Karachirac

François Léotard sur l'attentat de Karachi.

Lors de la deuxième cohabitation, en 1993, il était ministre d'État, ministre de la Défense dans le . Il est donc au cœur du dossier.

Selon lui, l'attentat de Karachi en 2002 est directement lié à l'arrêt du versement de commissions décidé par Jacques Chirac et à la vente à l'Inde de sous-marins plus modernes que ceux livrés au Pakistan. Il ouvre ainsi la piste d'une vengeance contre un pays trop favorable à l'Inde.

 

Mais dans sa tribune publiée , il simplifie les liens complexes qui unissent trois pays en un triolisme pervers. Le rôle de la France, en particulier de la diplomatie du règne de Jacques Chirac, qui joue un jeu trouble entre l'Inde et le Pakistan.

 

C'est à cette époque, celle de l'attentat, que l'interlocuteur privilégié (et intéressé) de Balladur, le président Zardari (aussi connu comme M. 10 %), vient de céder la place au général Musharraf, après son coup d'état réussi. Ce dernier est alors en plein nettoyage[1], et les coups bas du clan Chirac (contrats annulés sous influence indienne[2]) n'ont certainement pas mis le Pakistan dans les meilleures disposition avec la France.

 

La décision par Chirac de stopper les commissions négociées par Balladur avait déjà "grillé" la France auprès du clan Zardari, en 1996 et les ventes de sous-marin à l'Inde l'ont grillé chez Musharraf !

 

Selon le journal Libération du 3 janvier 2011 (), "L’attentat de Karachi du 8 mai 2002 ayant tué onze salariés de la Direction des constructions navales (DCN) aurait été perpétré avec l’aval des services secrets pakistanais de l’ISI pour sanctionner la décision de la France de vendre des sous-marins à l’Inde, ennemi politique et militaire du Pakistan. Cette piste - déjà avancée - apparaît aujourd’hui d’autant plus plausible à la faveur des confidences inédites recueillies par Libération auprès de deux témoins de premier plan de l’époque".

"Cette piste est également confirmée, sous couvert d’anonymat, par un officier qui a autrefois côtoyé les salariés de la DCN présents au Pakistan, notamment au travers des prestations de la société Deflog. (...) L’officier, avec lequel Libération a échangé plusieurs courriers, assure lui aussi que l’attentat a été commis par un groupuscule contrôlé par l’ISI pour punir la France de sa décision de vendre des sous-marins plus performants à l’Inde."

 

Selon Léotard, "il y aurait une étrange inversion dans l'examen des responsabilités à considérer MM. Balladur, Léotard et Sarkozy comme à l'origine de cette tragédie". Nicolas Sarkozy était, lors de la signature du contrat, ministre du Budget dans le gouvernement d'Edouard Balladur.

 

Il désigne donc Chirac et sa fameuse diplomatie comme responsables de la mort des employés de la DCN, à Karachi.

 

Comment ne pas lui donner raison ?

 

Néanmoins, cela ne blanchi pas pour autant Nicolas Sarkozy du soupçon de magouille financière sur fond de pots de vin, pour créer le trésor de guerre du clan Balladur.

 

(1) Selon Guillaume Dasquié () Le général Musharraf entendait neutraliser, début 2000, les réseaux militaires et financiers en cheville avec ses adversaires politiques - en particulier le couple Benazir Bhutto-Ali Zardari (une purge sévère s'en est suivie, et l’amiral Mansur ul-Haq, qui depuis son limogeage du ministère de la Défense goûtait une vie paisible à Austin, au Texas, a été interpellé le 17 avril 2001 à la demande d’Islamabad puis extradé. Revenu dans son pays, il a reconnu avoir perçu 7,5 millions de dollars dans le cadre du contrat Agosta et du contrat des missiles SM-39, et les a remboursés).

(2) programme de vente de Mirage 2000 Dassault (initié par Chirac pour 15 milliards de francs, trois fois plus qu'Agosta) qui a aussi été l'objet de négociations en 1996 et de pots de vins (voir les détails rocambolesques du ) et suite à des pressions de l'Inde. L'armée Indienne étant équipée de ces même Mirage 2000 a eut un avantage tactique dans la , lui permettant une victoire décisive.

 

A relire :

en décembre 2009 devant la commission parlementaire et M. Cazeneuve, son rapporteur.

, sur le Rimbusblog, qui explore la piste saoudienne et le contrat sawari 2

, revue de presse sur le sujet par Seb Musset.

 

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