opaque d’intermédiaires et pouvant servir à la campagne électorale des balladuriens. (Bakchich)

 

• Claude Thévenet "la balance" :
Il a confié à Mediapart qu’il était bien l’auteur du fameux rapport Nautilus, un document interne à la DCN qui analyse les raisons de l’attentat et l’oriente vers le non versement de commissions. Et en décrivant que la DGSE a sorti, en 2002, ses barbouzes du boulevard Mortier pour les envoyer briser les genoux d’étoilés pakistanais. Dans le petit monde du renseignement, le bon Thévenet ne fait guère l’unanimité. « Un brin mytho », pointent les plus cassants, « un bon homme d’affaires », les plus mesurés. Sa proximité avec l’ancien patron des renseignements généraux Yves Bertrand, le flic aux fameux carnets, ne plaide pas en sa faveur. (Bakchich)

 

Patrick Ouart "le démineur" :
Vieux compagnon de Nicolas Sarkozy, il faisait partie avec ce dernier de l’équipe chargée de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. C'est lui l'homme fort de la Justice (il est conseiller spécial de Sarkozy sur ce sujet), c’est lui, et non le cabinet de la garde des Sceaux, qui rédige le discours sur la disparition des juges d’instruction en janvier 2009 qui provoque de nombreuses polémiques : cette réforme priverait les magistrats de leur indépendance. (d'après Politique.net)

 

 

Allumons les anti-brouillards

 

Voilà quelques éléments au sujet de ce que le président qualifie de fable, ainsi que les signes annonciateurs d'une neutralisation rapide du dossier par l'Elysée. Les efforts conjugués des blogueurs ne pourront qu'en laisser une trace modeste dans les disques durs de Google, mémoire numérique de nos turpitudes...

 

Un article du Rimbusblog

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